Le « Twilight érotique » de l’heure, Fifty Shades of Grey, vient tout juste de sortir des librairies dans la merveilleuse langue de Molière, sous le titre Cinquante nuances de Grey.

Un soulagement monstre s’est fait ressentir chez une certaine catégorie de la population, surtout féminine, émoustillée et excitée (pour ne pas dire mouillée), d’enfin avoir le chef d’oeuvre d’E. L James entre leurs mains.

Pour qu’un produit culturel devienne un produit populaire à grand déploiement, il faut une recette parfaite. On savait avec Twilight que les jeunes filles raffolaient des histoires d’amour impossibles et dangereuses avec les vampires. De son côté, semble-t-il qu’E. L James a trouvé ce qui plaisait aux « horny mommies »: la domination.

L’auteure a été critiquée vu les ressemblances de sa saga avec celle de Twilight. Fifty Shades of Grey serait à l’origine une fanfiction de la célèbre série de Stephanie Meyer. Cela n’a pourtant pas arrêté son ascension, E. L James a été considérée en avril 2012 par le magazine Time parmi les 100 personnes les plus influentes In the World.

L’histoire est simple. La belle petite Anastasia Steele rencontre le beau et milliardaire Christian Grey (on remarque ici l’utilisation du second degré par l’auteure). La pauvre petite se sent intimidée par le mystérieux PDG d’entreprise. M. Grey revient à la charge vers l’innocente Anastasia avec son vice caché: sa fervente pratique du BDSM (Bondage et discipline, domination et soumission, sadomasochisme).

Le succès de Fifty Shades of Grey se tient dans ces quatre lettres: BDSM. Les « horny mommies » raffolent de ce qui ne leur arrive pas, de ce qui est à la limite du dangereux, de ce qui reste dans le virtuel. Combien de ces « horny mommies » le feraient dans le monde réel? Très peu.

Tout n’est que psychanalyse. On comble un vide chez ces femmes en leur vendant à profusion ce livre pour leur faire revivre et redécouvrir leur sexualité.  44 millions d’exemplaires plus tard, ce livre érotique est à la conquête du monde avec ses jouets érotiques, son disque de musique et son film en préparation. Une vraie bombe pour les mamans en quête d’aventures.

Emma Watson sera peut-être, selon certaines rumeurs, celle qui incarnera Anastasia Steele. De quoi se départir de son personnage d’Hermione Granger. Reste à savoir si la fièvre d’Anastasia et Christian sera aussi forte que celle de Bella et Edward.

Et vous, ça vous tente le sadomasochisme sur fond de musique classique ?

Pas sûre.

Illustrations: Martine Frossard

  • missvky

    C’est pas si pire comme romans; j’ai la trilogie à la maison et je doit dire que je n’ai pas encore terminé le premier roman par manque d’intérêts… Et non je ne suis pas une horny mommies je n’ai que 24 ans !

  • Clo

    « Les « horny mommies » raffolent de ce qui ne leur arrive pas, de ce qui est à la limite du dangereux, de ce qui reste dans le virtuel. Combien de ces « horny mommies » le feraient dans le monde réel? Très peu.  »

    Intéressant ce commentaire…Que dire des romans policiers, des livres de science fiction. Que dire de toute littérature ne serait-ce que ça stimule l’imaginaire. Devons-nous déduire que seul les gens « game » de reproduire ce qu’ils lisent mérite le respect. Cette logique est plutôt inquiétante.

    Pour l’avoir lue, la version originale, manque gravement de vocabulaire et de structure du côté des personnages. La conclusion est est la même que dans tout bon récit de « chick lit » pour certains ça manquera donc d’originalité.

    Ceci dit, ce livre ne pas prétend être autre chose que ce qu’il est: un divertissement qui chasse l’ennui et stimule l’imaginaire. Je ne crois pas que l’auteure prétende écrire sur le net ce qui sera le prochain Tolstoï.

    Reste à savoir pourquoi tant de personnes en veulent à ce genre d’histoire ou à tout autre divertissement populaire…C’est lassant ce genre de commentaire plate sur les prétendues « masses ». Cracher automatiquement sur ce qui vend est tout aussi redondant, commun et banal que ce que l’on reproche à ces livres/films.

  • mari

    Le pire c’est que la moyenne d’âge des lecteurs de ces livres là ont autour de 15 ans! Personnellement, j’ai lu les trois et ça aura été la plus grosse perte de temps de ma vie. T’as vraiment envie de frapper le personnage féminin principale avec un 2 par 4. J’ai peur qu’une génération entière de tite-filles croit qu’elles peuvent être la blonde et le psychiatre de leur chum.

  • Marie-Hélène Gendreau

    Je suis tellement en accord avec le commentaire de Clo. Je n’ai pas lu le roman, mais je comprends tout de même – ou plutôt j’imagine – qu’on puisse lui reprocher son manque de vocabulaire, de structure et de recherche au niveau de la construction de l’histoire, et ce, probablement avec raison. Cependant, ce que je ne saisis pas du tout, c’est d’où provient toute cette hargne de la part d’une masse plus élitiste envers ce produit et divertissement commercial.

    Je ne vois pas non plus l’intérêt de cet article. Est-ce une dénonciation du système capitalisme et de l’immense machine à vendre qu’est l’industrie du divertissement? Est-ce un reproche à la non-contribution des « matantes » au progrès de la société puisqu’au lieu de s’instruire convenablement et de participer à un avancement collectif, elles préfèrent se perdre dans un vulgaire divertissement?

    Cette critique ne m’apparaît en fait que comme du gros dédain injustifié et je ne vois pas du tout quel pourrait bien être son apport chez les lecteurs. Je demeure une fidèle partisane du vivre et laisser vivre et, à moins d’avoir des propos constructifs et destinés à développer une réflexion auprès du public – ce qui n’est pas le cas ici, du moins autrement que celle engendrée chez moi-même et Clo – je ne comprends pas la pertinence d’un tel billet.

    Petite anecdote pour conclure : je suis présentement inscrite à un cours de littérature érotique à l’université et, parmi les œuvres relativement « sérieuses » qui figurent au programme, on y retrouve (surprise!) Fifty Shades of Grey parce que – et je cite le prof – il serait AMUSANT de comparer un roman commercial à d’autres œuvres plus significatives du corpus. Cette ridiculisation à outrance du roman m’estomaque : pourquoi y accorde-t-on tant d’importance si c’est pour le mépriser?

    Le pire dans cette histoire, ou plutôt le mieux, c’est que je suis convaincue que ce cours fournira l’opportunité à plusieurs de mes camarades de se farcir le roman (de façon ironique, bien sûr) qu’ils n’auraient sans doute pas osé lire autrement, par peur du jugement des autres. Quant à moi, je vais le lire sans aucune honte ni dédain et, s’il m’arrive malencontreusement de mouiller ma petite culotte en m’imaginant à la merci de Christian Grey, ce sera avec plaisir puisque ce divertissement ne prétend pas être autre chose.

    Et peut-être qu’en tant que mi-intellectuelle et mi-esclave de la culture populaire que je suis, je serai en mesure de noter au passage l’effroyable manque de substance de l’ouvrage. Mais je n’irai pas faire chier le peuple avec ça parce que, guess what, je ne peux reprocher à ce livre ce qu’il n’aspire pas à être.