Ce texte est extrait du Spécial ÉTUDIANTS, disponible en kiosque ou en version PDF sur la Boutique Urbania dès maintenant.

Des relations secrètes prof-élève, ça n’arrive pas que dans les Filles de Caleb. À preuve, Urbania a reçu des dizaines et des dizaines d’histoires d’enseignants et d’étudiants qui ont sauté la clôture. En voici quatre très émoustillantes.

Pas de permis, pas de plaques

J’étudiais en son et en éclairage dans le bas du fleuve. Un cours de gars.Trois filles, un gothique, une hip-hop et une gitane punk, comme il aimait m’appeler.

Il était dodu, cinglant, baveux, bourru, jeune, avait étudié en philo et avait beaucoup de pouvoir. Il avait créé le programme. Il était agent d’artiste. Il mettait du beurre d’érable sur ses toasts. J’amenais mon toaster à l’école parce que j’avais rien pour mes lunchs. Il avait un char boite à lunch, une Element, quand ils sont sortis sur le marché. J’avais un Chrysler Dynasty brun pas de permis, pas de plaques.

Tout le monde le détestait parce qu’il était détestable avec les morons. Dans ce cours brun, y’en a une proportion considérable.

Il me donnait des jobbines dans le village. Poser des posters, faire le son pour des shows, et tranquillement, on se rapprochait à travers un jeu intellectuel que j’exploitais à merveille dans mon prime…

Un soir, après un show à St-Jean-Port-Joli, on prend une bière à la marina. Il va aux toilettes. Je suis saoule et langoureuse, mais avec classe et bon goût, surtout ne pas montrer mon jeu… le surprendre

J’avais toujours rêvé de prendre quelque’un par surprise et l’embrasser soudainement comme dans les films où la fille ne rate jamais ses shots. Il sort des toilettes, je le pousse sur le mur et l’embrasse, et tout déboule. Il loue une chambre d’hôtel sur la 132, on baise toute la nuit et les semaines suivantes, on fait des pique-niques, clandestins, jusqu’à ce que je parte, écervelée, sans dire au revoir, déménager avec mon char pas d’plaques quelque part où j’ai toffé 2-3 mois…

Synthèse sans dialogue.

… Fuck ma vie est rendue plate.

Anonyme

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Philo vigoureuse

J’ai entretenu une relation purement sexuelle avec mon professeur de philosophie pendant 1 an lorsque j’étais étudiant au Cégep de Rimouski.

Notre aventure a débuté la session suivante où il m’avait enseigné. Je l’ai croisé dans l’une des soirées gaies mensuelles organisées par l’association gaie régionale dans une salle polyvalente, du genre Chevalier-de-Colomb.  Il avait 55 ans et était plus vieux que mon père. J’en avais 20. Tout au long de cette année, il m’a initié au vin, à la gastronomie et à la massothérapie tout en me baisant régulièrement, ce qui faisait l’envie de mes copines de l’époque.

Au lit, entre nos ébats, il m’expliquait Marx et Freud, tout en m’avouant que tout au long des deux sessions où il m’avait enseigné, ayant échoué son cours la première fois, il bavait littéralement sur moi et remarquait chacune de mes nombreuses absences. Mais comme j’étais mignon comme tout et que je lui plaisais terriblement, il n’a jamais fait cas de ce comportement qui aurait pu me mériter une expulsion selon les règlements du Cégep.

Aux dires de son colocataire du moment, il n’avait jamais autant joui qu’avec moi, si l’on se fiait aux cris qu’il émettait lorsqu’il me pénétrait vigoureusement.  Nous nous sommes quittés lorsque je suis parti de Rimouski vers Montréal, où une autre vie m’attendait…

Jean-François Ouellet

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Monsieur X

Quand j’étais à ma première année de Cégep, je trippais sur un de mes profs. Il était jeune, avait un petit look intello et me faisait vraiment capoter avec sa petite barbe pas faite. J’avais même essayé de prendre des photos de lui plus ou moins réussies avec mon cellulaire à flip, me croyant vraiment incognito dans le fond de la classe. J’allais toujours le voir à son bureau pour lui poser des dizaines de questions inutiles, même si dans le fond, j’étais un peu la petite nerd bolée qui se tapait des scores partout (surtout dans son cours, tsé). J’étais pathétique.

J’suis presque tombée en dépression quand j’ai terminé son cours et je m’excitais un peu trop quand je le croisais dans le couloir après ça. Finalement, j’ai eu une petite passe wannabe-rebelle et j’ai décidé de lâcher le Cégep au milieu de ma première année. J’y suis retourné à 21 ans pour terminer les quelques cours qu’il me manquait.

Il me restait à compléter le passionnant cours de Méthodologie. Pour m’assister dans mes démarches, ma prof de Métho a décidé d’organiser une petite rencontre avec un de ses collègues. J’ai presque fait un petit pipi nerveux quand j’ai vu THE teacher entrer dans la pièce.

On a travaillé ensemble quelques fois sur mon projet. Il ne se souvenait pas du tout de moi, mais j’imagine que le fait d’avoir vieilli et perdu beaucoup de poids avait aidé, parce qu’on flirtait pas mal.

Une fois, il m’a fait un lift jusqu’à chez moi, car on avait discuté trop longtemps et j’avais manqué mon bus. Il écoutait du Nine Inch Nails dans son char et me parlait de romans qu’il avait lus. Je faisais semblant d’être à l’aise, mais je textais frénétiquement mon amie pour lui raconter tous les détails. Je me sentais comme une petite fille excitée qui se pognait un des membres des BackStreet Boys, sur qui elle trippe depuis longtemps. Bref, je capotais.

Il m’a refait des lifts pour revenir chez moi plusieurs fois. Puis, il m’a proposé de venir me chercher pour m’emmener voir un film. Pis y m’a invitée à aller prendre un café, pis une bière sur une terrasse… pis finalement, on s’est retrouvés saouls chez lui à baiser dans sa chambre.

On s’est vu en secret pendant quelques mois. On va se dire les vraies affaires: c’était vraiment juste une histoire de cul.

Mes amis l’appelaient « Monsieur X » pour me niaiser. On faisait semblant de rien quand on se voyait avec ma prof de Métho, ou quand on se croisait dans les couloirs. Un petit signe de tête et un sourire en coin semi-subtils.

Y’a des jours où je me sentais fofolle et j’allais barrer la porte de son bureau pour frencher ou lui faire une pipe. Y’a une fois où on a baisé sur son bureau, au milieu des papiers et des examens. Quel cliché…

Finalement, ça finit que je me suis fait dumper à la veille de la Saint-Valentin.

Au moins, j’ai eu une criss de bonne note dans mon projet de Métho!

Hot For Teacher

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Sous les tropiques

« Tu es une professeure vraiment cool, Madame ». Oh, entendre cette phrase dans une classe ne me fait plus le même effet qu’avant. Maintenant, quand un de mes élèves me fait cette confidence émouvante, j’entends bien ce qu’il me dit, mais quelque part en arrière-plan dans ma tête, je perçois aussi un doux accent latino. Et pendant quelques secondes, je ressens un peu de culpabilité.

Je suis professeure depuis peu de temps.

À l’époque, je n’avais pas beaucoup d’expérience. Je me sentais pleine d’ambition, j’avais envie d’enseigner, d’être compétente, de me mettre à l’épreuve. Je ne savais pas ce qui m’attendait, j’étais prête à tout, sûrement la folie de la jeunesse. Sortant fraîchement de l’université, j’avais le désir d’explorer le monde et de travailler en francisation, une matière dans laquelle j’étais à l’aise de manière suffisante pour l’explorer dans un pays différent. Un poste intéressant s’offrait en Amérique du Sud, je saisis l’occasion de visiter cette partie du continent. L’école dans laquelle je me retrouvai proposait aussi un service d’accompagnement dans le processus d’émigration. Par conséquent, j’appris très vite que mes étudiants étaient en énorme majorité des adultes, et une bonne portion envisageait un départ en solo. La dynamique de classe fut dans ce cas différente de ce que j’avais déjà connu au Québec. Premier choc culturel.

L’un de mes élèves attira mon regard dès le premier jour, mais je repoussais avec fermeté ce désir. J’étais québécoise; j’avais une éthique professionnelle, et je me dis que j’allais avoir la possibilité de rencontrer d’autres personnes, si vraiment je voulais vivre une expérience charnelle sous les tropiques. Encore aujourd’hui, quand je repense à la naïveté de ces excuses, je ne peux que secouer la tête.

Pour mon grand malheur, je commençai à fréquenter plusieurs fois par semaine Rafael, cet élève par qui la tentation naquit. L’école était petite et les étudiants se réunissaient souvent à la fin des cours pour converser avec leur professeur, et ce joyeux brouhaha me vit discuter avec animation avec l’homme au « prénom que je ne devais pas prononcer ». Mon éthique d’enseignante commençait donc à être ébranlée par la proximité forcée avec l’objet de mes tourments.

Là-bas, c’était normal pour les élèves d’inviter les professeurs étrangers à des sorties variées, mais la Nord-Américaine en moi n’acceptait que rarement. J’étais certaine que cela serait plus difficile ensuite pour moi de conserver mon autorité en classe. Bien sûr, comme toutes mes autres résolutions, celle-ci aussi était vouée à l’échec.

Les premiers écarts avec Rafael furent donc effectués en petits groupes. Par exemple, plusieurs étudiants et quelques enseignants sortaient manger dans un restaurant quelques spécialités locales. J’acceptai, me disant que je ne risquais rien parmi un ensemble de personnes. Je visais la sécurité. Mais fatalement, via plusieurs conversations sur Facebook et quelques textos, je décidai de continuer mon processus de « coups de pied dans l’éthique professionnelle »:  une sortie à deux dans un bar. Eh oui, l’autre, c’était Lui, mon élève.

Ce que je n’avais pas prévu, dans mon plan ma foi très bien élaboré, c’était que l’alcool se mélangeait plus ou moins avec succès à la chaleur du lieu, et que mes esprits ne sauraient peut-être pas très bien juger de l’attitude à adopter… Ou était-ce le contraire, tout ça faisait-il partie d’une planification inconsciente de ma part? Quoi qu’il en soit, plusieurs verres plus tard, de multiples frôlements de bras, le rapprochement de nos corps… En un mot, j’étais foutue. Deuxième choc. Au travers de la brume créée par le Jagermeister, je me retrouvai appuyée sur un mur, le visage encadré par les mains de mon étudiant et ma bouche prise d’assaut. Une forme masculine à la couleur du miel chaud se pressait contre moi, et au beau milieu de la bataille engagée par nos langues, je pensai : « Oh! merde ». Mais ce fut tout pour la soirée, même si un rendez-vous fut convenu pour le lendemain. Les vapeurs d’alcool avaient eu le temps (beaucoup, beaucoup de minutes, je dois avouer) de se dissiper, et je voulais réfléchir la tête claire. En fait, je souhaitais simplement avoir le temps de me justifier de façon convenable.

Le jour suivant, Rafael passa me chercher pour une promenade en voiture. J’admets que, quelques minutes après avoir posé mes fesses sur le siège passager, j’avais déjà une petite idée d’où la fin de la nuit allait me trouver. La suite ne fut donc pas un choc pour moi. Le système des love motels est ma foi universel, et mon bel étudiant et moi en profitâmes durant plusieurs semaines, à commencer par cette nuit-là.

Et pendant tout ce temps, je continuai à lui enseigner le français en classe, l’air très innocent. Tous deux conscients des conséquences éventuelles si la vérité se savait, pour lui comme pour moi, nous avons mis au point un ensemble élaboré de mensonges et de demi-exactitudes à répandre autour de nous. La culture du pays impliquant que la vie privée des uns ne l’était pas vraiment, je voulais être le plus discrète possible. Nous eûmes deux types de relations : celle à l’intérieur de l’école et en compagnie des élèves; et l’autre, privée, qui lentement, mais sûrement, se transformait en relation amoureuse. Je désirais quand même garder un peu d’éthique, du moins dans le cadre de mon horaire de travail. En dehors, ça, c’était une autre histoire…

Mon contrat terminé, je restai chez lui deux semaines avant de repartir, deux semaines de vie à deux enflammée. Le départ à l’aéroport se fit de façon difficile. Par la suite, la technologie moderne nous aida pendant trois ou quatre mois. Ensuite, alors que son processus d’émigration touchait à sa fin, et qu’il cherchait à travailler au Québec, Rafael vint me visiter, et décrocha un emploi à Montréal, où je peux enfin vivre avec mon élève préféré en toute impunité; et où j’ai pu réconcilier mon éthique professionnelle avec ma conscience.

Saudade

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