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Montréal est corrompue : la machine est en place, les complices se trouvent à tous les niveaux de la sphère municipale et tout ce beau monde se prend un pourcentage sur les contrats de construction. Depuis le début des travaux de la Commission Charbonneau, on entend de plus en plus de monde affirmer de telles choses. Mais réalisons-nous vraiment la portée de pareilles affirmations?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, on va se le dire: la commission était nécessaire. Elle l’était devenue car nous avions du linge sale à laver en famille. Et du linge sale, on se rend compte maintenant plus que jamais qu’il y en avait une méchante brassée. Il y a de la corruption, ça ne fait aucun doute. Il faut revoir les pratiques et épingler les fautifs.
Mais il faut être prudent. Ce n’est pas tout Montréal qui est corrompue. Ce qui est en train de se passer est inquiétant et va au-delà des troublantes révélations. Les Montréalais (et les Québécois) y vont fort sur les généralisations. Le simple fait de travailler pour la Ville en tant qu’élus ou fonctionnaires rend une personne automatiquement suspecte. D’abord outil de redressement des processus d’appels d’offres, du financement des partis, etc., la Commission est en train de se transformer en outil de défoulement collectif. Le genre de dérive qui peut entraîner des conséquences à long terme sur la qualité de nos futurs dirigeants. Si on pense aux conséquences de la Commission Gomery pour le parti Libéral du Canada, il y a de quoi avoir la mine basse à l’hôtel de ville ces temps-ci.
La Commission met également en lumière que tout est toujours plus gros à Montréal. Il y a de la corruption au Québec, Montréal est donc la capitale incontestée de la corruption québécoise. Si c’est plus gros à Montréal c’est parce que c’est la métropole point final. Une métropole est le reflet de la société qui l’abrite. Si ça cloche à Montréal, ça cloche au Québec. Quand on y pense un peu, la Ville de Montréal compte plus d’employés que la majorité des villes du Québec n’ont de citoyens. C’est une ville dans la ville. Est-ce que tout le monde est gentil et blanc comme neige égal? Poser la question, c’est y répondre.
Le problème réside dans le bris de confiance qui existe entre la population et ses élus. Les révélations choc (et les généralités colportées par plusieurs) ne font qu’accentuer le fossé et alimenter le cynisme. Pour reconstruire les ponts, tout le monde devra faire sa part.  Les citoyens doivent cesser de bouder les institutions et les tribunes qui s’offrent à eux. Comme disait un vieux sage tibétain dont on ne se rappelle plus du nom: «la nature a horreur du vide». Si les citoyens n’occupent pas l’espace qui leur revient, d’autres groupes d’intérêt occuperont tout l’espace à leur profit.  Les politicitiens (il y en a des bons et il faut le dire) doivent également faire leur bout de chemin et apprendre de ce qui se passe en ce moment.  Ils doivent se rapprocher des citoyens et contrairement aux générations politiciennes du passé, ils disposent d’un arsenal d’outils de communication / consultation sans précédent. Le plus évident, les médias sociaux, qui constituent un puissant levier pour rejoindre la base, reste inutilisé par plusieurs.
Sans une diminution du cynisme ambiant, il sera difficile d’aspirer à du renouveau, plus de transparence, moins de langue de bois ou à une nouvelle génération de politiciens 2.0.   Comment peut-on penser même une minute attirer des gens compétents et pleins de bonne volonté en politique si dès qu’on devient élu, on se transforme instantanément en corrompu sans scrupule? Pourtant, ce sont ces élus qui nous gouvernent et jusqu’à preuve du contraire, la démocratie reste, à notre avis, le moins pire système au monde.
On a certainement besoin d’un nettoyage en profondeur. Dire le contraire serait jouer à l’autruche. Tout est dans la façon dont on va le faire. Montréal a besoin d’un coup de main pour se relever; pas de se faire frapper pendant qu’elle est par terre. Montréalais, travaillons à ce que la Commission Charbonneau fasse de Montréal une ville meilleure.
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