Il n’y a pas 56 façons de le dire, mon newsfeed Facebook est décrissant depuis quelques jours.

Je vois défiler les courageuses qui s’affichent avec le #MoiAussi (#MeToo), comme une marée de mains levées solidaires pour qu’on écoute, une bonne fois pour toutes, le «ça suffit» qu’elles hurlent très fort depuis trop longtemps sans qu’on les entende.

J’insiste sur le mot courageuse parce que moi, ici sur URBANIA, derrière mon ordinateur et ma charpente, je n’ai jamais vécu ce qui m’inciterait à dire #MoiAussi et je n’ai certainement pas besoin d’une seule once de courage pour venir prendre la parole.

Bien au contraire, c’est plus près de la lâcheté que du courage. Même que ça pourrait vite devenir une façon pour moi de rechercher des félicitations ou l’approbation de mes pairs. Ce n’est pas le but de ce texte, pas du tout même. J’envoie humblement ma tribune en direction de ces femmes qui m’ont confronté à quelque chose que je savais déjà.

Et quand je dis confronté, je veux dire « frappé à répétition sur la tête avec un marteau » dès qu’une nouvelle publication #MoiAussi pointait sur mon écran.

Alors, avant de me lire, s’il vous plaît, prenez le temps d’écouter et de lire celles qui, autour de vous, ont pris la peine de lever la main avec les autres.

Maintenant, que peut-on faire pour que ses voix résonnent jusqu’à ce que le besoin de le faire n’existe plus? Parce que c’est ça la suite des choses, non? On dénonce, on cesse de se taire, mais là, on pourrait enfin passer à l’étape où les femmes se sentent en sécurité, écoutées, respectées et considérées comme une part entière et égale contrairement au modèle existant qui favorise l’homme beaucoup trop souvent.

Je n’ai pas de solutions, mais j’ai beaucoup de questions et des pistes.

Je réalise une chose évidente que je n’osais pas m’avouer : je suis en partie responsable de cette culture du viol.

Today my timeline is full of decent men asking, "How can I help?", in the wake of the viral #MeToo movement created by…

Posted by Nicole Stamp on Monday, October 16, 2017

Par exemple, Nicole Stamp a publié, sur Facebook, un statut où elle énumère des façons concrètes d’aider la situation quand on est un homme qui patauge, même malgré lui, dans ses privilèges. Des lignes directrices à garder en tête pour ne pas être condescendant, irrespectueux et tomber dans le bête mansplaining, ou pire, la victimisation parce qu’on ne parle pas de nous.

Après cette lecture, je réalise une chose évidente que je n’osais pas m’avouer : je suis en partie responsable de cette culture du viol.

Pourquoi me direz-vous? Parce que je me souviens les fois où j’ai ris d’une blague qui réduisait une femme à sa poitrine ou son sexe. Je me souviens des films que j’ai appréciés et qui montraient de jeunes ados en train de confectionner un plan pour saouler des filles afin de coucher plus facilement avec elles.  Je me souviens du porno dégradant où le désir féminin n’existait pas. Je me souviens les fois où moi-même je me suis senti heurté parce qu’une fille cessait de répondre à mes avances sans s’expliquer, comme si elle me devait quoi que ce soit.

#MoiAussi, ce n’est pas une mode comme le #IceBucketChallenge, c’est une réalité effrayante.

Revisiter son passé, c’est aussi comprendre que si des femmes prennent le temps de nous expliquer les notions de consentement, c’est parce que ce n’est pas acquis et j’ai assurément déjà été plus willing que ma partenaire du moment sans m’en rendre compte.

Je me souviens de ces exemples, banals en surface, mais qui ne sont que de trop nombreux symptômes d’un réel problème. #MoiAussi, ce n’est pas une mode comme le #IceBucketChallenge, c’est une réalité effrayante.

Je me souviens, mais je suis aussi dégoûté par la réalisation que « tout le monde savait » est devenu la porte de sortie ultime pour excuser l’inaction devant les Harvey Weinstein et Marcel Aubut de ce monde. Tout le monde savait, ou c’était de même dans le temps, ou boys will be boys.

Toutes ces excuses, ces phrases creuses pour ne pas prendre sa part de responsabilité, je les ai entendues sans réagir, ou pire, je les ai dites. Ça fait mal de l’assumer, parce que je n’ai pas de bonnes raisons ou d’excuses justement. Je fais partie du problème et c’est à moi de faire en sorte que ça change si j’espère que les changements s’opèrent de façon globale.

On vit dans un monde où les femmes qui partagent nos vies, notre quotidien n’ont pas le même niveau de quiétude et de sécurité. Devant ma tentative de montrer le chemin à une petite fille qui sera un jour une femme, savoir qu’elle n’aura pas le sommeil aussi léger que moi me donne des pulsions violentes.

Ceci dit, avoir une fille ne devrait pas être la locomotive de votre motivation à changer les choses. Le respect de la femme, de ses envies, de son intimité et de sa sécurité ne devrait pas venir avec votre capacité à vous reproduire. Tout comme ne pas être raciste ou homophobe ne doit pas s’alimenter uniquement dans le faible argument « oui, mais j’ai un ami gai ». On le fait pour que le climat change, point.

Admettre que je n’ai pas les mains blanches est une chose, mais faire un effort conscient et réel pour les laver, c’est la moindre des choses après tous ces partages.

Comme le soulignait madame Stamp, faire un effort supplémentaire pour qu’une femme ne se sente pas brusquée ou négligée, c’est la moindre des choses. Ça n’efface rien, mais si on devient l’écrasante majorité à faire l’effort de plus, peut-être que la poignée de cabochons réfractaires aux changements finira par prendre son trou de manière définitive.

C’est peut-être de la pensée magique, mais j’ose encore espérer que la somme des petits gestes peut faire une différence. Une paisible nuit de sommeil à la fois.

À la question « que puis-je faire pour éviter que ma fille dise un jour #MoiAussi », j’ai surtout l’espoir que le monde change. J’aimerais avoir une réponse, mais comme je vous disais, j’ai surtout des pistes.

Soyons à l’écoute, messieurs, et ne ramenons pas le tout à nos angoisses. Ce n’est pas le temps. Ce n’est pas important, ici et maintenant, si ça vous gosse d’être mis dans le gros panier dans méchants hommes. Ce n’est pas important que vous sentiez le besoin de dire que les hommes ne sont pas tous des violeurs ou des agresseurs. Ce n’est pas important parce qu’on le sait ça et personne ne dit le contraire. Mais là, présentement, le vase a débordé et il s’est fracassé au sol.

Écoutez les femmes, soyez attentifs et sortez-en du gros panier des méchants quand le temps sera venu. Ça ne vous fera même pas mal au final, vous allez dormir paisiblement sur vos deux oreilles d’ici là.

Comme je vous disais, prendre la parole en tant qu’homme n’est pas un geste courageux et il ne comporte pas de risques. Par contre, c’est un geste nécessaire. Plus on en parle … et moins on aura le besoin d’en parler parce que ça ne sera plus une réalité.

Mais c’est important d’écouter et de céder la parole, parce qu’on ne peut pas savoir c’est quoi perdre son intégrité physique, sa sécurité et son espoir que les gens s’adressent à nous pour ce que l’on est et non pour notre potentiel sexuel. On ne peut pas savoir sans l’avoir vécu un peu chaque jour depuis toujours et prétendre le contraire serait d’une prétention frustrante.

Alors, mesdames, on vous écoute et, surtout, on vous croit.

Pour d’autres textes de Stéphane Morneau, c’est ici!

  • nath

    Les femmes ont besoin des hommes pour mettre fin à ce fléau.

    Tant que les harceleurs compteront avec le silence, ou pire le rire, de leur entourage masculin, ils seront en position de force. Et il trouveront toujours des femmes en situation de faiblesse professionnelle, sociale, physique ou psychologique pour assouvir leur fantasme de pouvoir…
    Et comme elles sont en position de faiblesse ces victimes ont très peu de moyens pour mettre fin à ces stratégies… On ne peut pas leur mettre la charge de terminer ce phénomène.

    C’est l’entourage qui a le pouvoir de changer le rapport de force. Le jour où les hommes et les femmes qui assistent de près ou de loin à du harcèlement ou à du manque de respect, interviendront, là c’est quand la bataille sera gagnée..
    Intervenir physiquement, concrètement par des mots et des actes dans le quotidien, au travail, dans la rue, dans un party… Ne plus rien laisser passer.

    La méthode KIVa contre le harcèlement en Finlande donne de très bons résultats justement en mettant l’accent sur le rôle de l’entourage.

    Le rôle essentiel de celui qui ASSISTE de près ou de loin au harcèlement, et qui justement comme il n’est pris dans le rapport bourreau-victime, a le pouvoir de se mettre du bord de la victime avec d’autres et de retourner le rapport de force …

  • lisa

    Pour votre fille, le meilleur conseil est de lui apprendre à se défendre, à se battre, à rester dans la place…

    Toute mon enfance, on m’a dit « évite le trouble », « fâche les garçons, ils pourraient t’embêter », « sauve-toi et va dire à la maîtresse », puis plus tard « sors pas tard », « fais attention quand tu rentres le soir », « ne te fais pas remarquer »….
    On m’a appris à me faire toute petite, à esquiver, à me retirer des espaces où on ne me respecte pas: on m’a dit que je suis faible, on m’a enseigné la soumission et la peur.
    Après on s’étonne que les femmes figent en situation de danger.

    Enseignez à votre fille qu’elle est forte et qu’elle a le droit de défendre sa place. Physiquement aussi.
    Et donnez-lui les moyens de se sentir forte physiquement. Cours de karaté, aïkido, quelque chose qui fait qu’elle sache se battre, se camper sur ses pieds et remettre en place un malotru. Et lui mettre un coup où il faut si nécessaire.
    Dans les moments de danger, c’est la confiance en soi et l’entraînement qui font la différence.

    Un ami me racontait qu’il avait dit à sa fille de 6 ans. « Si quelqu’un te frappe à la récré, frappe encore plus fort. »
    Cela m’a émue. Un père qui rompt le tabou du macho de cour de récré, qui ne lui enseigne pas la soumission et la peur.
    Qui lui dit qu’elle est forte et qu’il a confiance en sa force à elle.