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Le Parti québécois n’a jamais sorti sa plateforme en anglais. Ni en atikamekw, d’ailleurs. Une langue unique au Québec. 

Pauline Marois a aussi esquivé toutes les entrevues avec le seul quotidien anglophone du Québec pendant la campagne électorale. L’élite nationaliste québécoise n’a rien compris.

J’ai grandi à Montréal, terreau fertile des luttes linguistiques de la Révolution tranquille. Depuis cette époque, notre langue commune nous définit et un outil comme la loi 101 est une victoire de l’affirmation de la culture québécoise longtemps dépréciée. Aujourd’hui, partout dans la métropole, les magasins récalcitrants ont dû s’y conformer. Le français est devenu prédominant sur la façade de la presque totalité des commerces. Si ce n’est de quelques rétrogrades, plus personne n’est engagé pour faire du service à Montréal s’il ne connait pas le français. Même si une réflexion et un travail sérieux restent à faire à certains niveaux, se faire servir dans la langue commune du Québec n’est maintenant plus contesté.

Quand, pendant la campagne, on affirme qu’il est courant de ne pas pouvoir se faire servir en français à Montréal, c’est de la démagogie. Quand le PQ utilise la laïcité de l’État pour l’opposer au religieux, il polarise les Québécois, au même titre que Jean Charest avec ses mesures impopulaires, en jouant sur la crainte entourant un projet pourtant louable et mobilise un sentiment de peur autant chez les francophones que dans les minorités de tout acabit.

Les Anglais

Ce que les nationalistes de la première heure n’ont peut-être pas compris est que les Anglo-québécois habitent maintenant le Québec par choix. Les nouvelles générations d’Anglos qui ont grandi au Québec parlent maintenant couramment le français. Cette deuxième langue fait aussi partie de leur identité. Ils sont généralement fiers d’être d’où ils sont, souvent pour des raisons similaires à ceux des francophones (social-démocratie, liberté, égalité, vivacité culturelle, langue française). Ils se disent encore souvent Montréalais avant d’être Québécois, mais Montréal est aussi l’un des joyeux ethno-culturel de la planète et devrait faire la fierté de tout un peuple. D’ailleurs, la majorité de ces Anglos ne pleureront probablement pas très longtemps le départ de leurs comparses, très conservateurs, qui menacent de quitter la Belle province. Mais ils ne se reconnaissent pas non plus dans le langage du mouvement nationaliste québécois actuel. Pourtant, plusieurs voudraient se sentir inclus dans un projet de société propre à notre culture, mais le registre crispé des mots utilisés braquent encore les positions.

Nier l’existence de l’anglais dans l’identité québécoise, n’y accorder aucune importance dans une campagne ou dans les discours, c’est nier une partie de soi-même. C’est nier la moitié de la population montréalaise. Les Anglos ont beau comprendre le français, au même titre que les francophones comprennent l’anglais dans le « Rest of Canada » (ROC), si on ne leur parle pas, si on ne s’adresse pas à eux comme tel, ils ne se sentiront pas, avec raison, pris en compte. Et la langue d’expression de ce dialogue importe peu, en fait. Il peut très bien se faire en français.

Xénophobie

La majorité du mouvement nationaliste québécois porte flanc depuis trop longtemps aux accusations xénophobes en n’incluant pas les minorités québécoises dans leurs discours et campagnes. On répète ainsi le même pattern reproché si farouchement au ROC envers le Québec.

Nous avons des lois, mises en place suite à de longues luttes sociales qui ont permis l’émancipation de toute une population qui se croyait née pour un petit pain. Il faut en être fier, le célébrer et les perfectionner. Sauf qu’il est maintenant temps, aussi, de sortir du climat de méfiance et de crainte qui nous habite. Il faut enfin sortir de notre malaise identitaire. Si nous nous assumons comme culture majoritaire, il faut au contraire être tout aussi fier d’être ce que nous sommes, avec notre part réelle d’ouverture à l’autre. Il faut arrêter de se sentir menacé et célébrer aussi la force culturelle et sociale de nos minorités. Malgré un système politique toujours imparfait, le Québec est inclusif, ouvert et fort.

Plusieurs minorités du Québec ont par contre toujours peur d’être contraintes dans leur quotidien par des nouvelles lois qui, considèrent-ils, pourraient brimer leur liberté.

Que leurs craintes soient justifiées ou non, là n’est pas la question. Par contre, l’erreur du Parti québécois, particulièrement, a été encore plus probante dans les dernières semaines. Il s’en est tenu à sa base électorale, ne s’investissant presque jamais à démonter ces craintes exposées si abondamment dans les médias traditionnels anglophones et les réseaux sociaux.

Si les accusations de xénophobie ont souvent été exagérées et parfois même insultantes, il a été tout aussi insultant que les leaders nationalistes les ignorent la plupart du temps. Comment peut-on accepter qu’une partie des Québécois perçoit le mouvement nationaliste moderne comme tel?

Les gens affluent d’Europe, des États-Unis et d’ailleurs pour venir vivre dans cet espace unique de rencontres qu’est le Québec, un ilot francophone dans une Amérique du Nord si anglophone. Ne pas célébrer qui nous sommes, un pays français aux influences nord-américaines multiples, c’est aussi une preuve d’immaturité.

Contrairement à ce qu’on peut penser, les communautés allophones et anglophones sont «parlables», s’amusait à me raconter après la campagne électorale le candidat d’Option nationale dans Laurier-Dorion, Miguel Tremblay. Malgré des positions politiques souvent différentes, les allophones et anglophones ont toujours été très ouverts à la discussion, selon son expérience sur le terrain de cette circonscription montréalaise fortement multi-ethnique.

Québec solidaire a diffusé sa plateforme en anglais à trois semaines du scrutin, alors qu’Option nationale l’a traduite en huit langues, sans jamais les rendre disponibles sur Internet. La question n’est pas la langue d’usage, mais le projet qui est derrière, un projet francophone et inclusif.

Québec solidaire et Option nationale ont fait d’autres efforts louables, malgré leur peu de moyens, pour discuter avec les hispanophones, les anglophones et d’autres communautés. Comment alors expliquer l’incapacité du parti au pouvoir à s’ouvrir à la différence? Ce parti a d’ailleurs été fondé par un homme, René Lévesque, dont les discours ont toujours été très loin du discours identitaire obtus.

À ce propos, que Pauline Marois parle ou non l’anglais importe peu, puisque la langue commune du Québec est désormais acceptée de tous et toutes. L’absence de dialogue avec les minorités québécoises est par contre beaucoup plus inquiétante.

On ne peut pas faire de grands reproches à ces minorités, comme l’a fait la Société Saint-Jean-Baptiste, si le respect ne s’exprime pas tout d’abord à travers un discours qui les intègre dans un projet de société francophone et proprement québécois. Il est primordial d’insister sur le fait qu’ils font partie de la même communauté que nous.

Si le PQ n’évolue pas rapidement, il se dirige à sa perte. Suite aux immenses acquis politiques des cinquante dernières, loin d’un sentiment d’infériorité, une nouvelle génération de Québécois ne définit plus son identité par rapport aux autres, mais par rapport à elle-même. Conscient de la force culturelle et sociale d’un projet collectif commun, elle est maintenant impatiente d’ouvrir enfin ce dialogue et chercher à trouver des nouveaux termes pour définir et réfléchir ensemble notre société.

  • Xavier

    Le commentaire de Nicolas contient beaucoup plus d’éléments vrais que l’article principal…
    Je ne comprends pas comment l’auteur du texte puisse écrire que « la langue commune du Québec est désormais acceptée de tous et toutes. » sans éclater de rire. Il n’habite peut-être pas dans la même ville que moi…! Je suis né dans le Mile-End au milieu de années 80. Mes parents ont ensuite déménagés sur le Plateau quelques années, pour finalement s’établir dans la Petite-Patrie. Et bien sauf peut-être quelques coins de la Petite-Patrie, je ne me sens plus du tout chez moi dans ces quartiers, bien malheureusement. Durant la dernière décennie, ces endroits que j’aimais bien sont devenus des quartiers hip, cool, indie-rock, faussement-hippie et surtout, très très anglophones. J’entends maintenant parler anglais à tous les jours sur Beaubien et je vois énormément d’anglos s’installer à l’est de St-Laurent. Ils ne se sont pas adaptés aux quartiers, ils adaptent les quartiers à leur image…! Cafés et friperies « à la sauce anglo » poussent partout et bien que je puisse me faire servir en français, je ne me sens pas du tout chez moi lorsque je tente de fréquenter ces endroits. À quoi bon me faire servir en français si du moment que j’ai payé, les employés et la grosse majorité de la clientèle parlent tous en anglais? Non pas que je déteste cette langue, mais j’aime bien entendre notre langue commune et acceptée de tous résonner autour de moi. Bien souvent, elle est plutôt enterrée et étouffée par la langue de Shakespeare dont les interlocuteurs ne connaissent pas souvent le chuchotement et la discrétion. Je ne crois pas que l’on puisse vivre ce genre de situations dans une autre ville canadienne. Je m’imagine mal arriver dans un café à Toronto/Winnipeg/Halifax/Vancouver et entendre des gens parler français à tue-tête sans qu’on y entende un mot d’anglais…
    « Les Anglos ont beau comprendre le français, au même titre que les francophones comprennent l’anglais dans le « Rest of Canada » (ROC), si on ne leur parle pas, si on ne s’adresse pas à eux comme tel, ils ne se sentiront pas, avec raison, pris en compte. » Franchement, les francophones dans le ROC ne peuvent pas vivre où ils vivent sans parler parfaitement l’anglais, impossible (sauf peut-être à Hawksbury mais encore…).
    Un anglo-montréalais peut passer toute sa vie ici sans parler français, ça se voit encore.
    Arrive en ville, man.

  • Simon

    Très beau français, Sean!

  • Sam

    S’il y a une chose qu’on sait, c’est que ça finit toujours en une série d’histoires de magasins au centre-ville.

    « Comme une enquête inutile en attire une autre… » disait Jean-René Dufort…

  • soupa lognion

    Je pense tout simplement que le point d’Étienne est que nous, les nationalistes / indépendantistes, aurions tout à gagner à inclure les minorités (anglophones ou autres) dans notre discours et notre cheminement…

    Quand le Québec deviendra finalement un pays, ces minorités ne disparaîtrons pas, il faudra donc les inclure. Pourquoi ne pas commencer maintenant?

    Au lieu de faire peur aux minorités, on pourrait être agréablement surpris de voir certains membres de ces minorités voter Oui à un référendum…

  • Margo

    Merci Étienne, d’avoir écrit cet article.

    Si vous ne vous faites pas servir en français, plaignez vous au patron, mais ne blâmez pas la communauté anglophone en entière.

    Aimeriez vous que Harper disent que le français est un problème et qu’on doit s’en débarasser? Comment vous sentiriez vous si votre langue serait considérée comme une maladie contagieuse dont on doit se débarasser?

    Il n’y a pas que le français au Québec. Il y a plein d’autres langues qui sont réellement en danger dans le Nord. Ces gens qui étaient ici en premier, avant que les français et anglais décident de voler leur pays… Est-ce qu’on doit tous être forcer de parler leurs langues afin de les protéger?

    Si vous regardez un peu l’histoire du Québec, vous verrez que si les autres langues comme l’anglais étaient une ménace pour le français, cela ferait longtemps que la langue n’existerait plus ici. Mais ce n’est pas le cas. Le français est encore très présent au Nouveau Brunwick, même si les gens ont le droit de parler leurs langues en tout liberté. L’anglais ne fait pas disparaître le français et même lorsqu’une langue est officielle, cela n’iimplique pas que tout le monde doit parler qu’une seule langue. La majorité du monde sur notre planète sont au moins bilingues et trilingues et ils n’ont pas de problèmes avec ça. J’ai essayé de trouver un pays unilingue, mais je ne trouve pas. Les Italiens ont aussi des écoles anglophones. Imaginez les mesures extrèmes qu’il faudrait prendre pour avoir un pays unilingue, comme mettre dehors tous les québécois qui ont apprit l’anglais.

    C’est normal d’aller dans une ville touristique et d’affaires et d’entendre parler d’autres langues. C’est gens là aident à faire rouler l’économie en plus. Apprenderiez vous le chnois avant de simplement visiter la chine? Si vous voyager partout au monde, comment ferez vous pour apprendre toutes ces langues?

    C’est bien possible de bâtir un mur autour du Québec, mais il faut se rappeler qu’il y a un prix à payer pour cela, car ça fait mal à l’économie en plus de garder les gens dans la noirceur en ce qui concerne le monde qui les éntourent. Lire les nouvelles en anglais, ça rapporte.

    Pensez également à vos confrères Francophones Québécois qui doivent voir leurs femmes anglophones et enfants Québécois francophones quitter le Québec, cars ils n’en peuvent plus de vivre dans ce climat de mépris.

  • Mary

    Gilles Thompson, Qu’est-ce-que tu n’aimes pas dans la texte de Don MacPherson? A mon avis ce n’est pas une texte incendiaire ? Il critique ceux qui sonts trop vite à mettre la blame. Comment The Gazette est responsable pour les actions d’un fou habillé en robe de chambre et masqué comme un lutteur du WWE? Si les journalistes anglophones (j’etais une dans une autre vie) communiquent en anglais sur Twitter entre autres, c’est parce que c’est leur langue maternelle et non pas par manque de respect pour le francais.
    C’est a noter que ceux qui blament les médias anglophone pour les manchettes et les textes haineuse ne mentionnet jamais The Toronto Sun, qui appartient a Pierre Karl Péladeau. Il adore ca quand les anglais et les francais chicanent. Money in the bank.

  • Balty

    Je pense que ce texte est une excellente et convaincante réplique à ce billet:

    « Cessons donc de rajouter à cette victimisation et à cette auto-flagellation tellement contre-productive. Et espérons qu’avec cet évènement nous réaliserons enfin que l’angélisme et l’idéalisme peuvent être garants d’harmonie et de rapprochements dans un camp de yoga des Laurentides, mais dans la réalité, si on veut faire coexister, dans le respect, Anglos et Francos au Québec, il faudrait commencer par respirer par le nez, alléger l’atmosphère et reconnaître – sans juger – les insécurités légitimes de l’Autre… »
    http://journalmetro.com/opinions/dici-et-dailleurs/156003/ils-sont-fous-ces-anglos/

  • jp sylvain

    Les Anglais, les vrais, forment 8% de la population québécoise et 20% des Montréalais. Je ne parle pas ici des allophones qui se prennent pour des Anglais. Les Anglais jouissent de trois universités, les Français de trois aussi. Ils ont autant de stations de radio et de télé que les francophones. Vrai que les Anglais – les vrais – parlent le français, et très bien à part ça. Ils sont des citoyens de première classe, comme nous. Mais la langue française doit à tout prix être protégée, sinon, nous allons dans une génération ou deux, être comme la Nouvelles-Orléans, où tout est anglophone, Ce fut jadis une brillante colonie française. Dans les provinces voisines, toutes anglophones, le taux d’assimilation est de 75 à 80%. Les communautés françaises, forcées de payer des taxes et de payer en plus pour leurs écoles ( double taxation) ont presque toutes disparu! Hormis au Nouveau-Brunswick, la seule province officiellement bilingue. Allez y comprendre quelque chose: même la ville d’Ottawa, «notre» capitale fédérale, n’a même pas de statut de ville bilingue. Quels crétins dirigent cette capitale!!!

  • Florian

    Salutation Nationalistes Québécois, nos « voisin lointain », unissez-vous en rang !

    Second entretien sur l’actualité politico-médiatique du 8 décembre 2012 avec le nationaliste Philippe Ploncard d’Assac :
    http://ploncard-dassac.over-blog.fr/article-entretien-sur-l-actualite-n-2-avec-florian-rouanet-113424829.html

    + Entretien sur le nationalisme : http://ploncard-dassac.over-blog.fr/article-annonce-105634577.html