yelenasdaq

«Allons-nous nous occuper de leurs problèmes pour toujours? Eux
aussi doivent se prendre en main», déclarait vendredi le ministre Julian Fantino.
En plus de confirmer la suspension des nouveaux projets de l’ACDI en
Haïti, une mesure déjà effective depuis plusieurs mois, il reproche à
mots couverts la gestion de la reconstruction par le gouvernement
haïtien.

Les Haïtiens pourraient et devraient maintenant en faire
plus pour bâtir leur propre avenir, affirme-t-il, « pourquoi les choses
vont beaucoup mieux en République dominicaine et pas en Haïti? » Une
question qu’on se posait d’ailleurs inversement il y a quarante
ans alors qu’Haïti était une plus grande puissance économique que son
voisin dominicain.
 
Les échos qui sortent de l’appareil étatique
haïtien jugent sévèrement les commentaires du ministre. Un
haut-fonctionnaire a même critiqué le Canada dans un grand média,
comparant le travail de la coopération canadienne en Haïti à celui d’une
mafia.

Les officiels du
gouvernement haïtien ont rejeté toute responsabilité face aux critiques
du ministre canadien : les fonds sont gérés en très grande majorité par
des Canadiens, il n’en tient qu’à eux s’ils ne sont pas contents des
résultats.

Les dirigeants haïtiens reprochent surtout au
gouvernement canadien de financer des projets pilotés par des Canadiens
et des organismes canadiens, et donc que l’argent et l’expertise reste
au Canada. Du même souffle, ils demandent que l’aide internationale lui
soit versée directement, afin qu’ils mènent leurs propres projets. Les
bailleurs de fonds n’ont toujours pas confiance dans la capacité de
l’État haïtien à les gérer, ils ne lui versent donc presqu’aucune sommes destinées à l’aide ou au développement.

Remettre
en question la manière de faire l’aide internationale est
un sujet de grands débats tant en Haïti qu’au Québec. Comment faire mieux pour
renforcer les capacités des structures haïtiennes tout en évitant de créer une
dépendance? Pour l’instant, le gouvernement canadien semble avoir fait ses choix. La refonte globale des critères de sélection et
d’attribution des projets de l’ACDI est en cours à Ottawa et elle devrait
justement favoriser l’expansion des entreprises privées canadiennes
dans la coopération
.

Le slogan « Haiti is open for business » de l’équipe de Michel
Martelly, qui raffole des partenariats public-privé, résonne souvent dans les bulletins de nouvelles de
Port-au-Prince depuis l’élection du président-chanteur.

Ces deux gouvernements semblaient faits pour s’entendre.

Twitter : @etiennecp
Facebook : @etiennecp

  • Crahenlas

    Je pense qu’il est clair qu’un Québec indépendant aurait une attitude beaucoup plus constructive et éclairée envers le développement international (et en particulier dans le cas d’Haïti) que celle du Canada.