La ville qui se prenait pour une banlieue. Là où les gens n’ont véritablement pas peur de sortir en pyjama.

La porte du nord qui accueille les travailleurs de Fort McMurray lorsqu’ils sortent des camps. LA ville où il fait bon vivre au Canada d’après un sondage internet de Numbeo l’an dernier. Ça vous surprend? J’suis à peu près certaine que vous n’auriez jamais pensé qu’on l’appelait la ville des festivals pis que c’était une ville d’artistes et de culture.

C’est vrai que pour l’architecture, on repassera. Quoique avec ses cow-boys en pick-up montés jusqu’aux adeptes du mouvement grassroot, en passant par le coureur des bois de la Whyte, Edmonton affiche des charmes insoupçonnés…

1. Edmonton, la Cité des champions

C’est comme ça qu’on t’accueille quand tu rentres dans la ville. Et pourquoi les champions? Parce que même si ça date des années 80, Edmonton se souvient du valeureux Wayne Gretzky. La ville a déjà été tristement célèbre pour ses températures froides à l’extrême et son taux d’homicide le plus élevé au Canada. Ce qui lui a valu des surnoms comme Deadmonton ou encore Edmonotone. Et comme toute bonne ville traversée par une rivière, la rivière Saskatchewan (c’est pour vous faire réviser votre géographie du Canada), ceux qui habitent la rive nord sont persuadés que le ghetto est au sud, et si tu viens du sud, ben c’est clair que tu ne te promènes pas au nord, parce que ce n’est pas un quartier respectable.

2. The cowboys are in town

Parce que les stéréotypes, ça ne sort pas de nulle part, alors aussi bien aborder le sujet dès le départ, même si vraiment, les cowboys, on les trouve plutôt à Calgary. Oui, y’a une petite ambiance western qui flotte dans l’air à Edmonton et il est tout à fait normal de croiser du monde en chemise à carreaux qui porte allègrement chapeau et bottes de cowboys. Même le centre-ville a quelques allures du far-west avec ses tempêtes de sable printanières.
En octobre, les moissons sont finies. C’est là que les cowboys sortent en ville. C’est le temps de sortir son chapeau, ses chaps pis ses spears pis d’apprendre un set carré pour pas perdre la face au Cook County, ou au Ranch. Sinon, tu peux toujours essayer d’impressionner les filles en mesurant ton agilité sur le taureau mécanique du bar, si tu ne peux pas les inviter à danser le two-step. Croyez-moi, tout le monde se découvre une fibre de cowboy enfouie quelque part.

3. Boom pétrolier

Dire qu’Edmonton est en pleine expansion est un euphémisme. Certains quartiers et autoroutes n’existaient même pas il y a 10 ans. Les anciennes banlieues sont maintenant des quartiers résidentiels et Edmonton se chicane avec la ville de Beaumont, au sud, pour savoir c’est qui qui va avaler le comté de Leduc entre les deux (pour l’instant, c’est des champs pis un aéroport). Pour le transport en commun, disons que c’est en développement jusqu’en 2040. Mais ça fait d’Edmonton une ville très multiculturelle, même si on a l’impression que ça se traduit parfois par des restos indiens à chaque coin de rue. Et depuis que la ville s’est dit qu’il faudrait faire quelque chose pour que le monde qui vienne se faire une piastre dans l’huile ait envie de s’y établir, la ville met l’accent sur l’aspect culturel. Sauf peut-être pour l’architecture.

4. Whyte Ave

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Aussi connue comme la 82e avenue, mais entre la 99 et la 109e rue (parce que toute la ville est découpée en rues pis en avenues) on l’appelle la Whyte. C’est là que se concentre une bonne partie de la vie culturelle, le nightlife et le shopping tendance d’Edmonton. C’est aussi là que se passent beaucoup de festivals et d’activités culturelles dans la ville et bien sûr le farmer’s market le samedi. T’en trouves pour tous les goûts, pis les budgets. En veux-tu des théâtres, des salles de spectacle, des boutiques branchées, vintage ou gothiques, alors là attache ta tuque (parce que oui y vente en siouplait, on est quand même dans les prairies). La fin de semaine, c’est envahi des jeunes de 20 ans des banlieues. L’été, le Tim Horton est LE point de ralliement des bikers en ville. Pour prévenir les lendemains de veille, t’arrêtes au p’tit shack du Fat Frank’s (l’original, parce qu’il se promène en ville) pour un hot-dog à 5 $ à 2 h 00 du matin. Tout ça, c’est dans un des plus vieux quartiers de la ville, Old Strathcona. Un des seuls endroits de la capitale où tu peux admirer un peu d’architecture, après la législature. Aujourd’hui, c’est le quartier universitaire et celui où vivent les profs, les anciens hippies, les bobos pis pas mal de francophones, et aussi le seul comté non conservateur au fédéral de toute la province.

5. Nightlife

Y’a pas juste Whyte Ave. Au centre-ville, plein de clubs, lounges et pubs irlandais ouvrent chaque année. La ville a quelques bars gay où l’on tient des concours de drag queen. Pour les amateurs de musique électronique, la scène techno est hyper développée avec plein de DJ locaux qui tiennent souvent des soirées à la Yellowhead Brewery (aussi une microbrasserie d’Edmonton). Ça, c’est quand ils sortent en public. Sinon, en parlant à gauche ou à droite, tu vas sûrement tomber sur un de leurs partys privés. Y’a même des festivals qui ont émergé du mouvement.
Pour les bonnes tables, faut fouiller, mais tu peux sûrement trouver un bon petit resto caché entre deux mégachaînes de restaurants. À Edmonton, tu sais que tu es tombé sur une perle rare si tu dois attendre 1 h 30 pour avoir une table.
Sans oublier le West Edmonton Mall. C’est pas juste un centre d’achat, c’est un centre récréatif, un parc d’attraction et un aréna. Là où tu peux sortir le samedi soir sur la Bourbon Street après avoir passé la journée dans les glissades d’eau du parc aquatique (oui oui, on parle toujours du centre d’achat là).

6. Le ruban vert

Si tu veux te sentir dépaysé, t’as 160 km de sentiers pédestres et pistes cyclables, plus ou moins aménagés autour de la rivière Saskatchewan, celle qui traverse la ville là. À certains endroits, tu peux même oublier que t’es en ville. C’est le plus gros parc urbain en Amérique du Nord (oui, c’est plus gros que Central Park à New York, je vous voyais venir). On y trouve des lièvres — comme partout en ville d’ailleurs —, mais aussi des coyotes. C’est aussi l’endroit où les jeunes Edmontoniens/nes vont vivre leurs premiers émois amoureux et caler leurs premières bouteilles de rye. Sauf que la nuit, ça devient un vrai refuge pour les sans-abri de la ville. C’est plutôt déconseillé d’y faire un tour une fois le soleil couché. Y’a des histoires de fantômes qui y rôdent la nuit.

7. La ville écolo

Oui, Edmonton est traversé par une rivière qui sent autre chose que la rose sauvage et t’as une vue sublime des raffineries à mesure que tu te déplaces à l’ouest, mais son système de recyclage est un des secrets les mieux gardés en Amérique du Nord. Même si ce n’est pas tout le monde qui trie ses vidanges dans des sacs bleus, pas grave. La ville récupère les déchets organiques pour en faire du compost et une usine de biomasse est en construction pour convertir le reste des déchets en énergie d’ici 2014. Edmonton espère pouvoir récupérer jusqu’à 90 % de ses rebuts. Mais ça, ici tout le monde le sait parce qu’ils ont tous visité le centre de recyclage au moins une fois dans leur vie, durant une sortie à l’école. Et pour les contenants consignés, si ce n’est pas toi qui les rapportes, un itinérant va se charger de les apporter au Bottle dépôt pis récupérer la consigne.

8. Mon pays c’est l’hiver

Quand il neige à partir du 8 octobre, pis que les costumes d’Halloween des enfants sont faits pour s’enfiler par-dessus leurs manteaux d’hiver, tu sais que tu te rapproches du nord canadien. Qui dit hiver, dit déneigement des routes… mais non. Oui, les autoroutes et les grandes artères sont déneigées, mais c’est tout. Si tu pensais être capable de conduire dans la neige, et sur la glace, c’est à Edmonton que tu passes le vrai test, surtout si t’as arrêté au 7-eleven pour aller te chercher une slurpee en plein mois de janvier pour la boire en t-shirt dans ton char. Pis la cerise sur le sundae, c’est que presque personne ne croit aux bienfaits des pneus d’hiver, parce qu’un bon quatre-saisons, ça fait la job. C’est peut-être pour ça qu’on compte 236 sorties de route la première fin de semaine de neige de l’année.

L’été par contre, le soleil ne se couche pas avant 22 h 30. De quoi rattraper le temps perdu sur les terrasses (ici, on dit patios). C’est qu’Edmonton a un des taux d’ensoleillement les plus élevés au Canada: près de 2299 heures par année.

9. L’université en français

Pour ceux qui ne s’en doutaient pas (pis j’suis sûre que vous êtes plusieurs), l’Université de l’Alberta a un campus francophone, le Campus Saint-Jean, qui était là ben avant l’université, même avant que la ville ne se développe. C’est une des plus vieilles institutions, tellement vieilles que les plans de la ville ont eu le temps de changer depuis sa construction. On sait pas trop ce qui s’est passé, mais y’a du monde qui ne se sont pas parlé dans cette histoire-là parce que la porte d’entrée du vieux pavillon donne dans la cour arrière du Campus et c’est finalement le derrière de l’édifice qui fait face à la rue. C’est peut-être Feng shui aussi remarque.

T’as beau entendre pas mal d’anglais dans les corridors, tout ce beau monde se rassemble à la terrasse du Devaney’s pour une bonne bière irlandaise, et là tu vas entendre du français.

10. La Cité francophone

C’est la forteresse des francophones d’Edmonton. En fait, c’est le nom du centre communautaire situé dans le quartier francophone de la ville, juste en face du Campus Saint-Jean (parce que qui se ressemble s’assemble). Ici, la communauté francophone est bien ancrée et là pour y rester, surtout avec la panoplie de travailleurs qui débarquent des quatre coins du pays pour venir y travailler. C’est plein d’associations francophones partout en province qui travaillent ben fort pour développer le fait français et le garder dynamique, comme on dit par ici. La province a aussi deux journaux communautaires, en plus du service français de Radio-Canada. Mais surtout, la communauté anglophone démontre une belle ouverture envers les francophones, même si ça se résume souvent à une citation célèbre : I wish I could speak French. Quand même, l’Alberta compte le plus grand nombre d’élèves en écoles d’immersion francophone au Canada: près de 37 000.

Comme beaucoup d’Edmontoniens, je ne suis pas née ici, mais venue en Alberta pour le travail. Ce texte a été rédigé avec la collaboration de gens qui y habitent depuis plusieurs années, et quelques locaux, qui ne sont, faut se le dire, pas en majorité. J’espère vous avoir donné envie de découvrir cette ville et ses habitants qui m’ont touché par leur gentillesse, et même cette province qui a beaucoup plus à offrir que ce qu’on en entend.

Edmonton en images

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  • Adirach

    Bravo pour cet article Lysane !
    Tu as si bien décrit la ville où nous vivons :)
    Une autre caractéristique de la ville que j’aimerais partager : Edmonton a le plus beau ciel du monde !
    Cheers!