ChristineLavallee-612

Ce texte est extrait du Spécial ANGLOSdisponible sur notre boutique en ligne

Ce genre d’amalgame et d’accusation vaseuse ne date pas d’hier. Émilie Dubreuil a rencontré Jan Wong, dont les mots dans le Globe and Mail en 2006 ont braqué le Québec au complet, ainsi que Martin Patriquin, qui a écrit que le Québec était corrompu… et que tout le monde a dénoncé comme un grand détracteur du Québec. Let’s talk Quebec bashing!

Une femme toute délicate, attablée devant un croissant et un bol de café au lait. Elle porte un veston rose brodé de petites fleurs et sourit de façon charmante. Elle énonce un compliment de circonstance, tout doux, tout gentil, tout cliché : « J’adore Montréal, il y a des croissants dignes de ce nom. Et les gens ont de la gueule, du style. » Mais ce sera le seul mot gentil que Jan Wong aura à l’égard de sa terre natale durant les 45 minutes que nous aurons passé ensemble. Un cliché parmi tant d’autres qu’elle débitera sur le Québec, la Belle Province qu’elle a quittée il y a 40 ans et qui aura causé sa chute.

Dans la game du Québec bashing, Jan Wong est un joueur étoile. Le fait qu’elle ait marqué dans son propre but et qu’elle ait fait perdre son équipe, ça, peu de monde s’en souvient. Mais ses mots écrits au lendemain de la tuerie du collège Dawson, même Madame Panet de la rue Panet s’en souvient, malgré le fait qu’elle n’a probablement pas lu le texte original qui disait précisément ceci :

What many outsiders don’t realize is how alienating the decades-long linguistic struggle has been in the once-cosmopolitan city. It hasn’t just taken a toll on long-time anglophones, it’s affected immigrants, too. To be sure, the shootings in all three cases were carried out by mentally disturbed individuals. But what is also true is that in all three cases, the perpetrator was not pure laine, the argot for a “pure” francophone. Elsewhere, to talk of racial “purity” is repugnant. Not in Quebec.

Ai-je besoin de traduire ces propos ? Jan, elle, ne le pourrait pas. « J’ai grandi dans l’ouest de la ville dans les années 1960, les anglophones et les francophones constituaient alors deux solitudes étanches. Mais j’ai envoyé mes enfants à l’école d’immersion française », dit-elle en s’excusant de ne pas maîtriser le français. Or, si elle ne comprend pas la langue, la société, elle, elle la comprend en un coup d’œil. « Au Québec, les immigrants sont victimes de discrimination. Il n’y pas de chauffeurs de couleur dans les autobus. Il n’y a pas d’immigrants employés dans ce café! Comme journaliste, il faut rapporter ce que l’on voit, et moi, je vois que le Québec est discriminatoire envers les immigrants. J’écris ce que je vois et ce que je pense, et je ne regrette pas ce que j’ai écrit en 2006. Il ne faut pas craindre la controverse quand on fait du journalisme. »

Prend-elle souvent l’autobus à Montréal ? Saisit-elle que tous les employés de la boulangerie où elle m’a donné rendez-vous à Westmount sont de jeunes Français qui ont fui la sinistrose de leur pays pour venir vivre chez nous ? Elle répond en anglais l’équivalent du « rien-qu’à-voir-on-voit-ben! » à propos des chauffeurs de bus. Du grand journalisme. À propos de l’immigration française… Ben, elle ne pouvait pas savoir, ne pouvait pas faire la distinction entre deux accents, mais se permet ce petit conseil journalistique : « Moi, si j’étais journaliste au Québec, je ferais un article là-dessus. Avez-vous déjà pensé faire un article sur les Français qui immigrent au Québec? »

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