Comme la saison commence (la saison de quoi, je ne sais pas exactement), j’ai pensé vous fournir un guide de gestion des trolls. Les trolls sont ces personnes qui larguent de petites bombes sur votre mur Facebook, qui écrivent des choses choquantes simplement dans le but de provoquer, qui vous acculent au pied du mur en vous talonnant de questions ou qui cherchent tout simplement à attirer votre attention en vous traitant de «pas bon».

La règle d’or, bien connue des geeks de l’époque de mIRC, c’est DNFTT, «do not feed the trolls». Les trolls, dont le seul but est de générer des réactions (et d’en faire je ne sais quoi dans leur chambre à coucher), se nourrissent des réponses de ceux qui mordent. Vous avez sûrement déjà vu une déjection de troll dans un forum qui a mal viré ou dans les commentaires en fin de texte, ça arrive tout le temps, comme on peut l’observer dans ce magnifique ouvrage de mœurs d’Arte Radio.

J’ai personnellement eu ma première leçon de gestion parasitaire quand j’ai décidé de répondre à une vieille connaissance qui n’avait visiblement pas pris sa médication depuis un moment. Je me suis payée la traite et lui ai répondu en 10 points, ce qui m’a procuré une bien brève satisfaction, puisque cet exercice d’une facilité redoutable (mettre les points sur les «i» d’un désaxé, c’est pas très difficile), en plus d’alimenter la bête, m’a fait réaliser que je m’attaquais à plus faible que moi. C’était comme d’écœurer un secondaire 1. Le trollisme, c’est l’intimidation de cour d’école qui, au XXIe siècle, s’est trouvée un format propice pour perdurer à l’âge adulte.

Même s’il vaut mieux ne pas nourrir les trolls, comme au zoo, il arrive qu’on ait envie de se gâter et de glisser une banane dans la cage des singes. Évidemment, pour poursuivre dans la métaphore animale, on ne donnera pas une banane aux otaries. Chaque type de troll requiert sa diète spéciale. En voici quelques exemples :

1. Le troll trop con
Les trolls sont généralement des cons, mais certains trolls sont plus cons que d’autres. Dans cette catégorie, on retrouve ceux qui sont trop cons pour comprendre le second degré, ceux qui confondent les faits et les opinions ou ceux pour qui le seul fait d’être une femme dans la sphère publique est un statement féministe. Le mieux qu’on puisse faire avec ces trolls, c’est de leur répondre en s’adressant en fait aux moins cons qu’eux. C’est inoffensif, parce que le troll trop con n’y comprendra rien de toute façon, et au moins, ça fait rire.

2. Le troll dans son salon
Avant, je ne comprenais pas pourquoi Guy A. Lepage et Dany Turcotte répondaient aux trolls du dimanche soir sur Twitter lors des diffusions de Tout le monde en parle. Puisque répondre, c’est propager, je me demandais pourquoi ils donnaient une voix à un ti-coune suivi par 16 quidams, en diffusant son laïus haineux à leurs 100 000 suiveux. Jusqu’à ce que j’en vois un s’excuser avec un clin d’œil de mal aise. J’ai alors compris que jusqu’à ce qu’on lui réponde, le troll du dimanche pensait qu’il était seul dans son salon et que le vomi qu’il déversait n’atteignait que son la-z-boy. Avoir une tribune, c’est nouveau pour plusieurs. En quelque sorte, faut les éduquer.

3. Le troll fan
Le troll qui s’excuse après que vous ayez répondu à son insulte peut aussi s’avérer être un fan qui s’ignore. Sa façon maladroite d’exprimer son admiration ressemble à celle de l’enfant qui veut attirer l’attention de sa mère en faisant des mauvais coups. Une fois ce besoin d’attention assouvi, le troll admiratif deviendra gentil. Il pourra même vouloir devenir votre ami. Il vous dira «sans rancune, l’ami», alors que vous n’éprouvez pour lui ni rancune, ni amitié. En scrutant son passé (ou juste la description qu’il se donne sur Twitter), vous constaterez qu’en fait, il vendrait son avatar à Second Life pour être à votre place. Il n’en tient qu’à vous de lui rappeler, en préservant une certaine distance, qu’il vous a d’abord approché en vous disant que votre travail était de la merde.

4. Le troll subtil
Le troll subtil est si subtil qu’il vous fera presque sentir paranoïaque d’être insulté par ses petits commentaires aux allures anodines. Mais généralement, après deux ou trois commentaires louches, vous avez probablement raison de vous méfier. Crevez l’abcès et vous verrez que derrière ces phrases légèrement insidieuses et ces attaques personnelles à peine voilées se cachent souvent une amertume alimentée depuis longtemps, une blessure enfouie depuis parfois des années. Vous en ressortirez tous les deux gagnants.

Quoi qu’il en soit, traitez toujours votre troll avec amour et rappelez-vous qu’il s’agit avant tout d’une personne démunie.


Trollez @JudithLussier sur Twitter.

  • Simon

    Tout à fait d’accord avec l’article. Il faudrait ajouter le Troll improvisé: C’est ce troll qui se fait passer pour quelqu’un d’intelligent, puis finit par dire « JE TE TROLL! » quand ses arguments ne tiennent plus la route.

  • Sam

    Bien intéressant ce billet. Assez mignon, d’une certaine manière. Ce désir de vouloir faire la psychanalyse du « trollisme » semble masquer une grande irritation, ce qui est plutôt ironique vous en conviendrez. Bien que vous qualifier ces piètres internautes de « trolls trop cons », il semble bien que la ruse ait provoqué chez vous le but escompté. Et tout cela provenant d’une blogueuse… vous semblez bien mal connaitre le média dont vous vous servez! Ce billet ainsi que votre entrevue sur la première chaine de Radio-Canada trahissent malheureusement votre naïveté de même que votre pâle connaissance du web. Il ne s’agit pas que d’être victime d’insultes sur facebook ou sur votre blog pour indirectement s’autoproclamer sommité en matière de trollisme.

    Bref, la prochaine fois que vous oser faire un billet sur un sujet qui outrepasse vos connaissances, assurez-vous de gratter un peu plus loin qu’en surface. D’ailleurs, la raison pour laquelle vous croyez n’avoir fait affaire qu’à de piètre trolls est bien simple; il est probable que vous n’ayez pas l’intellect suffisant pour réaliser que vous vous faites manipuler par des trolls plus habiles. De là toute la beauté de cet activité virtuelle, si vous voulez mon avis. Vous êtes le dindon de la farce, et nous nous divertissons à observer votre crédulité. Ainsi va la vie.

    • colonmist
  • webdude

    mmmph… encore une conception du troll fausse et issue de discussions d’une élite du web qui n’a rien compris au trollisme. Appeler un critiqueux un troll, c’est l’équivalant de faire référence à un activiste en le traitant de clown que d’appeler quelqu’un qui vient critiquer, peu importe la méthode, un troll. Belle façon de démoniser l’internaute qui s’exprime mais avec qui l’on est pas en accord.

    Non, un troll n’a qu’une envi: se marrer de la gueule des gens qui embarquent dans leur jeu. Il n’est pas question de critiquer. Certains  »professionnels » du web ont attribués au terme troll cette définition beaucoup trop large qui fait que maintenant, n’importe qui qui vient critiquer, de façon juste ou pas, un article, un commentaire, etc, est vu comme un troll. Le réel troll est celui qui fait exprès pour vous choquer, pour vous faire réagir, et qui s’amuse du fait qu’il a créé une tonne de commentaires hors sujet de la part des internautes. C’est celui qui volontairement écrira quelque chose comme:  »Tu dois être gay! » dans la section commentaire d’un article important sur l’évolution de la médecine et qui génèrera une tonne de commentaires sur l’homophobie alors que le sujet est tout autre. Le troll se fera passer pour quelqu’un d’autre et rira de la facilité avec laquelle il a pu tirer vos ficelles. Il n’est pas là pour critiquer, même qu’il s’en tappe. Il n’est là que pour rire. Un troll, par exemple, procèdera de cette façon (parmis tant d’autres) pour avoir du gros fun noir:

    John: Une chance que les gens acceptent l’homosexualité de nos jours!
    Troll: – insérer commentaire désobligeant sur l’homosexualité –
    Autre personne: My god qu’il y a des attardés sur cette terre! Tu devrais avoir honte!

    * Le troll supprime son commentaire, et se sort des chips et une bière *

    Résultat:
    John: Une chance que les gens acceptent l’homosexualité de nos jours!
    Autre personne: My god qu’il y a des attardés sur cette terre! Tu devrais avoir honte!
    Ami de John: hey ‘autre personne’, tant qu’à dire des conneries, va dont te faire voir ailleurs
    Ami de l’autre personne: Ouin! Je te reconnais plus depuis quand t’es homophobe?

    Suivi d’un paquet de messages de malentendus et d’incompréhension de ce qui se passe. Tout ca n’est que pour se marrer de la gueule de John et de ses amis, bière à la main, et dans certains cas de partager cette petite victoire sur 4chan ou 9gag.

    Ca, c’est du trollisme. Je me fou de ce que les experts diront de ca. Les experts ne vivent pas dans les mêmes cavernes que les trolls, ils ne peuvent donc pas commenter sur eux. Ils ne comprennent pas la moitié de ce qu’ils sont. Ton article traite simplement de gens avec des opinions, qu’on soit d’accord ou non avec ce qu’ils ont à dire revient aux ‘social skills’ tout simplement. Ca ne les excuses pas,

  • webdude

    oops j’ai accroché publier avant de terminer et de corriger les fautes…

    … mais il est important de faire la différence entre un troll et un opinioneux qui s’exprime mal.

    Ceci-dit, j’aime bien le début de l’article. Je croyais que finalement quelqu’un allait en parler sans mettre les deux dans le même panier. Cependant, en lisant les exemples, j’ai changé d’avis. Le truc pour faire la différence est simple: Si la personne embarque de façon sérieuse, ou si elle fini par s’avouer un troll, ou si elle semble tenir un discours spécifique, ce n’est pas un troll. C’est juste la personne assise à la table d’à côté au resto qui s’impose dans la conversation. Nuance, certe, mais nuance importante. Quand je lis des nouvelles comme :  »The EU invests 3 mils. to stop trolls from interfering with the elections », je ne peux m’empêcher d’avoir un petit sourire en coin par l’ampleur de leur incompréhension, mais en même temps, ca me répugne. Si certains méritent vraiment d’être jugés comme étant un poids en terme de gestion de sa présence en ligne, d’autres (sous leur définition du troll) ont raison de commenter. Dans cet optique, l’investissement du EU pourra bien aller autant à faire taire des opinions valides que moins valides.

  • Antoine

    En tant qu’ancien community manager France du réseau CouchSurfing, je donne un retour d’expérience concernant la gestion des trolls ici:
    http://antoine-rolland.fr/blog/le-moderateur-de-forum-face-aux-trolls/

  • Béa

    J’ai un blog & un site (BonheurEtAmour) et je commence à avoir des trolls…Quelle plaie !
    D’abord, merci du conseil disant qu’il faut se souvenir que les trolls sont démunis …Bon sang, mais c’est bien sûr ;) !
    Et je voudrais aussi ajouter un conseil pour les bloggeurs (euses) :
    Tim Ferris (le fameux bloggeur) dit que, du moment qu’on prend une position nette sur n’importe quel sujet, il y a des gens qui vont s’en indigner – il faut s’y attendre, c’est tout, et se dire que :
    – le clou qui dépasse appelle le marteau (proverbe japonais),
    – les chiens aboient, la caravane passe (proverbe arabe),
    – Dès qu’un génie apparaît dans le monde, on le reconnaît au fait qu’immédiatement les imbéciles se liguent contre lui… » (Swift)
    Bye & bonne chance à vous,
    Béa