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L’autre jour, j’ai eu l’occasion de visiter la toute nouvelle plage urbaine aménagée dans le Vieux-Port.

C’est sous un beau ciel variable d’un vendredi de la semaine passée que je me suis élancé sur ma bécane en direction du Vieux-Port. Chaque fois que je vais dans ce coin-là, faut bien que je regarde mon Google Maps auparavant. Les rues du Vieux-Montréal sont anciennes. J’ai l’impression qu’elles bougent de place entre chacun de mes passages sur leur pavé uni. Une fois sorti de ce dédale, c’est plus facile. On a qu’à enligner le milieu de son guidon sur la grande tour horlogère et foncer toujours tout droit. Mais gare aux chevaux!

Une fois l’obstacle hippique franchi, c’est la farniente qui vous attend. Peut-être que j’ai une impression biaisée de la réalité parce que j’y suis allé un avant-midi de la semaine, mais la nouvelle plage urbaine était tout ce qu’il y de plus reposant. Après une petite visite guidée des lieux, et des explications historiques obligatoires afin de satisfaire ma curiosité, je me suis installé un peu en retrait de la place principale.

Confortablement effouaré dans une chaise parasolisée, j’ai rien fait. J’ai espionné le vent. J’ai contemplé le temps. J’ai réfléchi à l’histoire de Montréal. Je m’imaginais les débardeurs en train de charrier sur leur dos des choses très très lourdes qui n’existent plus aujourd’hui. J’essayais de comprendre comment fonctionnait le grand entrepôt frigorifique et à quoi il pouvait bien servir. Et par un procédé mental comparable à un cross-fade en musique du futur, je me suis mis à imaginer Julia Roberts qui y habite maintenant dans un loft de luxe lorsqu’elle est de séjour dans la métropole. Julia voulait se faire des grilled-cheese, mais elle n’avait plus de fromage, alors elle mangeait des grilled-pain. Un nouveau procédé mental était intervenu sans que je m’en rende compte: celui du rêve. Je dormais bien comme il faut, avec le coin de la bouche qui dégouline de bave.

C’est l’appétit qui m’a réveillé. En marchant vers la Buvette par Apollon, je réalisais à quel point la tranquillité de l’endroit contrastait avec l’effervescence du centre-ville, qui est à moins de 10 minutes en vélo. Hormis un train qui passe à l’occasion et un bon coup de vent périodique, c’était le calme plat. Ça, c’est un critère important pour moi. Pendant que j’étais occupé à apprécier la vie, j’ai été surpris de constater la présence d’une journaliste. Celle-ci m’a interpelé pour que je réponde à une petite question dans son reportage.  «Sans problème!» que j’ai répondu, et au même moment, le hamburger que j’avais commandé est apparu de nulle part.

La première question est arrivée de la droite et mon burger, de la gauche : «Vous venez de vous commander à dîner?»
-Wouin, c’est ça. C’est un hamburger.
-Ah bon. Et auriez-vous aimé boire une bière avec ça?
-Ben là, non. Je suis en train de travailler. Dans d’autres circonstances, peut-être que oui. Mais là, non.
-Saviez-vous que la plage urbaine n’a pas encore de permis d’alcool pour servir des breuvages alcoolisés?
-Non, mais j’imagine que c’est pas facile à avoir ces affaires-là. Tsé, bureaucratie pis toute. J’imagine que s’ils en veulent un, ils vont l’avoir bientôt.
-OK bye!
-OK bye!

Et là, j’ai marché vers ma place un peu subjugué. Ça faisait une heure (ou plus) que j’étais là, et je n’avais pas vraiment eu l’envie de boire une bière. L’air frais du large me satisfaisait. Je ne sais pas si vous êtes comme ça, mais moi, après m’être fait interviewé pour un vox-pop, j’y repense pendant deux heures après, pour essayer de trouver la réponse parfaite que j’aurais dû dire, même si je sais très bien que c’est inutile.

Voici ce que j’aurais répondu à la question du permis de bière, après une semaine de réflexion : «Non, pis ça me dérange pas. Au lieu de chercher des bébittes là où il n’y en a pas, pourquoi vous ne faites pas un reportage sur l’excellente décision de la plage urbaine de NE PAS faire jouer de musique dans des hauts-parleurs. Je pense sérieusement que les plages et piscines qui le font sont un fléau pour l’humanité. Entendre du LMFAO pis du Marie-Mai à tue-tête n’engendre pas chez moi le repos. Et je SALUE la personne qui a décidé de ne pas faire jouer de musique à la plage urbaine parce que cette personne a vraiment à cœur mon bien-être. Pour ce qui est de l’alcool, je vous rappelle un proverbe qu’on m’a appris à l’école secondaire : «Pour tripper, pas besoin de te saouler» ou quelque chose du genre.»

Bon, j’imagine que de la musique, il y en a lors d’évènements spéciaux le soir, et c’est bien correct comme ça. Mais dans le jour, pour éviter que ça vire au Beach Club de Pointe-Calumet, je pense que la Plage de l’Horloge a fait les bons choix.

Je ne sais pas si le reportage en question fut diffusé. Si c’est le cas, je pourrai au moins dire qu’une fois dans ma vie, je suis passé à la tévé en bédaine avec un hamburger dans une main.

Quand le scandale fut passé, j’ai dévoré mon burger (doté d’un pain rose soit dit en passant) et je suis retourné dans la cuisine de Julia.  Le vent. L’eau. Le soleil. Le sable. À 15 minutes de la job… Justement, fallait que je retourne travailler. Pour vrai, je veux dire…

http://www.vieuxportdemontreal.com/plage-de-lhorloge.html

BONUS! 3 photos…

L’horizon a l’air de ça:

Mon appareil-photo possède une fonction «photo quétaine automatique»:

Moi en train d’être moi:

  • Virginie

    Merci pour ce bel article! Depuis mon retour de vacances, je tente, tant bien que mal, de trouver un lieu reposant à Montréal et ton article viens de me vendre facilement la plage de l’Horloge. Merci d’avance pour mes petites siestes au soleil avant de remonter à vélo :)

  • Maryline

    HÉ BIEN! merci pour cette partie de rigolade en lisant cet article…j’adore la subtilité humoristique de votre écriture, mais normal pour un mec d’Urbania! Ça fini super bien ma semaine
    c’est sûr je le partage sur FB
    au plaisir de vous relire

  • Maude

    Toujours divertissant Guidon! Il y a que cette plage devrait être gratuite surtout sans accès à l’eau!

  • Jacqueline Salvas

    Du plaisir à lire…