pontecorvo

Charmante, la juxtaposition d’assertions méprisantes sur ma génération que nous sert ce matin Christian Rioux, dans Le Devoir.

Néanmoins, pour une fois, c’est original. Pas d’histoire d’enfants rois, patati patata. Pour le coup, on s’en tient au mépris, pur et simple, d’une génération qui, semble-t-il, ne se définit que par son avilissement et son ignorance.

Eh ben!
Ainsi, ai-je compris, M. Rioux brosse le portrait de ma génération (pourrie) à partir d’une brève rencontre avec un adulescent paresseux qui n’aimait pas lire, à bord d’un avion.
Un flanc-mou sans dessein, accro au digital, à l’instantané et à la culture prémâchée. Un crapet sans vigueur qui, (infamie) n’a trouvé mieux à faire que de surfer de clip débile en film idiot, sur le mini-écran en face de son siège, tout un vol transatlantique durant.
Comme l’aurait fait la vaste majorité de ses comparses générationnels, cela va de soi. Merci pour cet état de faits hautement perspicace.
Ensuite, par un surprenant glissement rhétorique, on en vient à ironiser sur la toute récente refonte du programme collégial d’arts et lettres. Le ministre Duchesne, croirait-on lire, aurait remanié l’appellation « arts et lettres » pour actualiser une conception surannée de ce champ d’études, étant donné que « c’est ça qu’ils veulent », les jeunes.
Ce raisonnement est sinueux à m’en donner des vertiges. Ou alors sont-ce les vapeurs de mauvaise foi qui s’en dégagent.
Comme si «les jeunes », dans leur proverbiale paresse intellectuelle, avaient appelé de leurs vœux cette réforme, puisque leur [notre] ardent intérêt pour la démocratisation de l’éducation vise en fait son simple nivellement par la base.
Or, la littérature, pour être appréciée, requiert un minimum de rigueur, de persévérance et de plomb dans la cervelle. Elle a le potentiel de tailler une quantité inouïe de d’ouvertures sur le réel et le transcendant, mais ces hublots imaginaires ne sont pas accessibles au ras du sol. Il faut apprendre à s’y élever, de peine et de misère.
Et ça, la peine et la misère, on n’aime pas ça, nous, « les jeunes ». On préfère se contempler dans le miroir. Ou plutôt dans la caméra inversée de nos téléphones intelligents. Des livres? À quoi bon.
Toujours est-il que sur un point, je suis d’accord avec Monsieur le Chroniqueur. Les tractations du « moins penser », elles sont, plus que jamais, omniprésentes et immanentes. La dévalorisation de l’érudition et de la Pensée lente et profonde, elle est partout. Et, en effet, je me surprends souvent de la longueur qu’une discussion sur les shooters ingurgités la veille, au bar, peut prendre.
Oui, la futilité nous entoure, et nous l’embrassons très souvent.
Sauf qu’il m’arrive de penser que l’attrait de cette dite futilité réside dans son pouvoir analgésique. Ma génération pourrie, peut-être participe-t-elle au mal du monde, en se goinfrant dans l’Ici-maintenant. Mais on ne peut nier qu’elle évolue d’emblée dans un monde malade.
Peut-être, en refusant de réfléchir trop souvent, ferme-t-elle volontairement les yeux sur un réel où la raison est déréglée, où les idéaux sont morts et où la violence est sournoisement distillée dans nos institutions et nos marchés. Pour pallier ce malaise, elle s’enivre de bêtise.
Elle cherche désespérément à survivre à l’Histoire qui n’en finit plus de finir.
Il m’arrive de croire que nous ne savons vivre notre hypermodernité qu’en s’anesthésiant. De toute façon, la violence, ici, ne saigne plus. Excepté quelques fois, dans les bulletins de nouvelles. L’horreur, on la regarde à la télé, cependant que nous consommons notre propre barbarie, en nous gavant de publicité, de bébelles, d’instantanéité et d’excès.
Et à ce sujet, Monsieur le Chroniqueur, le récent clip de Xavier Dolan (punching bag de service de la génération Y) que vous dénigrez allègrement est sans doute grossier et « too much »; mais il a ceci de nécessaire qu’il met le doigt sur la violence ordinaire que nous refusons de voir.
Il est sans doute désagréable à regarder, et inadapté aux normes télévisuelles de diffusion grand public. On peut également déplorer son caractère sensationnaliste, si on s’y borne. Et peut-être déroge-t-il effectivement à la définition de la sophistication cinématographique de Jacques Rivette. Belle référence, d’ailleurs. Chapeau.
À ce sujet, il est d’ailleurs à se demander si M. Rioux a bel et bien vu le film Kapo dont il cite la critique; étant donné qu’il évoque le suicide d’Emmanuel Riva comme étant « la scène finale », alors que cet événement se produit en fait au beau milieu du métrage. C’est ce que j’ai pu constater en visionnant l’oeuvre intégrale sur cette « odieusement moderne » plate-forme qu’est YouTube. Ah, et par ailleurs que c’est à Gillo PontEcorvo et non PontOcorvo qu’on doit Kapo
Enfin. Pour en revenir à Dolan, il n’en demeure pas moins que son clip pose en réalité un geste aussi primaire qu’essentiel : celui de nous foutre le nez dans notre propre merde. Et alors que nous, enfants tarés, ne savons plus regarder que nos nombrils et leurs satellites, peut-être avons-nous besoin, justement, de ce genre d’imposture.
Curieusement, ce sont les « grandes personnes » qui y réagissent le plus mal.
Pour le reste, je vous remercie, Monsieur le Chroniqueur, pour cette énième charge à fond de train contre ma génération pourrie.
***
Et moi, sur Twitter, c’est @aurelolancti

  • Julien Pas Day

    Christian Rioux est un nazi.

  • Anonyme

    Je ne comprends absolument pas cette gueguerre de génération. Pour ma part, mon frere et moi, lisons et avons des discussions politiques au souper alors que nos parents écoutent la télé et parlent de leurs voitures. C’est le monde à l’envers quoi, les enfants sont plus intellectuels que les parents…je pense que ça dépend des gens oui il y a beaucoup d’adulescent plogué, crampé devant des faces laites dans leur ordi en plein cours universitaire, mais il y a aussi tellement de baby-boomer no life, constamment devant la télévision… C’est juste pas la meme technologie. C’est que ce chroniqueur a baigné dans un monde bobo et connait juste du monde comme lui qui lise des choses sérieuses. Anyway, depuis Platon, les générations se jugent entre eux, s’imaginant si différents les uns des autres alors que la vraie différence est entre individu, classe sociale, intérêt intellectuel et âge (parce qu’on évolue entre 20 et 50 ans!).

  • Roro

    Julien pas day a un tout petit cerveau

  • Émilie M.C.

    Harper doit avoir 27 ans dans ce cas, lui qui coupe à qui mieux mieux dans la recherche-qui-ne-sert-à-rien, et qui n’a jamais eu « le temps » de lire les livres que Yann Martel lui a gentiment envoyé pendant près d’un an!
    Si on peut accuser le jeunes de quelque chose, c’est malheureusement d’être bien de leur temps… on appelle ça frapper sur le mauvais coupable…

  • Martin Clément

    J’ai toujours regardé ces conflits intergénérationnels comme on regarde la xénophobie, l’homophobie, le sexisme et toutes les généralisations arbitraires et bornées comme autant de preuves de l’ignorance des gens dans cette société malade dans laquelle nous vivons. J’ai eu le bonheur de faire un retour aux études il y a quelques années, études qui viennent tout juste de se terminer pendant les tristes événements du Printemps Érable. Pendant ces études, j’ai eu le plaisir de côtoyer un nombre, ma foi, assez vaste de ces jeunes tant méprisés par monsieur Rioux, des jeunes qui ne ressemblent pas tellement à ce qu’il décrit. Moi, ce que j’ai vu, ce sont des jeunes mieux informés que nous ne l’étions de notre jeune temps, des jeunes qui ne se contentent plus qu’on leur mâche l’information mais qui cherchent les sources, qui veulent plus d’un avis, qui désirent réfléchir par eux-mêmes. Peut-être monsieur Rioux n’est-il pas allé chercher son échantillonnage assez loin? Je ne peux être contre le fait qu’une grande partie de la jeunesse a laissé tomber la lecture, qu’elle ne cherche pas la facilité, et cætera. Mais n’est-ce pas le cas de toutes les générations confondues? Ma mère aura bientôt 66 ans et elle se fie encore aux critiques faites à propos d’un produit publiées sur des sites Internet où l’on vend ce produit pour se le procurer sans chercher plus loin. Des gens de mon âge (j’ai 41 ans) croient encore à une multitude de pseudo-sciences et systèmes ésotériques pourtant réfutés dans des milliers de pages publiées par la communauté scientifique. Nous vivons tous dans une société qui cherche la facilité, ce n’est pas nouveau. C’était d’actualité du temps où nous étions nous-mêmes les cibles des générations précédentes et ça le sera encore longtemps. Et cette facilité inclut le jugement intergénérationnel, cet agisme, bien démontré dans l’article de monsieur Rioux qui ne se donne pas la peine d’approfondir son étude de cette génération qu’il méprise tant.

  • julia

    Mr Rioux cherche simplement à coller des étiquettes aux autres pour faire valoir sa pseudo-intelligence. Tout ce qu’il écrit parle de lui. En somme, » je dis que telle personne est stupide parce que ça me rassure sur mon intelligence. » Il ne déplore pas la stupidité, au contraire, il l’adore, ça rassure son ègo démesuré.