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Toutes les blagues sur le poids de Gaétan Barrette n’auraient pas été aussi nonchalamment acceptées dans les médias s’il avait été une femme. Assiste-t-on à une nouvelle forme de bullying collectif socialement acceptable? Tenter d’écarter un homme en politique en critiquant son apparence physique est certainement un évènement rare.

Gaétan Barrette est gros. Il est même probablement obèse morbide, à en juger par ses photos, dixit Blogue d’un gros. Mais l’apparence d’un homme politique génère très rarement des critiques, ou même des commentaires, contrairement à celle des femmes politiques, qui, elle, est souvent passée au peigne fin. Pourtant, depuis l’annonce de la candidature de Gaétan Barrette, les blagues pullulent. Un journaliste du sérieux Téléjournal de Radio-Canada aurait même fait un beau lapsus la semaine dernière: c’est un «gros candidat de la CAQ».

«Méchante grosse prise», «avec son égo, comment dire, démesurément énorme»
–    Léo-Paul Lauzon, Le Journal de Montréal
«Un bulldozer nommé Barrette»
–    Jean-Jacques Samson, Le Journal de Québec

Si les blagues et allusions abondent, et font rire face à l’ironie d’un médecin obèse, aurait-on été aussi « à l’aise » de faire ce genre de blagues s’il s’était agit d’une femme? Sûrement pas, les accusations de sexisme auraient fusé de toutes parts. Les féministes québécoises seraient montées au créneau.

Aux États-Unis, où règne l’image du corps idéal dans les médias, on ne s’est pas gêné pour critiquer le «surpoids» de la Surgeon General, l’équivalent de la ministre de la Santé, lorsqu’elle a été nommée. Son poids est cependant incomparable avec celui de M. Barrette. Elle a plutôt l’air en santé.

En fait, s’il avait été une femme, la question ne se poserait probablement même pas. On peut se demander si la CAQ l’aurait choisi. L’apparence est beaucoup plus importante pour une femme que pour un homme dans les médias et en politique. Martine Desjardins l’avait résumé de manière assez explicite sur l’excellent site Nous sommes les filles:
« Si Léo et Gabriel ne sont pas rasés, sont mal peignés, s’ils semblent fatigués, c’est qu’ils travaillent fort. De mon côté, si j’ai l’air fatiguée, c’est que je suis complètement épuisée, débordée par ce qui se passe. Un jour, je n’avais pas eu le temps de me maquiller; le lendemain, un article est sorti qui disait que j’étais complètement dépassée. Ça ne pardonne pas, alors j’ai appris à mettre du cache-cernes ! » Après les foulards de Pauline Marois ou la moustache de Manon Massé, c’est presque rassurant de savoir qu’en 2012, les hommes ne sont plus à l’abri, eux non plus, d’attaques sur leur apparence.

Les hommes seraient moins obsédés par leur look, donc peu de gens semblent se formaliser de l’humour cru sur la taille de M. Barrette que vient de déclencher l’annonce de sa candidature. L’habillement d’un homme en politique est aussi plus sobre, plus uniforme. Ça se résume presque tout le temps à un veston cravate, sans les artifices d’un maquillage. Bref, difficilement attaquable.

Doit-on s’étonner par contre du silence des groupes de pression face à toutes ces blagues de gros?

Barrette avait lui-même répondu, en février 2010, aux questions difficiles de Guy A. Lepage à Tout le monde en parle sur le lien entre son obésité et le fait qu’un médecin doive montrer l’exemple. Mais l’apparente dissonance entre le rôle, les projets, les idées et le corps du candidat nous informe-t-elle réellement sur ses compétences en tant que radiologue ou politicien?

Si la question de ses compétences politiques peut sembler justifiée, les attaques publiques simplistes concernant son poids, elles, le sont moins.

Les plus cyniques vont rire de prime abord (j’en suis souvent), mais ce rire cache finalement aussi un léger malaise. Et cela n’élève en rien le débat, qui, déjà, ne vole pas toujours très haut.

Gaétan Barrette est gros. C’est un fait. Mais ce n’est pas vraiment d’intérêt public. Ce qui l’est par contre, c’est qu’il est accusé «d’avoir fait du lobbyisme illégal auprès du gouvernement, avec pour résultat qu’aujourd’hui, les radiologues détiennent le monopole des cliniques privées d’imagerie médicale au Québec».
Et ça, c’est gros. Très gros.

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  • MCB514

    …Et si c’était plutôt le fait qu’il soit médecin; aspirant au poste de ministre de la santé, ET obèse, qui gênait les gens? Ça n’excuse pas les blagues faciles sur son surpoids, mais je pose la question…

  • Valérie

    Il y a encore 2 poids : celui des hommes et celui des femmes. Quel parti voudrait d’une femme du même poids que Dr Barette? La CAQ?

  • Claude Boucher

    Moi, ce qui me dérange, c’est qu’on veuille mettre la santé des québécois dans les mains de cette homme-là. Ma première réaction a été de dire qu’il s’occupe de la sienne avant qu’il ne s’occupe de la nôtre! J’aurais la même réaction si on me disait qu’il allait être nommé aux sports! S’il était au transport ou à la justice, je me fouterais royalement de son poids. Faut être conséquent.

  • Valérie

    Est-ce que ça te dérangerait autant s’il souffrait du diabète? En quoi ça le rendrait moins compétent? L’obésité est une maladie, au même titre. Penses-tu que les médecins sont à l’abrit du cancer? Sincèrement, je préfère être soignée par quelqu’un de compétent en matière de santé que par quelqu’un de shapé au couteau… Reste à savoir si Dr Barette est compétent comme homme politique…

  • colombe

    Docteur Barette serait petit et il serait encore trop gros et probablement envahissant. Et je crois que dans la vie on se doit d’être conséquant.

    Et de toutes évidences l’apparence des messieurs est toujours justifiable. Avoir l’air sale c’est devenu hot and sexy.

  • Marie-Elaine

    Si les blagues sur le poids du Dr Barette fonctionnent si bien c’est que :
    1) Il est médecin – ne sait-il pas ce qu’il risque comme maladies avec son poids? Qu’un médecin soit aussi obèse semble incongru (même si, soyons honnêtes, il a bien le droit de faire ce qu’il veut, comme nous tous).
    2) Il fait l’effet d’une personne autoritaire qui possède un gros égo. Cette correspondance entre son aspect physique et son caractère donne lieu à des blagues fonctionnant à deux niveaux: critique du caractère du bonhomme et blague de mauvais goût « pipi-fesse-poil ». Tous les publics sont contents, des douchebags aux intellos.

  • Simon

    « Mais l’apparente dissonance entre le rôle, les projets, les idées et le corps du candidat nous informe-t-elle réellement sur ses compétences en tant que radiologue ou politicien? »
    – Ben non, justement. Je comprends que certains voudraient voir un adonis nous dire de manger des légumes à la tête du MSSS ou de la Santé publique par un apparent souci de cohérence, mais aux dernières nouvelles, c’est encore sur la base des compétences et des résultats qu’on devrait juger les gens (la discrimination physique à l’embauche est d’ailleurs interdite, quoique présente). De plus, en toute démagogie, soulignons que les actualités des dernières années nous ont rappelé qu’un médecin qui va au gym n’est signe de rien.

  • Ladysmile

    Votre dernier paragraphe est grossièrement erroné. Vous confondez 2 accusations bien distinctes, soit celle du Dr Desjardins, président des radiologistes et de Radiologix, et celle du Dr Barrette à titre de président de la FMSQ, organisation qui conteste le principe de l’enregistrement à titre de lobbyiste une organisation dont le mandat est de négocier av. Le gouvernement (ils n’ont pas voulu s’entegistrer pour contester, d’où l’accusation en lobbyisme illégal)… Veuillez vous renseigner avant de publier n’importe quoi.

    Pour le reste, je suis plutôt d’accord avec vos propos. :)

  • Renée Hardy

    « Mais l’apparence d’un homme politique génère très rarement des critiques » … euh, quelqu’un pourrait compter le nombre de blague plate sur la bouche croche de Jean Chrétien svp? Pour ne citer que ceci.