Aujourd’hui n’est pas jour comme les autres. C’est une journée spéciale. Comme le jour des frites.

Aujourd’hui, 29 novembre 2013, j’ai envie de me juquer au sommet de la croix du Mont-Royal pour me désouffler le poitrail en vous souhaitant, chers citoyens du monde, un sapristi, que dis-je, un cristi de bon Black Friday.

T’sais, profitez-en donc comme faut. ABANDONNEZ-VOUS.

Allez-y pas de brassière.

Pour ceux pour qui la fête païenne sonnerait creux comme un jour sans pain, Black Friday, c’est le vendredi qui suit le jeudi béni de l’Action de grâce chez les Américains. Un genre de boxing day où tout le monde vire coucou. Mais COUCOU. En fait, l’Action de grâce, c’est pas tant une réunion de famille où le bon monde se rassemble pour se flatter le dos en se chuchotant qu’ils s’aiment et qu’ils sont donc chanceux de s’avoir pis de porter des lainages.

L’Action de grâce, c’est plutôt ce faste buffet de volaille où la parenté est une petite affaire nerveuse, parce que ça pourrait bien être leur dernier r’pas. Absolument. Ne quitte pas ballonné la table du Thanksgiving celui qui a suçoté trop de pouding au pain. Les borborygmes, ils sont nourris par la peur. La peur de pas se rendre aux boîtes de tévés, le lendemain matin.

Parce qu’au lever du soleil, ce sera la guerre.
Ce beau matin annuel où le brave citoyen moyen enfilera son ti-corps, se craquera les jointures et se trempera à peine les lèvres dans son café instant parce que l’heure est grave: faut courir acheter des affaires au prix du gros, crier comme des pardus, se stuffer ler coat de DVDs et, accessoirement, perdre la vie. Perdre la vie pour une tévé meilleur marché. C’est de même. C’est aussi important que d’aller sauver le chat dans le bungalow en feu quand Richard Latendresse t’enligne avec son kodak.

Chaque année, on semble oublier l’an dernier. La frayeur. Les plaies ouvertes. La grosse bonne femme qui a pas hésité à sacrer une grannie à terre pour sauver cinq piasses sur une robe de chambre en ratine. De la ratine de luxe. BEN ÉPAISSE. Tu serais ben fou de pas faire une clé de bras à cette octogénaire qui, anéwé, lèvera bientôt les pattes. Autant que ça se fasse tusuite.

Depuis 2006, les chiffres sont tant élégants que formels; Black Friday, c’est une bonne idée: 67 blessés, 4 morts and counting.

QUATRE MORTS.
Dont cet employé du Walmart qui, en 2008, a perdu respire et vie en ouvrant les portes du magasin pour que le bon peuple qui kerissait des coups de poing dans la vitrine puisse retrouver le goût de vivre en renflouant son stock de Pot of gold pour pas cher. Piétiné pour la postérité.

Black Friday, c’est vivre dans l’annonce de Pandora. Même si ça vous dit rien, vous l’avez entendue. Elle a fait son chemin: « Saisissez les moments inoubliables de la vie avec des breloques Pandora. »

*Jamais rien entendu d’aussi bien formulé. Serrement de poitrine*

Shite. Saisis-je les moments inoubliables de la vie si j’ai pas de Pandora? J’ai ben l’impression que non. L’arythmie me gagne. La voix de la narratrice franco-ontarienne est sans appel : ÇA PREND DES BRELOQUES.

Pas de bracelet – PIS Y’EST BEAU QUELQUE CHOSE DE RARE – je vaux pas mieux que morte.

Autant aller me faire marcher dans le visage par du monde en pieds de bas dans leurs sandales Merrel sur la track #1 du dernier album d’Éric Lapointe, «Donnez-moé du gaz». Du monde qui ont des objectifs. Qui sont pas nés pour un petit pain.

Sauf si ledit petit pain est en vente. Là, t’es mieux de te tasser.

La bise. Et de grâce, faites prudents.

Ps tendresse ::
« Voulez-vous que ça brasse, donnez-moé du gaaaaaz, hey, hey, HEY HEY ! »

  • Jérémie

    Amen! C’est-tu pas le fun acheter des cossins!? Acheter plusse plusssssssse! Vivement Noël 2 pour qu’on puisse dépenser en juillet!!!

  • the truth
  • Mathieu B

    J’aime bien le sujet, mais la façon dont il est traité laisse à désirer… Est-ce qu’il faut nécessairement écrire tout croche comme si c’était un texto pour faire rire? Rigueur!

  • Cacophonie

    Il y a insérer quelques patois régionaux dans son texte pour faire plus familier et être presqu’illisible, frôlant l’illettrisme. Lorsqu’on va jusqu’à inventer des mots avec l’anglais (« anéwé »), ça fait salement dur. Désolée, j’ai abandonné la lecture au tier du texte avant de définitivement me « scrapper » (ben quin, moi aussi je peux en user) la rétine.

  • Mathieu B

    @Cacophonie: exactement la même réaction, c’est aussi « anéwé » qui a été la goûte… Il y a l’expression « tu m’as eu à… », maintenant il y a aussi « j’ai décroché à… »

  • Archiloque

    Le snobisme à l’envers qui consiste à écrire en joual 50 ans en retard semble être le mot d’ordre de plusieurs blogueurs d’Urbania. J’imagine qu’ils pensent que c’est audacieux et tellement urbain.

  • Word

    C’est plutôt risqué de s’aventurer à critiquer le niveau de langue d’un texte journalistique quand on ne sait pas faire la différence entre un journaliste (il) et une journaliste (Catherine Ethier, ci-haut mentionné, juste sous le titre). Disons simplement que dans l’article comme dans la critique, on a droit à un mélange des genres…

  • Mathieu B

    En effet beau mélange @Word, parce que personnellement, je ne vois pas de quoi tu parles… Premièrement, aucun commentaire ne fait mention d’un ou d’une journaliste. Deuxièmement, ce n’est pas ici un article journalistique, mais d’un billet sur un blogue.

  • Cacophonie

    @Word

    Qui, ici, a fait référence au terme « journaliste »? Ni Mathieu B. ni moi-même…

    Et il y a « niveau de langage » et « inventer un langage ». Je me doute que cette collaboratrice sait parfaitement bien écrire le français, mais, dans ce texte, elle se complaît dans un style d’écriture ridicule ce qui fait qu’on n’a même plus le goût d’avancer dans notre lecture, ce qui est malheureux, car le sujet est intéressant.

    On peut bien écrire tout en étant hilarant. On peut parsemer son texte de quelques termes familiers sans en abuser. Jonathan Roberge le fait parfaitement bien.

  • Vince

    Loin de moi l’idée de froisser quelqu’un… mais est-ce que quelqu’un s’intéresse au contenu de l’article ou c’est une discussion sur le contenant? Parce que le joual dans la langue et tout le bataclan, ça fait au moins depuis les premiers Michel Tremblay qu’on en discute et que personne semble être d’accord (est-ce véritablement un usage légitime de la langue, etc.) Je peux croire que le joual plaît pas à tous et qu’on est libre de s’exprimer sur le sujet, mais ça sert à qui au juste dans le contexte? Personnellement, j’étais pas mal plus choqué de lire que des gens étaient morts au Black Friday depuis 2006 que de lire des expressions comme  »se stuffer le coat », pis ça veut pas dire que je suis pas québécois ou que je tiens pas au français et à mon héritage. Encore là, chacun ses opinions. Mais si on désire parler du contenant du billet (en tout cas, moi ça me tenterait) c’est alarmant de voir jusqu’à quel point les gens sont prêts à tout pour avoir l’impression de sauver de l’argent. Je me demande jusqu’à quel point ils ont tant besoin de ce qu’ils achètent en solde cette journée-là. Les rabais justifient vraisemblablement les achats de masse pour la population, mais en terme d’économie, me semble que l’attitude inverse de la surconsommation pourrait aussi bien faire. Acheter en solde quelque chose dont on a pas vraiment besoin, c’est loin du rabais… just sayin’ (oups, je l’ai échappé celle-là. Pour vrai.)

  • Fabyola

    @Word «Il y a insérer quelques patois régionaux dans son texte pour faire plus familier et être presqu’illisible, frôlant l’illettrisme. Lorsqu’on va jusqu’à inventer des mots avec l’anglais (« anéwé »), ça fait salement dur. Désolée, j’ai abandonné la lecture au tier du texte avant de définitivement me « scrapper » (ben quin, moi aussi je peux en user) la rétine.»

    ELLE a insérÉ quelques patois régionaux dans son texte pour faire plus familier et être presqu’illisible (si on se fie au sens de cette phrase, vous dites que l’auteure du billet a inséré ces-dits patois dans le but de de rendre son texte illisible. Je serais fort surprise que l’intention de l’auteure ici soit d’une telle mauvaise foi.), frôlant l’illettrisme. Désolée, j’ai abandonné la lecture au tierS du texte avant de définitivement me «scrapper» la rétine.

    Ah! L’ironie! Vous m’avez fait bien rire, je dois le dire.

  • Fabyola

    Pardonnez-moi, je m’adresse ici @Cacophonie

  • Mathieu B

    @Vince je suis tout à fait d’accord pour admettre que c’est une situation aberrante, surtout que la situation devient de plus en plus grotesque au fil des ans. Visite ce site pour en être encore plus dégoûté: http://blackfridaydeathcount.com/

    Ça reste tout de même un faux débat puisque d’ici, on ne pourra rien y faire pour changer quoi que ce soit de ce qui arrivera là-bas. Rien d’autre que de trouver ça déplorable, les adeptes du Black Friday chez nos voisins du sud ne vont tout simplement pas s’arrêter parce que quelques lecteurs de Urbania s’insurgent dans les commentaires. Ce qui est à ma portée par contre, c’est de déplorer la piètre qualité d’un texte.

    Autrement, pour en revenir à cet événement surréel qu’est le Black Friday, on peut en parler à nos proches et espérer fort fort fort que cette mode ne franchira pas la frontière. Personnellement, j’ajoute ce souhait à ma liste de cadeaux que j’envoie à Papa Noël ces dernières années.

  • Cacophonie

    @ Fabyola

    « Il y a », non comme dans « il » le pronom… Le verbe Y Avoir est consideré comme un verbe impersonnel, c’est-à-dire, il peut être construit impersonnellement.

    Donc, je crois que tu n’as pas réellement compris le sens de ma phrase de toute façon.

    Et oups pour le tiers, je m’en excuse bien humblement.

  • Fabyola

    @Cacophonie : Merci pour la précision, je comprends maintenant beaucoup mieux votre propos. Dommage que votre commentaire original en perde du coup toute sa valeur humoristique! ;) Bonne continuation.

  • Marie-Eve

    Je me suis régalée à la lecture de ce billet, moins pour le propos que pour la forme employée. Aux missionnaires du bon français, et à leurs agents du service correctionnel: je salue ce projet bienpensant visant l’éducation du web. Une brave projet!

  • Fushia

    Ceux qui lisent ses textes depuis un certain temps savent que c’est son style d’écriture. Personnellement, je trouve que c’est très drôle. C’est un peu ridicule de dire qu’elle est 50 ans en retard ou qu’elle se pense audacieuse et urbaine… Il n’y a pas grand chose qui se ferait dans la vie, en art ou dans n’importe quel domaine, si les gens ne s’inspiraient pas de ce qui a déjà été fait.

  • Nicol

    Esti que c’est le fun te lire.

  • Ruby

    J’ai jamais autant ris en lisant un article sur urbania! Surtout que je trouvais déjà absurde le Balck friday à l’avance. Tu as su mettre des mots sur cette absurdité!