En 1999, Hugo Mudie a décidé de lâcher l’université pour partir en tournée non-stop avec The Sainte Catherines. Depuis ce temps, il a sorti 36 albums et brûlé plus de 10 moteurs de camions sur la route à travers le monde. Il est monté sur scène des milliers de fois, organisé des shows même en dormant, démarré des compagnies de disques, fondé des festivals, booké des rappers, géré des chanteuses, pogné deux fois la bactérie mangeuse de chair, pleuré dans des loges, envoyé chier la moitié de la planète et fait le party avec l’autre moitié. Il veut aujourd’hui démystifier les dessous de l’industrie musicale telle qu’il l’a connue et la perçoit. Cette semaine, il nous parle des spectacles qui se passent dans les débits de boisson.

LIVING THE DREAM

Tout le monde voudrait jouer au Festif de Baie St-Paul, au Rockfest, à la Salle André-Mathieu ou ouvrir pour Anik Jean qui ouvre pour les Rolling Stones, mais la plupart des musiciens respirant le même air que Steve Hill sont pognés pour jouer dans les bars. Que ce soit les bars de leur ville natale, across Québec ou around the world. Y’a quand même des bons et des mauvais cotés à jouer dans des bars, mais surtout, il y a une réalité que ma grand-mère (qui m’a déjà demandé un jour, à mon retour d’une tournée de 2 mois en Europe, si je me déplaçais en autobus ou en limousine), ignore.

Grand-maman, je me déplaçais dans un vieux truck de 1994 tout décâlissé, avec des gens dans un coma éthylique qui sentaient le chien mouillé et les regrets cosmiques.

On s’imagine souvent que les groupes sont accueillis en champions du monde dans chaque bar où ils se produisent et j’imaginais aussi quand j’étais jeune que les promoteurs/tenanciers/barmaids/dealers étaient honorés de nous avoir dans leur boite à vices. Avec quelques années d’expérience, j’ai catché que leur seul but est de vendre des produits et qu’ils se câlissent ben de tes chansons. Après 18 ans à servir des grosses 50, Marie-Claude s’en câlisse pas mal de ta p’tite passe que tu fais sur la ride et que ça change en 5/8 pis revient en 4/4 sous un charmant cri guttural de cochon mourant de ton « chanteur ». Elle veut juste faire 200 $ de tip et se coucher avant 5 h.

BUSINESS AS USUAL

Parlant d’alcool, il est aussi intéressant à noter que dans la plupart des cas, les shows de bar sont assez frileux sur la distribution des précieux « drink tickets ». Je dirais qu’en moyenne au Québec, on peut s’attendre à un bon deux consommations ou une pinte de semi-flatte. Encore une fois, le tenancier, qui semble sortir direct du concours de tir au poignet dans Road House n’est pas aussi cabochon qu’il en l’air. Sous ce bandana Harley Davidson St-Jérome, roule un hamster qui est au courant qu’après ta pinte d’eau de Ramen frette tu vas flauber un p’tit 40-50 $ (par membre du groupe, 80-100 $ pour les drummers qui travaillent chez Bombardier ou Alcan) au bar et qu’il te paye un beau 125 $ à ton groupe pour votre performance coupe-souffle. C’est souvent avec les membres des bands que le bar se fait le plus de cash. Depuis l’arrivée de Chris Colomb, le monde qui joue dans des bands sont en fait des alcooliques/toxicos qui légitimisent leurs problèmes à travers un hobby légèrement plus nocif que les modèles à coller. Quoique cette colle a fait des ravages sur un certain comédien qu’on aime tous, ça a l’air.

PLUS TARD, MAIS PLUS LE FUN

Une chose est certaine, un bon show de bar est souvent beaucoup plus le fun qu’un show dans une grosse salle ou un festival, peu importe la grosseur du concert. Je parle évidemment d’un show rempli de monde saoul qui buzz raide. L’ambiance dans une p’tite place remplie est, d’après moi, beaucoup plus enivrante qu’un festival. Bien souvent, c’est en raison de la proximité avec la foule, de la magie qui réussit parfois à opérer entre le band, du soundman, du staff du bar et de la crowd, que tu sens une espèce d’alignement planétaire magistral qui arrive seulement en même temps que les éclipses (lunaires). Aussi, c’est peut être juste le fait que t’es chaud ou gelé raide et qu’en général un bar est un meilleur set up pour être totalement défoncé que la scène Desjardins du Festival du Ranch-de-Vallon Wawanesa.

 Quand tu headlines des bars, t’as pas le choix d’être sua grosse flottaison Saturno-calypso non-stop. Ça vient avec le titre de headliner de bar.

Quand tu performes jour après jour dans des bars, tu dois t’attendre à te coucher tard en ciboulot. C’est assez rare qu’un show de bar commence avant 22h. Plus tu gravis les échelons de la hiérarchie du band semi-connu, plus tu joues tard. Quand j’étais un peu plus jeune et chimiquement survolté, j’aimais bien jouer à 23h, même minuit. Mais aujourd’hui, j’ai une grande satisfaction à jouer à 20h30 en première partie d’un plus gros artiste qui attire beaucoup de monde avec des nice jackets. Je regarde la première période, je bois 3-4 drinks, je joue, je regarde la 3e période, je check trop mon cell et après je décide si je sors au karaoké faire On The Road Again en apesanteur sur Saturne ou si je vais checker Sports 30 à l’hôtel. Quand tu headlines des bars, t’as pas le choix d’être sua grosse flottaison Saturno-calypso non-stop. Ça vient avec le titre de headliner de bar.

MONTRÉAL OU RÉGION?

Je dirais qu’il y a deux types de bars très distinct par contre. Les bars Montréalais et les bars de régions. Ne criez pas tout de suite au meurtre, j’adore les régions et il y a des bars de régions à Montréal et des bars Montréalais en région. Les bars Montréalais, selon ma définition, sont les bars où le spectacle est justement prioritaire, avec un staff dédié, des promoteurs, de la promotion, plus que 2 tickets de beer molle, des bands locaux investis, une fusion possible des astres comme j’expliquais plus haut et un désir d’exposition à la culture (souvent underground). Un bar de région est un bar qui aimerait mieux si t’étais pas là à jouer ta « musique de fucké ». Il y a une promotion sur la chaudière en métal/Coors Light/tuques des Penguins de Pittsburgh. La serveuse met du linge influençable par les black lights. Il y a 2-3 hommes assis au bar qui rient de toi sans retenue et tu as juste besoin de dire « scuse c’est où… » pour que le dude te pointe qui vend de la poudre sur place (mais dans les bars de régions, ils appellent ça de la « patente »).

Peu importe où tu joues, l’important est de te faire du fun et de garder le rêve de jouer un jour au Festif de Baie St-Paul et que tout le monde chante tes chansons en chœur et qu’après la gig (ils appellent ça une « gig » rendu là) tu tombes en amour pour un soir avec une agricultrice vegan de région (qui a passé 4-5 ans dans Rosemont) qui trippe ben raide sur ton jeu de doigt à bass.

RÊVER MIEUX

Peu importe où tu joues, l’important est de te faire du fun et de garder le rêve de jouer un jour au Festif de Baie St-Paul et que tout le monde chante tes chansons en chœur et qu’après la gig (ils appellent ça une « gig » rendu là) tu tombes en amour pour un soir avec une agricultrice vegan de région (qui a passé 4-5 ans dans Rosemont) qui trippe ben raide sur ton jeu de doigt à bass. Il faut continuer de rêver, de tranquillement gravir les échelons du showbiz Queb et de jouer dans toutes les salles dignes de ce nom qui font partie du circuit officiel des diffuseurs de spectacles de la Province. Dans ces salles, tu auras enfin une loge, des wedges (ils appellent ça comme ça rendu là), du hummus, un son impeccable, un band-gear (ils appellent ça comme ça rendu là), tellement de techniciens qu’il y en a 2-3 qui font absolument rien (dont un que son unique rôle est de te dire de baisser ton ampli), une crowd, une paye, une bouteille de Belvedere édition spéciale World Cup Brazil et tu pourras enfin devenir nostalgique du temps où tu remplissais des bars partout en région et que c’était peut-être plus le fun dans ce temps là finalement.

  • Simon Francoeur

    Cool texte. Au fait, les Ste Catherines, c’est toujours actif?