BREAKING NEWS! Guy Nantel a sorti son nouveau spectacle d’humour. Il a dit juste assez de blagues dégradantes et exécrables pour faire parler de lui, et maintenant tout le monde est en colère. Facebook est de nouveau un grand champ de bataille d’ignorance, où les armes de choix sont « libarté d’expression », « gauchiasse » et « société matriarcale ».

Évidemment, ce n’est pas une nouvelle fracassante. À l’heure qu’il est, vous êtes déjà au courant que le soir de la première de son one man show à Québec, Guy Nantel a appelé Alice Paquet « la fille qui a couché avec le ministre Libéral, le Grec » (en 2016, elle a accusé Gerry Sklavounos de l’avoir agressée sexuellement) et qu’il a dit « on s’entend que ça devient gossant d’aller baiser chez le notaire ». Vous savez aussi qu’Alice Paquet a dénoncé ces propos sur Facebook.

Puis, une heure après, Guy-Guy a répondu, sur son propre mur Facebook, que c’est son devoir en tant qu’artiste « de résister à toute tentative de censure. » Il estime que « Tout le monde qui fait preuve d’un minimum d’intelligence est assez raisonnable pour comprendre qu’on est dans la fiction, dans le personnage, dans la caricature, dans le second, voire le troisième degré. »

Par applaudissement, qui a une impression de déjà vu? Guy Nantel et les étudiants, Mike Ward et le petit Jérémy, Peter McLeod et l’ensemble de son œuvre… on n’en est plus à notre premier débat sur la « censure » et le « bon goût » des humoristes québécois pour boomers!

Mais est-ce que c’est censé me faire pleurer, ce délire de persécution à propos du second degré et de la censure?

Guy Nantel, le chevalier blanc

« Il importe de spécifier que j’ai été le deuxième humoriste (après Guillaume Wagner) à faire une sortie publique dans les médias pour dénoncer les gestes ignobles de Gilbert Rozon et que j’ai vivement critiqué Lise Payette pour son intervention honteuse dans le dossier Michel Venne. »

Oups, pardon, je savais pas! Le DEUXIÈME, wow! Si j’avais su que tu avais déjà critiqué un agresseur sexuel, j’aurais compris qu’évidemment, ça te donne l’immunité pour dire ce que tu veux sur le consentement!

« J’ai le doua! »

« Je revendique le droit de faire ces blagues parce que je n’ai aucune intention de blesser ou de nuire à qui que ce soit dans la vie et vous le devinez bien. »

Quand on aborde le thème de la culture du viol, c’est pas le moment de confondre l’intention et le résultat. On croirait entendre les innocents qui défendent le « cat-calling bien intentionné ».

Oui, Guy Nantel, tu as le droit. Je suis heureuse que tu dormes sur tes deux oreilles et que les lecteurs du Journal de Montréal continuent d’acheter des billets pour ton show. Le résultat est le même : je te juge.

« Mais c’est du second degré! »

Si j’ai bien compris, Guy Nantel utilise le second degré pour dire l’inverse de sa pensée, mais il se fait citer hors contexte? C’est le nouveau Yvon Deschamps, mais vous pourriez pas comprendre? Vous ne connaissez pas le vrai Guy Nantel, cet homme sensible et bienveillant qui ne cherche qu’à distribuer un peu de joie et quelques éclats de rire aux honnêtes gens?

« Je ne suis pas le type d’homme à faire l’apologie de la haine et des agressions sexuelles. »

À voir les commentaires de soutien que reçoit Guy Nantel, ce ne sont pas seulement les féministes et les bien pensants qui n’ont pas compris le second degré du « personnage ».

C’est quel degré, ces commentaires-là?

« C’est mal interprété, vous ne pouvez pas juger sans avoir vu le show »

Eille, on n’est pas nés de la dernière pluie, marketing de Guy Nantel! On a très bien remarqué que les seules fois qu’on entend parler de lui, c’est quand il réussit enfin à être assez exécrable pour choquer les gens. C’est une technique comme une autre pour vendre des billets, mais ce n’est pas ça qui va me convaincre de lui donner 50 $.

Et ils sont drôles, les gens! Si j’étais Alice Paquet et que j’apprenais que je me fais slut shamer devant un public en délire, je n’irais certainement pas m’infliger d’aller assister à ça, sous prétexte qu’il faut laisser une chance à l’humour (des pauvres hommes blancs de droite).

Cela dit, la palme du come-back revient à Judith Lussier, dans ce chapitre.

« Les Gauchiasses sont susceptibles »

Ça oui, je vous l’accorde. Parfois, je n’arrive plus à m’empêcher de voir rouge quand des personnalités publiques se moquent des combats des femmes ou rabâchent des clichés sur les minorités et viennent pleurer pour la liberté d’expression. Ça me fait voir rouge parce que je roule des yeux tellement fort que ça saigne.

Continuez de faire toujours les mêmes blagues, mais calmez-vous le pompon sur les insultes quand quelqu’un ose se plaindre. Le droit de se croire « edgy » n’est pas une liberté fondamentale.

Moi, je serai là à attendre que cette génération de clones du même humoriste mononcle parte à la retraite pour qu’on puisse passer à autre chose.

  • Gisèle Bigaouette

    Totalement d’accord avec vous madame !

  • François Colas

    La rhétorique de Guy Nantel s’apparente à celle de Dieudonné M’Bala M’Bala…

  • Lexx

    Ce que le monde dans son genre semble oublier quand ils crient à la liberté d’expression, c’est que ça signifie pas qu’ils sont immunisés contre la critique. Si tu frappes un chien, étonne-toi pas qu’il se retourne pour te morde…

    Also, le monde est pas soudainement devenu hypersensible. On a juste réalisé collectivement que l’humour sur le dos des plus démunis, c’est pu acceptable, c’est pu drôle. Been there done that, it wasn’t even funny the first time. Ça veut pas dire que c’est interdit de faire des jokes sur les femmes, les gays, le viol, ect… Mais y’a une façon d’le faire qui soit pas insultante et qui soit pas facile et cheap (Jean-Marc Parent et son numéro d’handicapé par exemple). Si les humoristes ont pas assez d’imagination, si ils se condamnent eux mêmes au cliché fatigué de la « nagging wife » et du mari égoïste et cave, au gay efféminé, à la femme hystérique, au BS vache, ben y’a un problème.

    • abou333

      Malgré tout ce qu’on peut lui reprocher, le web 2.0 a donné l’opportunité aux gens de s’exprimer et de répondre à ceux qui ont des tribunes. Je comprends qu’ils ne sont pas habitués de recevoir des critiques et réactions aussi vives et immédiates de la part du public, mais je pense qu’ils font une terrible erreur s’ils n’en prennent pas compte. Je comprend quand même que c’est un exercice d’humilité difficile de remettre en question ce qu’on a créé, parce que des gens ne comprennent pas le message qu’on a voulu faire passer. Mais si je dessine une fusée et qu’on me dit que ça ressemble à un pénis, je vais peut-être pas dire que c’est tout le monde qui a pas compris et je vais refaire mon dessin (ou arrêter de dessiner, si c’est de là que vient le problème).

  • Pop the banished one

    Très faible comme texte, être contrarié ne constitue pas un argument. Tenez vous en donc à vos états d’âme sur votre non-maternité, vous étiez plus crédible…

    • Mitaine De four

      Cute. Un réact.

      • Babe Stereo

        Tiens ! Une mitaine !

  • Gab Bétey

    excusez moi d’etre un homme blanc. j’aurais donc du etre une femme noire dans cette epoque ou etre blanc et avoir un penis est equivalent a etre satan

    • Alex Landry

      Pauvre vous, msieur Bétey!

      Je suis, tout comme vous, un homme blanc: je ne compte plus le nombre de fois où la société a été inéquitable à mon endroit: je songe aux innombrables mains au cul que je dois subir quotidiennement; aux propos déplacés auxquels je dois me contenter de sourire pour ne pas passer pour un prude; à mon salaire moins élevé que celui des femmes qui occupent la même fonction que moi; à mon droit de parole bafoué, etc.

      Sérieusement, un homme qui évolue dans la société dans laquelle nous vivons et qui se prétend persécuté n’est vraiment qu’une petite chochotte.

      • Gab Bétey

        enleve donc ton balais de d’dans ton cul svp

        • abou333

          Oui, comme ça il pourra faire comme vous et parler avec son cul.

        • Alex Landry

          Ah! Avec cette belle tête de vainqueur que vous avez, je savais que nous pourrions discuter intelligemment!

  • natha

    « Tout le monde qui fait preuve d’un minimum d’intelligence est assez raisonnable pour comprendre qu’on est dans la fiction, dans le personnage, dans la caricature, dans le second, voire le troisième degré.”

    Argument totalement hypocrite… Si vous voulez faire de la fiction, faites de la fiction vraiment, avec des personnages FICTIFS… C’est plus difficile parce qu’il faut faire rire sans que ce soit au détriment de quelqu’un, il faut faire rire par votre esprit et visiblement vous n’en avez pas beaucoup.

    Si vous utilisez le VRAIE nom d’une VRAIE personne et vous référez à des faits qui on eu lieu dans la réalité, pour vous moquer ou ridiculiser, c’est du rire médiocre et facile… Ce n’est PAS de la fiction, et il ne faut pas s’étonner si cela blesse la personne en question.

    La liberté d’expression est totale quand on fait de la fiction… vous pouvez écrire un roman avec des personnages fictifs et leurs faire faire et vivre tout ce que vous voulez. Encore faut-il que vous en soyez capable…

    Si vous publiez ou commentez publiquement des faits vécus par des vraies personnes, ce n’est pas de la fiction et la liberté d’expression a des limites marquées para le respect que l’on doit à cette personne et que l’on a le droit ni de calomnier, ni d’humilier ni de dénigrer.

  • fredericd

    Lorsque la gauche se fiche de la liberté d’expression et la réclame lorsqu’elle rencontre des difficultés à
    exprimer ses propres idées, et non comme étalon de mesure de la démocratie, il n’est pas surprenant de voir des articles comme celui ci.

    Il faut avoir une conception asséchée, indifférente, pour ne pas voir que l’auteure, en disant que la liberté de parole n’est pas fondamentale en sous entendant qu’on devrait censurer des personnes selon des critères qui sont propres a une certaine clique de bien pensants de gauche, agresse ce droit naturel, la liberté de parole.

    Ce ne sont pas vos médias consensuels, et la porte qu’ils ouvrent exclusivement aux personnages politiquement
    acceptables, qui prouvent que vous vivez en démocratie, mais la façon dont ils laissent parler – ou pas – ceux qui dérangent.

  • (Le Triste) Sardin

    Je viens en paix pour discuter. J’ai vu le spectacle de Guy Nantel au lendemain de sa première. Je dois avouer l’avoir adoré. J’ai ri du début à la fin, et la salle aussi.

    Je crois qu’une grande partie du problème vient public. Le spectacle est peut-être incompris par les gens qui le critiquent, mais aussi par les fans de Guy Nantel. Peu importe s’il se cache derrière un personnage pour dire ce qu’il pense ou s’il est vraiment qu’un personnage, il faut, nous le public, voir un personnage nous parler et faire des blagues. Je ne dis pas détenir la vérité où être supérieur aux autres, mais j’ai vu le spectacle comme un spectacle avant tout. Je suis rentré et sorti avec les mêmes valeurs : je condamne tous les actes d’inconduites, de harcèlement ou d’agression sexuelle.

  • Babe Stereo

    T’as la trouille de signer ton texte ? On dirait bien !