De 15 ans à 25 ans, j’avais plein d’amis dans des bands punk. Mes amis étaient des punks qui allaient voir des shows punk. On aimait plein d’autres trucs, pas juste du punk, mais on était des punks. Punk.

Tranquillement en vieillissant, on en perdait un de temps en temps. C’était fini le punk pour eux. Une était tannée de s’obstiner avec ses parents sur sa façon de s’habiller. L’autre voulait avoir des muscles dans le fond (l’un n’empêche pas l’autre mais bon). Un autre était parti en tournée et se rendait compte que finalement ça suckait ben raide coucher à terre chez du monde et de se splitter 80$ à gang pour jouer devant 4-5 fans de Megadeth qui sont là par hasard pis qui te demande non-stop la criss de toune plate qu’ils ont fait en français. «  À tout mes amis… »

D’autre ont continué pareil. Comme Brutal Chérie.

Les gars de Brutal Chérie sont dans la jeune quarantaine (mais chacun d’entre eux a l’air dans la jeune trentaine) et jouent encore du punk rock. En français s.v.p. (comme dirait l’autre chum à Dave Mustaine).

5 ans après avoir sorti l’excellent Cours ou Crève, ils reviennent à l’assaut avec Antisocial et Brutal, un album rapide, pissed-off, mais extrêmement mélodique et sans compromis. Dans la langue que Groenland aurait dû utiliser selon PK (pas Subban). Chose qui est rare. Il reste à peu près quatre bands de punk rock en français que tu pèses pas sur stop après 20 secondes de la première toune. Brutal Chérie est l’un d’eux. Je les ai rencontrés sur une terrasse d’un bar sur Ontario (qu’on pense peut-être acheter avec nos prochains chèques de la Socan) où la serveuse était tellement smatt que ça se peut que je l’invite à ma fête de 37 ans au Pacini sur Sherbrooke en face du Walmart ( métro Cadillac ).

 

Les gars, c’est rare de jouer du punk rock à 40 ans. Soit que tu es un genre de légende ou soit tu fais ça dans le garage avec tes chums une fois par semaine. Vous c’est aucun des deux, c’est quoi votre motivation?

Simon (bass, voix) : C’est un peu comme la gastro. Tu choisis pas ça.

Je comprends, mais la motivation est sûrement pas la même que quand tu étais kid? La gastro de jeunesse et celle d’aujourd’hui sont probablement pas identiques?

Simon : Quand tu es jeune tu rêves de la piscine plaquée or en forme de guit, mais early forties, c’est autre chose. Je suis encore passionné, pis j’ai encore la maudite gastro.

Je serais malheureux si je faisais pas ça.

Thierry (guitare, voix) : Tu poses la question et j’me demande moi-même si j’me la suis déjà posée. On dirait que j’ai choisi un mode de vie alentour de la musique. Qui me permet de faire ça. J’ai pas d’enfant, j’ai une job qui me permet de partir souvent faire des shows. J’ai refusé des jobs que j’aurais pu avoir un meilleur salaire pour pouvoir continuer à faire ça. J’étais pourri quand j’tais jeune dans les entrevues de job; « ouin ça m’intéresse, mais moi la fin de semaine oublie ça. » Je mettais mes conditions à l’entrevue (rires).

Antoine (drums) : Y’a la réponse du monde aussi. Quand ton nom roule un peu, tu te fais applaudir, c’est motivant. Si tout le monde s’en criss tu le fais dans ton garage comme des mononcs pour le fun. Y’a aussi le désir de prouver que je suis encore capable. Tsé, « Non j’suis pas vieux. J’suis pas vieux! » ( rires )

Y’a tu encore espoir que « ça marche »? Rêvez-vous encore de vivre de ça ou du moins d’avoir un certains succès plus grand que celui que vous avez en ce moment? 

Antoine : Pour moi, la France a changé la game. Tsé on va là pis on fait pas d’argent, mais quand même, on joue devant du monde, pis le monde aime ça. Oui y’a encore espoir, mais c’est pas monétaire.

Thierry : J’entends des histoires de bands qui remplissent des salles pis qui en arrachent (monétairement).

Simon : La journée où j’ai catché que je ne ferai pas d’argent avec ça, ça m’a enlevé un poids sur les épaules et c’est devenu encore plus l’fun. Je l’aurai pas la piscine en or en forme de guit anyway, au pire m’a juste m’acheter une Jaguar, ça va être correct (rires). Mais sans joke, je ne gagnerai jamais ma vie avec ça. Mais je vais continuer à le faire avec cœur et authenticité.

Thierry : Tsé quand t’es jeune, tu vis pour l’espoir que ça va arriver un jour au lieu d’apprécier le moment qui se passe en ce moment. Y’a une p’tite coche de plus de succès depuis qu’on s’en criss en plus.

Tu penses pas que le fait de chanter en français au lieu de l’anglais (comme vos projets avant) a un lien avec ça aussi? 

Thierry : Je pense que oui.

Simon : C’est pas parce qu’on avait pas essayé avant avec nos vieux bands. On avait essayé plusieurs fois pis on trouvait ça poche.

Thierry : C’était comme les Trois Accords moins drôle (rires).

Pourquoi y’a pas plus de bands du genre en français? 

Simon : C’est pas si facile que ça. On a moins de références. J’ai tellement écouté de la musique en anglais, qu’on trouvait toujours ça mauvais en français. Tu fais un riff que tu trouves bon et tu te dis «maudit c’est de valeur de le scraper avec des mots en français!»
( rires )

Thierry : Y’avait pas gros d’affaires que j’aimais en français en grandissant.

Antoine : C’est une question de rock, de musique heavy, parce que la chanson, le folk en français ça marche en criss. Mais le punk, la musique heavy, c’est plus tough.

Comment vous avez fait pour finalement être satisfaits de vos paroles en français?

Thierry : On a comme fini par trouver un concept, un filon qu’on trouvait bon. Surtout dans nos sujets. Ce qu’il faut éviter. Des fois on s’assume un peu dans une phrase plus quétaine parce que quand tu la mets dans le contexte de la toune, ça coule bien.

Est-ce que c’est plus dur aujourd’hui de vivre la vie « rock n’roll » à temps partiel?

Thierry : On s’en va en tournée en Europe pour deux semaines et je check les dates d’avances et j’me dit «criss m’a tu être capable encore…faudrait pas que mon dos barre » (rires).

D’après vous y’a tu du monde qui s’intéresse encore au punk aujourd’hui? Pourquoi ça n’a pas le respect des autres style de musique dans l’industrie d’après vous? 

Antoine : C’est sur que ça fait encore peur.

Simon : Peut-être que c’est parce que la majorité des bands punk sont vraiment mauvais.

Thierry : On va se le dire, la majorité des bands sont assez ordinaires. Moi je trouve le punk large en criss asteur. Y’a trop de sous-divisions. Ça m’a toujours fait rire, tsé moi dans ma tête ça toujours été la liberté d’esprit le punk, mais on dirait que y’a plus de lois que dans la vie normale. Tout le monde s’obstine sur c’est quoi le punk, pis qui qui l’est ou qui l’est pas. C’est très rigide.

Simon : C’est stuck up. Dans le fond c’est ça le punk : un paquet de monde qui s’entendent pas sur le punk.

(rire général)

Qu’est-ce que vous espérez pour la suite des choses?

Simon : Une piscine en or en forme de guit, dans le fond.

 

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