C’est tu juste moi, ou le président des États-Unis, il fait pas l’unanimité? Depuis qu’il est entré à la Maison-Blanche, Donald Trump a fait des bulletins de nouvelles un sitcom perpétuel et terrifiant où tout le monde risque de mourir à la fin.

Évidemment, un personnage aussi polarisant nourrit les questionnements. Comment avons-nous pu en arriver là? Et surtout, qu’est-ce qu’on fait maintenant?

C’est dans cet état d’esprit que j’ai assisté à la discussion avec Naomi Klein, qui vient de sortir Dire non ne suffit plus, un essai sur Trump et les voies de résistance qui s’offrent à nous.

Les idées de gauche, révolutionnaires, qu’elle propose peuvent sembler au mieux utopiques dans un monde qui n’a plus les moyens de rêver.

Naomi Klein, icône altermondialiste

Je me considère à gauche politiquement, mais cette semaine, j’ai dû parfaire mon éducation. Premièrement, ça devait être la troisième fois en tout que je mettais les pieds à l’UQAM. Pour un gauchiste, c’est un sacrilège en soi.

De plus, je connaissais Naomi Klein de réputation comme une essayiste influente de la gauche altermondialiste, connue principalement pour son œuvre phare, No Logo, qui dénonçait l’influence grandissante des marques. Mais je ne l’avais jamais entendue parler.

Je m’excuse du cliché, j’essaie de ne pas juger les gens, mais une partie de moi s’attendait vraiment à une militante en colère qui me ferait sentir mal parce que je prenais des notes dans un cahier avec des logos de Pokéball.

Mais non, pas du tout. Elle aurait l’air à sa place dans un 5 à 7 de la chambre de commerce. Naomi Klein dégage une énergie rassurante, calme, mais ferme. « Oui, les choses vont mal. Oui, c’est grave, vous avez raison d’être en colère. Mais on peut changer les choses. »

En la voyant, j’ai compris son succès. Les idées de gauche, révolutionnaires, qu’elle propose peuvent sembler au mieux utopiques dans un monde qui n’a plus les moyens de rêver. Mais avec son aplomb, sa présence rassurante, mais confiante, les alternatives qu’elle propose semblent devenir une évidence.

Comment Trump s’est rendu là?

Elle le dit d’emblée : il n’y a pas de raison d’être surpris de l’élection de Trump. La vedette mégalomane qui devient président en disant aux gens ce qu’ils veulent entendre, c’est à la limite un cliché de science-fiction. En fait, c’était à peu près le scénario de « Retour vers le futur II ». Dommage que de toutes les prédictions de ce film, on a choisi de rendre réel l’élection d’un mégalomane violent et non les skates volants, mettons.

C’est qu’il n’est pas un accident; il est le produit de notre société. Nous valorisons l’argent, la célébrité, et les hommes qui font ce qu’ils veulent (des fois un peu trop). Comment s’étonner alors que les Américains aient choisi un homme riche et célèbre pour les diriger?

Malgré que Donald Trump ait signé un bon nombre de lois déplorables, il ne réussit pas à mener à terme, jusqu’à maintenant, ses projets les plus ambitieux.

La stratégie Trump : exploiter les crises

C’était le sujet d’un de ses livres précédents: Naomi Klein a élaboré cette théorie selon laquelle les dirigeants mal intentionnés, les milliardaires qui rêvent d’être les premiers trillionnaires, tendent à profiter des moments de crise pour faire passer des mesures qui vont à l’encontre des citoyens.

On l’a vu suite au 11 septembre, quand le gouvernement américain a profité de l’état de choc de sa population pour passer des lois liberticides comme le fameux Patriot Act.

C’est d’ailleurs une des craintes de Klein : malgré que Donald Trump ait signé un bon nombre de lois déplorables, il ne réussit pas à mener à terme, jusqu’à maintenant, ses projets les plus ambitieux, soit sa réforme de l’assurance maladie et surtout l’interdiction d’entrée des individus originaires de pays musulmans.

Une crise importante pourrait lui permettre de faire avaler la pilule aux citoyens américains. Et malheureusement, il n’y a pas de crise plus efficace qu’une bonne vieille guerre.

Mais comment changer les choses?

Curieusement, même si elle nous parle de récifs de corail en train de mourir dans l’océan, d’accroissement de l’écart entre les riches et les pauvres, de privatisation des services de base, Naomi Klein reste positive. Parce qu’on peut changer les choses. En fait, on a déjà commencé. Ces vagues de dénonciation de cette semaine, c’est du progrès. Le génie ne peut pas rentrer dans la bouteille: dorénavant, les patrons auront un peu plus peur d’avoir la main baladeuse. Énergie Est est tombé. Les gains existent.

Les gens ne se rassemblent pas autour d’un « non », ils se rassemblent autour d’un idéal.

Mais le problème des progressistes, selon elle, c’est qu’ils se contentent de dire « non ». Sauf que « non », ça fait un temps. On l’a vu avec la crise étudiante de 2012. Les étudiants se sont mobilisés pour dire « non » à la hausse, et ils ont gagné. Mais ils n’ont pas réussi à former un projet de société clair autour duquel on a pu se rallier en dehors de la CLASSÉ. Alors la hausse est tombée, mais on est resté dans la même logique de marchandisation de l’éducation, et les coûts augmentent quand même.

Ce qu’elle nous dit, donc, c’est qu’on doit savoir formuler un projet. Les gens ne se rassemblent pas autour d’un « non », ils se rassemblent autour d’un idéal : une société plus verte, l’éducation pour tous, le retour des Nordiques. Des grands projets de société.

C’est certain que l’actualité est inquiétante ces temps-ci. On pourrait même dire que le monde est en crise. Mais justement, c’est dans les moments de crise qu’on peut faire les plus grands changements. Et des fois, ces changements sont pour le mieux…

 

Pour lire un autre article de Pierre-Luc Ouellet, c’est ici.