Même pas peur

Même les plus braves d’entre nous, genre ceux qui sont game de ramper dans les araignées à Fort Boyard, ne peuvent se vanter de n’avoir peur de rien. La peur, c’est une réaction qui nous permet d’éviter le danger ; une émotion assez essentielle, donc. Sauf pour une quadragénaire américaine.

« SM » — le surnom qu’on lui donne toujours dans les nombreuses études qui se penchent sur son cas — n’a peur de rien. Rien du tout. Tellement qu’elle se met parfois en danger, genre en n’étant que vaguement contrariée lorsqu’elle se fait menacer de mort, en pleine nuit, dans le quartier mal famé où elle habite. Quand des chercheurs ont voulu étudier sa réaction en présence d’animaux dangereux, elle a tenté de flatter un serpent mortellement venimeux.

SM est atteinte du syndrome d’Urbach-Wiethe, une maladie génétique extrêmement rare (à peine 400 cas ont été recensés) qui se traduit normalement par des symptômes dermatologiques. Mais dans son cas à elle, la maladie s’est attaquée à la partie du cerveau où se trouve le centre de la peur, soit les amygdales. Calcifiées, elles n’émettent plus les signaux d’urgence nécessaires pour ressentir la peur et, donc, agir en conséquence.

En gros, son instinct de survie a donné son 4 % .

Jamais sans mon cell

Vous hyperventilez à l’idée d’être coincé dans un tunnel où le signal est faible ? Vous évitez les fins de semaine en camping par peur de manquer de réseau ? Vous ne voyez plus votre tante qui a débranché son Wi-Fi à cause des ondes électromagnétiques ? Clairement, vous êtes un peu mégalo — la Terre va arrêter de tourner si vous êtes séparé de votre téléphone cinq minutes, c’est ça ? —, mais vous êtes peut-être aussi atteint de nomophobie.

Cette petite dernière de la grande famille des phobies est pourtant déjà l’une des plus courantes. Selon une étude réalisée en 2008 par une firme londonienne, 53 % des Anglais se disent pris d’anxiété s’ils sont séparés de leur téléphone ou s’ils ne peuvent le recharger.

Bien sûr, des psychologues ont vite souligné que le terme « phobie » pour désigner ce comportement était sans doute exagéré, mais quand on va bruncher le dimanche matin dans un café à la mode, on se dit que ce n’est pas si excessif que ça.

Leur 4, notre 13

En Occident, le nombre 13 est associé à toutes sortes de superstitions. Le vendredi 13 serait un jour de malchance — ce qui est triste, puisque statistiquement, durant un cycle de calendrier grégorien de 400 ans, le 13 de chaque mois tombe légèrement plus souvent un vendredi que tout autre jour —, et certains édifices passent directement du 12e au 14e étage.

Dans plusieurs pays de l’Asie de l’Est, c’est plutôt le chiffre 4 qui fait capoter. En Corée, en Chine et au Japon, le mot « quatre » ressemble beaucoup à « mort ». Pis encore, en japonais, la sonorité du nombre 49 est semblable à celle de « mourir dans la souffrance ».

Beaucoup de bâtiments n’ont donc pas de 4e  étage, mais ils poussent ça encore plus loin : il n’y a pas non plus de 14e étage, de 24e, et ainsi de suite. En Corée, où ils sont moins obsédés — mais quand même un peu, tsé —, le 4e étage est appelé « F » (pour four).

À Beijing, impossible d’avoir une plaque d’immatriculation comportant un 4. Par respect pour ces croyances, le fabricant finlandais Nokia a même décidé de ne pas produire de modèle de téléphone 4000, passant de la série 3000 à la série 5000.

Hystérie collective, croyez-vous ? Une étude du British Medical Journal publiée en 2001 révélait que les Américains d’origine asiatique avaient 13 fois plus de risques de mourir d’un arrêt cardiaque le quatrième jour du mois que tout autre jour.

Mettez ça dans votre pipe, les sceptiques.

Consultez l’étude du British Medical Journal ici.

Des névrosés au bureau

En organisant notre brainstorm avec toute l’équipe d’URBANIA pour lancer la production de ce magazine, on était loin de se douter que ça virerait en séance de psychanalyse collective. Et pourtant… Voici le palmarès des trois phobies les plus étranges découvertes parmi les collègues : 

1. Une hypocondriaque qui déjoue le système

L’une d’entre nous avait jadis l’habitude, lorsqu’un médecin lui donnait une prescription pour passer des examens de santé, de cocher quelques tests supplémentaires. Mettons que le médecin voulait une analyse de son taux de glucose, une fois en route vers le centre de prélèvement, elle cochait aussi la petite case pour les globules blancs et la vitamine D. Futé, mais un brin coûteux pour la collectivité.

2. La santé sexuelle (trop) à cœur

Plus de 7 000 $ : c’est le montant dépensé par une personne de notre équipe en dépistage d’ITS au cours des 10 dernières années. Pas qu’elle ait la vie sexuelle de Ron Jeremy — juste une peur démesurée de pogner des bibittes. L’épidémie de gonorrhée, c’est décidément pas sa faute.

3. Le crustacé de la terreur

Une job d’étudiante dans une boucherie-poissonnerie avec des collègues tannants est venue à bout des nerfs d’une autre employée d’URBANIA, qui, à force de se retourner pour se retrouver face à face avec un homard vivant et grouillant, n’a plus jamais été capable d’être dans la même pièce que cet abominable monstre à antennes. Et elle a TOUT À FAIT RAISON. (NDLR : vous aurez compris que cette personne est l’auteure de ces lignes.)