Le Québec et la Catalogne partagent un nombre impressionnant de similitudes. Leur principal enjeu commun demeure cette volonté de contrôler pleinement leur destinée face à un gouvernement extraterritorial qui s’y oppose.

J’ai eu l’immense chance de vivre pendant près de deux ans à Barcelone dans les années 90 pour y poursuivre des études doctorales en économie mathématique. Je suis revenu occuper un emploi au Québec avant de terminer ledit doctorat, chose que j’ai souvent regrettée par la suite, mais mes souvenirs du peuple catalan sont impérissables.

Les parallèles sont frappants quand on compare la Catalogne au Québec :

• Les populations sont très similaires, avoisinant les 8 millions d’habitants dans les deux cas;
• Les deux métropoles, Montréal et Barcelone, regroupent dans leur grande région urbaine environ la moitié de la population nationale;
• Ces métropoles font partie du groupe restreint des villes internationales ayant à la fois organisé des Jeux Olympiques et accueilli une Exposition universelle;
• Les métropoles québécoise et catalane ont toutes deux une montagne qui se dresse en plein milieu de leur panorama;
• Les deux villes sont riveraines et jouissent d’un Vieux-Port d’une grande beauté en plus d’activités maritimes importantes, etc.

Au-delà de ces caractéristiques communes, les Québécois et les Catalans vivent aussi une réalité bien similaire, soit de parler une langue différente de celle qui se parle dans le reste de leur pays imposé temporaire. Ils savent historiquement ce que représente le fait d’être une minorité qui doit se battre pour ses droits et sa culture. Bien sûr, l’oppression n’est plus ce qu’elle a déjà été pour l’un et l’autre, et le Québec et la Catalogne sont plus prospères que la grande majorité des pays du monde. N’empêche, dans les deux cas, on ne doit pas se comparer aux plus pauvres mais bien à son propre potentiel. Dans les deux cas, une forte proportion de la population se dit que la souveraineté est la seule façon d’être une minorité majoritaire.

Sur le plan culturel, nos deux peuples sont parmi les plus créatifs et inventifs qui soient. Le Cirque du Soleil aurait très bien pu être catalan. Gaudí aurait pu être québécois et faire de Montréal le musée à ciel ouvert qu’est devenue Barcelone.

Nos deux peuples ont en bonne partie délaissé le catholicisme pour se dévouer corps et âme à une équipe sportive. Nous avons les Canadiens de Montréal, qui ont de loin remporté plus de Coupes Stanley que toute autre équipe (même pas serré). Les Catalans ont le FC Barcelona, actuellement le club de football le plus célèbre au monde et qui a aligné les plus grands joueurs de l’histoire (dont Lionel Messi qui est en train de réécrire le livre des records).

Tout ça pour dire que politiquement aussi, les Québécois et les Catalans se ressemblent beaucoup. Les élections du 25 novembre en Catalogne ont mené à un gouvernement souverainiste minoritaire. En simplifiant un peu les choses, on peut dire qu’il y a en Catalogne 4 partis favorables à l’indépendance (nous en avons 3) face à 3 partis espagnolistes (nous avons 2 partis fédéralistes). Ce qui distingue nos deux systèmes par contre, c’est que les Catalans jouissent d’un système électoral beaucoup plus proportionnel, ce dont plusieurs dinosaures au pouvoir n’ont jamais réellement voulu ici. Mais ça viendra. Comme j’aime à dire, ça s’appelle l’évolution.

Quand on transpose les résultats catalans au Québec, on obtient allégoriquement un gouvernement minoritaire du PQ avec Option nationale détenant la balance du pouvoir… D’ailleurs, le parti catalan ERC, le plus clairement souverainiste de tous, est ressorti grand gagnant du scrutin avec une deuxième place et cette balance du pouvoir. Comble des similitudes, les Catalans ont même leur parti plus à gauche qui n’est pas contre la souveraineté mais qui dit que la gauche est plus importante que la liberté de choisir la gauche (ne vous fâchez pas amis de QS, mais c’est ça qui est ça).

Sans grande surprise, les partis qui s’opposent à la souveraineté en Catalogne utilisent les mêmes arguments que l’on peut entendre ici. Ils misent beaucoup sur des arguments mensongers de peur économique, faute d’idées plus intelligentes. C’est qu’il est somme toute assez difficile de convaincre objectivement un peuple qu’il est mieux de ne pas jouir de sa pleine liberté. Et comme la peur a souvent fonctionné dans le passé, on en remet. Les Écossais se font servir la même médecine par Londres qui veut les retenir dans son giron politique.

Il fallait voir les premières pages des journaux espagnols au lendemain des élections en Catalogne. Bien que les députés souverainistes soient fortement majoritaires, les journaux espagnolistes parlaient d’un cuisant échec pour la souveraineté et d’une victoire pour l’Espagne indivisible. Les journaux internationaux, plus impartiaux, constataient plutôt l’avancée claire de la cause souverainiste catalane. J’ai toujours pensé que le Québec deviendrait souverain avant la Catalogne et je le pense encore malgré la ferveur apparemment plus forte là-bas qu’ici pour le moment.

Message à mes amis qui sont actuellement au pouvoir à Québec : le parti qui est maintenant au gouvernement en Catalogne a fait campagne sur la nécessité de faire la souveraineté. Il arrive que le peuple inspire ses politiciens en attente. Mais plus souvent qu’autrement, c’est aux politiciens d’inspirer leur peuple. À vous de jouer.

  • Palpalhon

    Pourquoi les Catalans serait-ils plus étrangers aux Québécois que les Étatsuniens ou les Canadiens? Au départ le catalan est très proche du français et le portrait politique et humain se ressemble beaucoup, n’en déplaise à certains qui ne veulent pas regarder au-delà que la sphère anglo-saxonne.

    Nous partageons beaucoup en commun avec les Catalans. À moment donné faut savoir s’ouvrir au monde, pas seulement rester larvé dans l’ombre du colonisateur anglais.

    Jordi, au Québec, les langues autochtones se portent généralement mieux que le français dans n’importe quelle province au Canada, et c’est encore pire pour les langues autochtones hors-Québec. Le Canada est une machine à assimiler.

    À titre de comparaison, l’inuktitut au Québec se transmet à près de 100% en famille. Au Nunavut, l’inuktitut se fait bouffer tout cru par l’anglais. À Iqaluit près de la moitié des Inuits sont assimilés à l’anglais. Alors utiliser l’argument autochtone contre la souveraineté du Québec, c’est pas du tout crédible.

    Si vous êtes curieux, les langues autochtones les plus dynamiques (transmission familiale quasi-complète et usage institutionnel [écoles, médias…] au Québec sont l’inuktitut, l’attikamek, le montagnais (innu-aimun), le naskapi et le cri.

    Les langues dont la transmission familiale est incomplète et dont l’usage social se porte moins bien sont le mohawk, le micmac et l’algonquin (grosses variations selon les localités).

    Le malécite, le huron et l’abénaquis ne sont plus parlées comme langues vivantes, mais elles sont bien documentées et il y a de l’intérêt pour leur revitalisation.

    Le Nunavut s’inspire de la loi 101 du Québec pour sa politique linguistique de promotion de l’inuktitut. Nous sommes un exemple de protection de la diversité linguistique, ça inspire un redressement d’échine je trouve.

  • nath

    Je comprends bien que vous vous identifiez à la Catalogne, mais votre méconnaissance de la réalité sociale, économique et politique est totale. Et vous ignorez totalement les conséquences d’une séparation.

    La Catalogne a d’une dette de 70 milliards et sa prime de risque est à 300 à mi-chemin du Portugal et de la Grèce. Les marchés ne lui prêtent plus, c’est l’Espagne qui récemment a prêté 7 milliard de plus au travers de son fond de solidarité interrégional. La sécession la priverait de ce fond et la situe hors Europe, donc sans aucune possibilité de sauvetage à la grecque par la Banque Européenne.

    L’assistance sanitaire, le chômage et les retraites sont assurées par la Sécurité sociale espagnole qui offre une couverture totale à tous les citoyens espagnols. Sortant de ce système, la future Catalogne n’a pas les moyens payer ne serait-ce qu’un mois de retraites, vu l’endettement mentionné… Le principal parti indépendance étant de droite ultralibérale, on peut imaginer qu’il ira vers un système d’assurance privée à l’américaines, tant pis pour ceux qui ne pourront pas payer…

    Les nationalistes vendent une illusion: la Catalogne va conserver tout ses acquis: tout va fonctionner comme avant mais sans payer d’impôts ni de cotisations à la sécurité sociale et on sera donc plus riches…

    La réalité c’est que son économie dépend de la libre circulation européenne. Des centaines de grandes entreprises ont préparé un plan de déménagement du siège social à Madrid, qui grâce aux accords européens peut être activés en 24 h. Ils attendent pour voir mais ils ne vont pas se laisser enfermer dans un enclos hors Europe quand ils peuvent passer la barrière au dernier moment (6400 entreprise sont déjà parties durant ces 7 ans d’indépendantisme, cela explique le 22% de chômage).

    Dans les milieux bancaires s’étudie aussi la possibilité d’un corralito à l’argentine pour éviter que les catalans transfèrent en masse leurs épargnes à des banques allemandes ou françaises au moment de l’indépendance, laissant les banques catalanes sans liquidité.

    Ce n’est pas faire peur, ce sont des faits, des chiffres qui peuvent être vérifiés par tous, c’est déjà la réalité actuelle… La Catalogne fait la fête et a la splendeur et l´élégance des grandes métropoles culturelles, mais elle est dans un abîme financier.

    D’ailleurs les leaders nationalistes n’offrent aucun plan de viabilité économique, aucune prévision, aucun engagement social. Ils vendent juste un grand rêve américain. Rêve d’un pays ultralibéral comme les USA pour les uns, rêve d’un pays plus social et environnemental comme le Québec pour les autres, rêve d’un paradis fiscal comme Moncao pour d’autres… Comme il n’y a aucune plan concret chacun y projette ses fantasmes, incompatibles entre eux.

    Je m’inquiète en premier lieu pour les catalans. Le réveil serait très dur et peut les mener dans une situation encore plus précaire que la Grèce… Et dans leur chute ils entraîneraient irrémédiablement en partie leur voisin espagnol.

    Et je vous assure que je n’ai rien contre la séparation au niveau idéologique. Si seulement la séparation permettait aux deux pays vivre mieux chacun de leur côté, tout serait simple.

    Mais les deux pays, très éprouvés par la crise sont endettés à l’extrême limite, la Catalogne plus que l’Espagne, et le coût de la séparation peut les faire basculer définitivement, la Catalogne d’abord et l’Espagne à sa suite…

    La Catalogne a très peu à gagner concrètement à part le sentiment d’une victoire identitaire, par contre elle a énormément à perdre…

    Avec 20% de chômage, ne serait-il pas plus intelligent de profiter de la relance européenne pour créer des emplois plutôt que s’entredéchirer dans un processus de séparation interminable?

    Il ya une belle carte à jouer en ce moment. Il y a de nouveaux des investisseurs en Europe… et le Portugal est en train de les capter grâce à sa stabilité, il a réduit son taux de chômage à 9%, et prévoit 7% pour l’année prochaine…

    Cela devrait faire réfléchir les nationalistes de persister dans un processus long, complexe et coûteux….

  • marta

    Très belle liste des avantages et atouts qui font de Barcelone une ville prospère DANS l’Espagne et l’Europe.

    Isolée de l’Espagne et de l’Europe, Barcelone HORS Esapgne et Europe perd tous ses atouts.

    Emprisonnée dans sa nouvelle frontière devenu mur de taxes douanières, difficultés fiscales et services d’immigrations.
    Les ports de Valence, Marseille et Gênes la remplaceront immédiatement pour l’accès aux marchés de la Méditerrannée.
    Les zones industrielles de Madrid, Valence et Bilbao sont déjà en train de la remplacer pour la production pour le marché interne.

    Et gageons que les créateurs culturels ne vont pas s’amuser à affronter services d’immigration et montagne de tracasseries fiscales et douanière chaque fois qu’il veulent vendre un production culturelle à l’Europe. Commercialement, être installé à Barcelone, sera identique à être installé à Marrakech. Et ces marque pas de choix dans l’UE: Lisbonne, Porto, Valence, Madrid, Marseille, Lyon, Rome, Milan… pour ne parler que du Sud…

    Barcelone la cosmopolite devient de plus en plus une grosse bourgade provinciale barricadée dans ses frontières d’avarice et de xénophobie…

    Espérons qu’elle reprenne ses esprits à temps.