L’été, plus de 10 000 personnes vivent à Percé (y compris les touristes). La rue principale est bordée de petits restos, les hôtels sont pleins à craquer de Français qui veulent voir le trou et les magasins font des affaires d’or avec les touristes qui veulent acheter des Fous de Bassan en céramique. La belle carte postale.

Mais l’hiver, Percé, c’est une autre paire de manches. Pas que c’est pas beau. Bien au contraire. C’est probablement encore plus paradisiaque que durant la saison estivale… mais on a l’impression que le village est aussi mort que Fernand Gignac : seulement deux hôtels et deux restaurants restent ouverts, et il ne reste plus que 300 habitants.

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Hier soir, la Ville de Percé avait organisé un festival de cinéma. Dehors. À -1000ºC. Sur le bord de l’eau. Et nous, on a décidé d’y aller.

Il a d’abord fallu s’habiller chaudement. Joannie a enfilé ses bas en chèvre (les mêmes que Bernard Voyer avait mis pour escalader l’Everest) et moi, j’ai mis une brassière paddée. Sur notre chemin, on a pensé cent fois revenir sur nos pas pour écouter une comédie romantique avec Jennifer Aniston dans notre grosse couette. Mais on l’a pas fait. On est allée jusqu’au bout.

Sur le site extérieur, les organisateurs du festival avaient installé un projecteur et les films étaient diffusés sur un immense mur de brique. Quand on est arrivée, une cinquantaine de Gaspésiens étaient déjà installés sur les petites chaises en bois pour regarder les projections, bien emmitoufflés dans leur sac à couchage conçu pour les températures de -1000ºC.

Le ciel était plein d’étoiles. Même le plafond du Planétarium n’en comptait pas autant.

Après deux minutes dehors, on s’est réfugiée à l’intérieur, dans la grande salle, où une centaine de personnes (le tiers de la ville) sirotaient leur tasse de vin chaud et mangeaient du pop-corn, servi dans les sacs de la pharmarcie Daniel Leboeuf.

Ça sentait bon le bois, le beurre et surtout, le suit de neige mouillé.

Parce qu’on était incroyablement bien camouflée avec notre tuque et notre foulard, on a profité de l’occasion pour pratiquer quelques jokes plates, du genre : «À quelle heure commence le bain de minuit?» ou «Je pense que t’as attrapé un coup de soleil».

Après avoir bu trois verres de vin chaud, on trouvait ça très très drôle.

On est restée comme ça pendant deux heures, à faire des blagues et à observer les Percéens avec leur manteau en poil, sourire aux lèvres, beaux comme dans un film de Pierre Perreault. On les regardait jaser de la température, rire et trinquer.

Sous nos yeux, hier, Percé était encore une ville morte. Mais ses habitants, eux, étaient bien vivants.

PS : Si Bernard Voyer a vraiment mis ses bas-là pour escalader l’Everest, il a dû avoir frette en $#@!&.