La semaine dernière, dans la foulée du mouvement #MoiAussi et des allégations d’inconduites sexuelles visant Éric Salvail et Gilbert Rozon, pour ne nommer qu’eux, je me posais la question suivante : que puis-je faire afin d’éviter que ma fille dise, à son tour, #MoiAussi quand elle sera plus vieille?

J’avais des pistes de solution mais aussi plusieurs interrogations. En fin de compte, je concluais que le changement devait provenir des individus, moi le premier, et que les actions concrètes seraient nécessaires pour la suite des choses.

C’est pourquoi j’ai décidé de vous parler cette semaine de Louis C.K.

Comme plusieurs, j’adore le travail de C.K., sur scène et à la télévision. Il a redonné du souffle à l’humour aux États-Unis et son écriture est une influence que je dissimule à peine.

J’ai écouté et regardé de nombreuses fois pas mal tout ce qu’il a déjà produit artistiquement parlant. J’ai fait découvrir à des gens que j’estime ses numéros moins connus, j’ai fait l’éloge de ses séries sur de nombreuses plateformes et j’ai même payé pour télécharger ses heures de comédie sur son site.

Sauf que depuis quelque temps, des rumeurs à son sujet ont refait surface et les histoires dégueulasses s’accumulent. Si bien qu’en septembre, une journaliste du New York Times, Cara Buckley, lui posait les questions auxquelles il n’a pas voulu répondre dans la foulée de sa tournée promotionnelle pour son dernier film I Love You, Daddy.

Ces questions, sans détour, ne sont pas anodines.

En effet, Buckley lui a demandé directement s’il souhaitait commenter les rumeurs d’inconduites sexuelles à son endroit qui ont refait la manchette à la suite de la sortie de l’humoriste Tig Notaro qui lui demandait d’affronter les rumeurs au lieu de pousser les questions sous le tapis.

Sa réponse exacte va comme suit : I’m not going to answer to that stuff, because they’re rumors. If you actually participate in a rumor, you make it bigger and you make it real.

Traduction : je ne vais pas répondre à ça parce qu’il s’agit de rumeurs. Quand tu participes aux rumeurs, elles grossissent et deviennent vraies.

Le hic dans cette réponse de C.K., c’est que les rumeurs ont en effet gagné en importance et, de plus en plus, on demande à l’humoriste de renom de rendre des comptes, puisque les détails de ces rumeurs ont fait le tour du web.

Il y a la légende de l’humour aux États-Unis Roseanne Barr qui a affirmé qu’elle avait entendu de nombreuses histoires à son sujet, même si elle n’avait jamais été témoin de rien. Elle aussi, comme Notaro, croit que C.K. devrait affronter les rumeurs.

L’humoriste Jen Kirkman, de son côté en 2015, faisait des allusions  à C.K.(sans le nommer) dans son podcast en parlant d’un humoriste très connu qui abuse des femmes avec qui il travaille. Elle a ensuite retiré le tout, laissant sous-entendre que son gérant lui avait fortement suggéré de ne pas trop en parler si elle tenait à poursuivre sa carrière.

En 2012, le site Gawker publiait les dénonciations de deux humoristes sous le couvert de l’anonymat. Elles dévoilaient avoir été forcées à regarder Louis C.K. se masturber devant elles dans une chambre d’hôtel lors d’un festival d’humour au Colorado. Quand elles ont tenté de quitter la chambre, C.K. se serait tenu devant la porte afin de leur faire entrave, jusqu’à ce qu’il termine sa besogne. Le site a fait suite à l’histoire en 2015 et, à l’époque, C.K. refusait aussi de commenter les rumeurs.

Toujours selon Gawker, il y a cette histoire où un fan a confronté Louis en lui demandant candidement d’arrêter de montrer son pénis sans consentement à des femmes, ce à quoi C.K. aurait demandé à lui parler au téléphone en privé, tentant surtout d’obtenir des infos sur ce que l’individu avait entendu à son sujet. Là aussi, le tout s’est dissipé après quelques semaines, même si le même homme laissait entendre que C.K. avait empoigné à la gorge une jeune humoriste en lui tenant des propos sexuellement violents.

Comme je vous disais, les histoires s’accumulent et si cette semaine nous a appris quelque chose – c’est qu’il n’y a pas de fumée sans feu.

C’est pourquoi je voulais vous parler de Louis C.K., parce que j’ai un malaise avec son art depuis que je connais ces allégations.

Il ne s’agit pas ici d’un procès, mais disons qu’il est difficile de ne pas anticiper le pire à la lumière de ce que nous savons des hommes à qui le pouvoir exacerbe les pires pulsions.

Contrairement au magazine français Les Inrockuptibles, qui a fait la une de son édition d’octobre avec Bertrand Cantat, je ne suis pas capable de séparer l’homme de l’artiste. Pour moi, célébrer des êtres répréhensibles, ça ne fonctionne pas, aussi talentueux puissent-ils être.

Il y a plusieurs degrés, évidemment, mais j’ai l’habitude de ratisser large. Roman Polanski et Woody Allen ne sont plus dans mes choix cinématographiques depuis longtemps et je dois avouer avoir de la difficulté à apprécier le travail de Casey Affleck depuis qu’on sait comment il traite certaines actrices.

Ici, il y a un débat à avoir et si les rumeurs concernant Louis C.K. s’avèrent vraies, il faudra déterminer comment, et si, on sépare l’oeuvre de l’homme.

De mon côté, je n’ai pas peur de le dire, les rumeurs me suffisent.

Je suis conscient du piège de la chose et que, sans preuve, on peut faire dire ce que l’on veut aux rumeurs. Mais il y a une petite voix au fond de ma caboche qui me répète que ça serait étonnant que tout ça ne soit que de la fiction pure et dure.

Alors, on fait quoi? On boycotte de façon préventive? On espère le mieux, comme les invétérés de Salvail qui s’accrochent encore à l’espoir de revoir l’animateur-vedette en forme à l’écran? On regarde dans l’autre direction comme d’habitude?

Pour ma part, je ne suis plus capable de faire comme si rien n’était. Les artistes que j’apprécie ne sont pas à l’abri. Louis C.K. n’a peut-être rien à se reprocher, mais c’est trop tard pour moi, le doute est semé.

Il n’y a pas de fumée sans feu.

 

 

  • Francois Angiolini

    « c’est trop tard pour moi, le doute est semé. »

    C’est exactement le problème, On passe de innocent si un doute existe à Coupable si un doute existe. Y’a un autre nom pour ça; chasse au sorcières!

    • Audrey-Anne Dugas

      « On passe de innocent si un doute existe à Coupable si un doute existe » –

      En réalité, le système de justice Canadien fait complètement l’inverse. L’accusé d’agression sexuelle est considéré innocent car l’agression doit être prouvée « hors de tout doute raisonnable ». C’est pourquoi seulement 3 agressions sexuelles sur 1000 se finissent par une condamnation.

      —> http://lactualite.com/societe/2016/03/20/3-agressions-sexuelles-sur-1000-se-soldent-par-une-condamnation-pourquoi/

      « Y’a un autre nom pour ça; chasse au sorcières! » –

      Le nom « chasses aux sorcières » est en fait associé aux divers génocides envers les femmes perpétrés par diverses institutions politiques et religieuses, et qui ont fait des millions de victimes à travers le monde. C’est un moyen de « démoniser » les femmes qui ne s’intéressent pas à un mode de vie familial conservateur et ainsi empêcher la montée de mouvements féministes qui ébranleraient l’ordre patriarcal établi par ces institutions.

      —> https://en.wikipedia.org/wiki/Feminist_interpretations_of_the_Early_Modern_witch_trials

      En gros, des moyens de silencer ou pointer du doigt les victimes et les gens qui les supportent pour détourner l’attention des vrais accusés. Sounds familiar?

    • Francois Angiolini

      Félicitation, t’as réussir à passé complètement à côté du point.

      Oui c’est précisément ça le problème: le système de justice canadien respecte le principe d’innocent jusqu’à preuve du contraire (le mot clef étant preuve) mais PAS c’est pseudo tribunal populaire. DONC « On passe de innocent si un doute existe à Coupable si un doute existe ».

      Et oui, les chasse aux sorcières sonne familier, puisque c’est la même chose qu’on fait ici (sauf qu’on remplace le mot sorcière par agresseur ou violeur). L’idée c’est de démoniser quelqu’un (sans preuve) afin de détruire sa vie. Et non ce n’est pas plus acceptable parce qu’on vise des hommes plutôt que des femmes cette fois.

      « mais c’est trop tard pour moi, le doute est semé.
      Il n’y a pas de fumée sans feu. »

      Sounds familiar indeed, c’est probablement ce que disait les pauvres types qui accusait les autres d’être des sorcière !

  • Max

    Laissez ce genre d’article à Gawker et Vice svp.

  • Li Sandro

    Y’a pas de fumée dans feu… Voilà un argument de taille en cour… Bravo.

  • Pierre Lemay

    ayoye. j’en écrivais, d’la marde, dans le temps, mais jamais de ce niveau d’insignifiance. bravo, mon gars. t’as écrit le pire billet ever chez urbania. c’pas rien, ça.

    • Pourquoi son billet est « d’la marde »? Pourtant, les questions soulevées dans le texte sont légitimes… Et peut-être voudriez-vous sa place…

  • Remi Levesque

    Ça m’a rappelé une émission de Late Show wit Stephen Colbert en septembre (je crois) où il avait invité Jerry Seinfeld et ils avaient parlés justement si on pouvait dissocier l’humour de Bill Cosby avec ce que l’on sait maintenant. Colbert disait que non, Seinfeild disait que oui. Si vous voulez voir, désolé, c’est en anglais…
    https://www.youtube.com/watch?v=SK3H4MzPJ_Q

    Mais il y a plus : en revenant de la pause commerciale, Seinfeld annonce qu’après y avoir réfléchi, il réalise que non, il ne peut pas dissocier les deux. C’est très intéressant (et en anglais aussi…)
    https://www.youtube.com/watch?v=9OY55Mqs4BI

  • Félix Beaudry-Vigneux

    Extrêmement mince comme argumentaire.. Avant de trainer quelqu’un dans la boue sur la place publique, un minimum de retenue svp. ps. Je sais q’utiliser le nom de Louis C.K dans le titre attire des clics, après il reste juste à écrire un article de qualité ;)

  • Tone E Mack

    Wow ! Le sketch référence à la fin…