URBANIA_Detroit-612

Découvrez le projet de documentaire de nos amies de Detroit Je T’aime

Pour beaucoup, Détroit est devenue la Mecque de l’agriculture urbaine à l’échelle planétaire.

On en est la preuve vivante : duo de documentaristes, nous avons déménagé à Motor City l’an dernier pour un projet de webdocumentaire, qui à l’origine était entièrement focalisé sur le retour à la terre des Detroiters. Après avoir nous même planté oignons et gousses d’ail, nous n’avons pas abandonné la bêche mais ouvert le projet à d’autres initiatives de Do It Yourself.

Les sollicitations que l’on reçoit par email de la part de curieux du monde entier nous laissent penser que les urban farmers « in the D » continuent de faire fantasmer pas mal de monde !

À vrai dire, la ville de Détroit avait tout pour devenir la capitale de l’urban farming : de l’espace en pagaille ; une absence chronique de supermarché (et de pouvoir régulateur) ; une population massivement au chômage et on en passe.

Mais le mouvement ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui – soit les prémisses d’un monde en phase avec son environnement, qui répond aux besoins de chacun – sans l’aide d’une poignée de visionnaires qui ont irrigué les champs de Détroit pendant des décennies. À commencer par toutes celles et ceux qui, en provenance du Sud plantationniste au début du siècle passé, ont apporté avec eux des traditions agricoles, maintenues vivaces dans les backyards de Détroit. Premier mythe qui tombe : l’agriculture urbaine à Détroit ne date donc pas d’hier. Quitte à en faire tomber d’autres, ajoutons que l’agriculture urbaine à Détroit – comme ailleurs – est encore limitée par des obstacles assez significatifs, à commencer par la légalité de cultiver en milieu urbain dans un État aussi agricole que le Michigan : même s’il est question de statuer prochainement sur la question, les fermiers urbains sont encerclés par le Right To Farm Act, ce à quoi s’ajoute la nébuleuse question de la propriété de la terre. Et puis la ville a aussi son lot de terres polluées, héritées de décennies d’exploitation industrielle. Bref, cultiver à Détroit ; oui, mais pas n’importe où !

N’empêche que… le kale et les carottes made in Motown continuent de nourrir les espoirs les plus fous, y compris les délires les plus lucratifs, au risque de piétiner ce que permet la pratique actuelle : reconstruction du lien social, apaisement de quartiers rongés par le deal, accès à une nourriture saine et bio pour tous.

Précisons au passage qu’à Détroit la culture se fait horizontalement, il n’y a pas pour ainsi de ferme nichée en haut des gratte-ciels puisque la surface au sol est conséquente. On est donc sur des schémas de culture assez « classiques ».

Mais passons donc côté jardin : petit tour d’horizon de deux de nos fermes coups de coeur à Détroit.

D – town.

Ce qu’on aime à D-town, c’est son allure de vraie ferme, même si on n’y cultive que des légumes et qu’on s’y fait piquer en masse par les moustiques quand on y passe la journée caméra au poing ! Les fanions plantés à même le sol nous rappellent le public visé : les Afro-Américains de Détroit.

Démographiquement, le raisonnement tient incontestablement la route. C’est ici –  dans ce vaste parc détenu par la ville – que Malik Yakini, Kwamena Mensah et leurs alliés gérent le « réseau de sécurité alimentaire noire de Détroit » (Detroit Black Community Food Security Network). Les produits de D-town sont distribués sous la bannière « Grown in Detroit » (produit à Détroit) du Eastern market – le grand marché central de la ville, et en vente directe sur plusieurs marchés de la ville (notamment celui de l’université). Chaque année D-town organise sa fête des récoltes (Harvest Festival) : à ne manquer sous aucun prétexte ! (cf. la galerie de l’an passée sur Flick’r, cliquez ici)

Et bien plus à l’est…

Georgia Street

Mark Covington a été un des tous premiers fermiers urbains à avoir répondu à notre appel l’an dernier. Il nous accueille avec beaucoup de chaleur dans le Eastside, un coin que l’on tente de traverser d’une seule traite sans même s’arrêter au feu rouge habituellement… Pilier de Georgia Street, où il a toujours vécu, Mark a construit en trois ans, un joli jardin communautaire, doublé d’une mini basse-cour. C’est aussi le gérant d’une salle où les gamins du quartier viennent faire leur devoir. Ce qui est intéressant avec Mark, et tout à fait représentatif des urban farmers de Détroit, c’est que ce grand gaillard n’avait quasiment jamais touché à une motte de terre avant de décider d’enfourcher sa salopette. Viré de son entreprise de nettoyage industriel à l’hiver 2007, au chomâge, Mark n’en pouvait plus de voir les déchets s’accumuler sous sa fenêtre. Quelques mois plus tard, il plantait un jardin et rejoignait le fameux « garden resource program », l’épine dorsale du mouvement agricole urbain à Détroit. Visiblement les pouces de Mark prennent racine : ses petits voisins ont fini par prendre goût à la culture du sol : « au départ, les gamins étaient agacés par la lenteur du processus, ils réclamaient la télé. Mais dès que les semis ont pointé le bout de leur nez, ils étaient surexcités ! ». Grow Town a de l’avenir.

Pour voir l’agriculture urbaine à Detroit en photos: La star du vendredi: Detroit Je t’aime

Pour tout savoir sur le merveilleux monde de l’agriculture, achetez le Spécial À LA FERME ! (et abonnez-vous donc tant qu’à y être !)

  • steeve

    Je vous remercie pour cet article qui m’a permis d’en savoir encore un peu plus sur Detroit et la dynamique collective qui s’ y intensifie.

    Je pars à Detroit dans deux mois pour une durée de un an.
    j’ai été sélectionné dans le cadre universitaire en France, pour réalisé ma première année de Master en Histoire de l’Art à Wayne State University, que vous citée.
    je suis emballé par cette opportunité qui s’offre à moi étant donné que mon sujet de mémoire s’intitule : la reconstruction de l’image de la ville: (Detroit, de la crise à la renaissance) à travers la photographie .
    Pour réaliser cet attrayant projet, il m’est nécessaire de rencontrer des habitants engagés, des artistes mais surtout pour ce mémoire, des photographes amateurs et professionnels.
    pourriez-vous m’aider? ou me donner des pistes?

    Je vous remercie d’avance.

    Steeve Lecru.