La recette de PFK pour être un vrai homme est simple : clanchez-vous un sandwich au poulet pané, des brochettes de poulet pané, une frite, une liqueur, et une salade de chou pour la forme, et vous vous transformerez instantanément en stéréotype du vrai mâle. Celui avec une pilosité abondante qui n’a pas peur des ours.

Vous pensez peut-être que la féministe en moi en voudra à cet accent mis sur la distinction des genres, à ce malencontreux amalgame de sexe et de nourriture. Il n’en est rien. Pour de vrai, si PFK veut vendre aux hommes un lunch à 1500 calories, ça m’est égal. Fondamentalement, je trouve ça stupide, c’est sûr : c’est pas la barbe qui vous poussera en mangeant la boîte repas du «vrai homme», c’est l’abdomen. Et je suis certaine que vous vous sentirez vraiment mâle lorsque le gras dans vos artères vous empêchera d’obtenir une érection digne de ce nom.

Moi, qu’on vende aux gars un sandwich dont les pains ont été remplacés par des croquettes de poulet pané et aux filles un wrap au poulet méditerranéen quasi virginal, à la limite, ça fait presque mon affaire. Ma blonde dit souvent que les restaurants devraient servir une portion pour femmes et une portion pour hommes. Partant du fait que les portions sont généralement pensées de façon à ne pas décevoir celui qui mange le plus, une fille qui finit son assiette au resto dépassera inévitablement ses besoins caloriques. C’est biologique. La nourriture, c’est pas comme les attentes salariales.

De toute façon, je ne m’attends pas à ce que l’évolution des mentalités passe par les grandes chaînes de restauration rapide qui, dans leurs publicités, s’adressent au plus grand nombre. Le plus grand nombre compte encore beaucoup trop de mononc’ Jean-Guy pour que j’espère vivre la parfaite égalité des sexes d’ici ma mort. C’est triste, mais c’est moins triste que de se fâcher contre tous les commentaires sexistes que l’on entend et devenir amère. C’est pour ça que j’ai décidé d’abdiquer devant les mononc’ et que je prends les incartades occasionnelles de Claude Poirier avec humour.

J’ai moins de tolérance envers les gars de mon âge. Et j’ai nommé : Mathieu Cloutier, chef du Kitchen Galerie, qui a un peu gâché mon samedi matin en proposant sa recette de «vrai homme» au chorizo grillé à Salut Bonjour. Premièrement, les gars, vous n’êtes plus des chasseurs, donc arrêtez de vous la raconter avec votre viande sur le BBQ, vous l’avez seulement achetée au magasin, nous aussi les filles on est capables de faire ça. Je nous soupçonne même d’être capables de chasser.

Mais c’est surtout dans la préparation des aliments que le chroniqueur m’a rappelé qu’on avait encore du chemin à faire en terme d’égalité hommes/femmes. Quand un gars de mon âge qui n’a pas l’air mononc’ du tout dit : «On veut un smoked meat qui n’est pas trop gras parce que sinon il va y avoir du gras partout sur le BBQ et là notre femme sera pas vraiment contente de nettoyer tout ça», j’ai envie de pleurer.

C’est rare que je fais ça, mais comme une vraie féministe courroucée, j’ai écrit à la page Facebook de Salut Bonjour pour leur dire que ça ne fonctionnait pas, que c’était «non». J’ai vraiment fait attention de bien mesurer l’impact de mes mots, m’abstenant d’utiliser des expressions émotives comme «ta gueule» ou «gros cave». Je sais combien un chroniqueur occasionnel peut être nerveux et échapper des phrases qui ne lui ressemblent pas vraiment et qui ne correspondent même pas à ses valeurs les plus profondes. Je me suis donc appliquée à faire un commentaire constructif, espérant qu’il soit relayé au principal intéressé. Cette anecdote ne se serait pas retrouvée dans un billet de blogue si le gestionnaire de la page Facebook de Salut Bonjour n’avait pas effacé le commentaire que j’avais pris le temps d’écrire, parce que je les aime Salut Bonjour et que je veux qu’ils soient toujours meilleurs.

Cette censure, c’est un peu comme mentir pour une niaiserie. Comme cacher à ses parents quelque chose d’anodin quand on est petit. Au fond, c’était pas SI grave que ça. C’était juste une petite tape sur les doigts. J’étais pas en train d’accuser Salut Bonjour de traite des noirs ou d’extorsion. Je faisais juste remarquer qu’un discours reléguant la femme au rôle de ménagère, en 2012, est légèrement gênant. J’aurais aimé que les autres fans de Salut Bonjour voient mon commentaire et aient un début de réflexion, ce matin-là, sur le message qu’on envoie quand on dit que votre femme ne sera pas contente de nettoyer le BBQ que vous aurez souillé de toute votre virilité graisseuse. Mais quelque part, ce matin-là, un gestionnaire de communauté a décidé que les fans de Salut Bonjour, comme les amateurs de PFK, n’avaient pas besoin d’autant de réflexion.


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  • guilberube

    Moi aussi de tels paroles me mettent en colere. Il y a toujours 2 cote a des propos sexistes 1) le role de la femme est de nettoyer 2) nettoyer est un acte inferieur indigne d’un vrai homme.

    Ainsi on remforce l’image type du male colon comme ideale et on peut reprocher a tout les hommes qui ne s’y conforment pas d’etre des (inserer terme pejoratif envers les femmes ou les homosexuels). En meme temps on femmes sont inferieures par implication. Metveilleux

  • Josette

    Ça fait des années que je le dis à mon entourage : Salut Bonjour, c’est le meilleur outil de propagande de PKP. C’est avec les sourires niais des animateurs et collaborateurs qu’ils font passer leur message à la population. « Le VRAI monde, ça n’a pas envie de s’intéresser à la politique, le VRAI monde, ça fait confiance à l’expérience de Claude Poirier pour faire son opinion sur tout et rien, les VRAIES femmes, ça s’intéresse aux produits ménagers et aux saccoches que montre Jean Airoldi… » Ça m’a pris du temps à me sevrer de cette émission qui cache sans doute un message diabolique si on la joue à l’envers ;-), mais ça fait vraiment du bien d’en être enfin libérée!

  • Gcour

    À la défense du chroniqueur, il se rend compte de son erreur maladroite et se reprend en justifiant que comme c’est un qui fait la cuisine, ce sera à l’autre de nettoyer.

  • guillermo

    PFKP!

  • lyricalhalo

    «La nourriture, c’est pas comme les attentes salariales»… j’ai tellement ri que j’en ai mal au ventre! Merci :)

  • Simon

    Excellent article bien mesuré et lucide. C’est vrai que c’est écoeurant de se faire reléguer à un rôle de primitif. On dirait que certains cherchent qu’une excuse pour la paresse et la sédentarité, deux attributs qu’agrémente bien le sandwich à 1500 calories. Highway to obésité!

    Pas étonnant après ça que t’aies plus de jus pour ramasser. Y reste plus qu’à rouler ta digestion.

    Pour ce qui est du commentaire de M. Cloutier, c’est tout simplement inimaginable. Le pire c’est que d’une certaine façon, on pourrait bien vouloir qu’il ne le dise pas à l’écran, si ça lui sort comme ça, c’est qu’il le pense forcément. Ça veut dire que c’est ancré en lui, qu’il a besoin d’effectuer un clivage radical dans les rôles sexuels pour faire rutiler sa virilité.

    Je me demande si on ne pourrait trouver des cas où les femmes font des commentaires similaires à l’endroit des hommes. Du genre, « oui mais on sait bien, vous les hommes », je suis quand même persuadé que c’est beaucoup moins remarqué et remarquable. Peut-être parce que le sexisme à l’endroit des hommes est quelque chose d’admis et acceptable. Après tout, on est tellement des brutes !

    D’une certaine façon, peut-être est-ce que l’acceptation de ce rôle d’ours primitif est une façon de se déresponsabiliser, de se libérer de l’obligation de s’adapter, de se dégager de cette pression féminine insoutenable ?

    Qui sait ? Peut-être est-ce que c’est l’homme la victime dans tout cela ! Humm. En tous les cas, je dois dire que peu importe le genre du couple (hétéro ou gay), une spécialisation en cuisine est un atout certain. Dans le sens où c’est un avantage de développer des spécialisations. On devient meilleur, plus rapide, plus créatif. Si la répartition des tâches est aussi stimulante pour l’un que pour l’autre, alors il n’y a rien à reprocher à la séparation des tâches. Si par contre, un des deux devient cantonné à un rôle aliénant, ça ne marche plus.

    Étant gay, avec mon copain, la nature des tâches à attribuer n’est pas définie par quelconque stéréotype (thank god !), on essaie donc d’y aller avec le plaisir et de faire des rotations de tâches. Comme ça, on ne devient pas incompétent complètement dans une sphère en particulier parce qu’on y a jamais travaillé. Je pense que les couples hétéros devraient partir du même point. Essayer de faire table rase et ne pas accepter, de part ou d’autre, à se cantonner dans une tâche. Tu fais le BBQ, montre-moi, tu fais du dessert, moi aussi !

    Come on ! On en sort tous grandis !

  • Simon

    Bonjour,

    il m’apparaît assez clair que M. Cloutier fait une bévue et se rattrape. Dans les circonstances il n’est pas possible de pousser l’analyse plus loin. Nervosité? Sarcasme? Sexisme?
    Peut-être qu’en effet, à la maison, c’est lui qui cuisine, et sa femme qui nettoie, et tant mieux pour eux s’ils aiment ça comme ça. Qui sait. Bref, cet article était parfaitement inutile et sans fondement. Mais bon, Urbania ne fait pas nécessairement dans la perspicacité.