Peu importe le métier que l’on exerce, éducateur spécialisé, barbière ou CEO d’une multinationale de chapelure à poulet, il nous arrive tous de rencontrer des gens qui n’ont aucune conception de notre domaine de travail et qui s’efforcent d’y porter intérêt.

J’exerce le métier de musicien. Toi aussi peut-être. Ou ton chum merdique… Bref, voici le PETIT GUIDE D’AUTO-DÉFENSE POUR MUSICIENS : une série de questions trop souvent entendues dans la bouche de gens chaudailles – ou juste intrinsèquement gossants – et les réponses que j’aurais pu leur donner si j’avais été plus wise qu’eux sur le moment. Pour ne blesser personne, nommons mon interlocuteur fictif Patrick, rencontré dans le tout aussi fictif mariage de ma cousine fictive. Je vous suggère de lire les réponses avec une top dans yeule et une haleine assumée de très bon scotch.

«Bummer de l’argent à ma famille à 33 ans, c’était pas mon rêve de p’tit gars. Mais je me plains pas! Toi, ça roule tes finances? »

Q : « Ah ouin, tu gagnes ta vie avec la musique! Ça doit pas toujours être facile. »

Bon. Ici, Patrick veut que je transforme sa pitié en applaudissement. Il veut entendre que j’ai une maison et des projets de galerie. Surprenons-le avec un excès de détails les plus plates possibles qui lui feront comprendre que ça ne se pose pas comme question : « pis c’tu l’fun d’être pauvre? ».

R : « Ben oui, c’est sûr. C’est pas évident tout le temps. T’sais Patrick, quand le chèque trimestriel de la Socan rentre (ou les droits voisins, par Soundexchange ou Artisti, dépendemment d’où on est inscrit), ça va ben, mais y a les impôts pis dans ce domaine-là c‘est assez complexe, tu liras là-dessus si ça t’intéresse, la Sodeq offre des formations sur la comptabilité pour musiciens, tu dois pouvoir trouver de l’info en ligne. Fait que oui, je gagne ma vie avec ça, mais bummer de l’argent à ma famille à 33 ans, c’était pas mon rêve de p’tit gars. Mais je me plains pas! Toi, ça roule tes finances? »

 

Q : « Mais toé, ta vie, ça doit brasser. Les filles pis les musiciens, on sait ben, hein? »

Bon. Pourquoi briser un rêve?

R : « Man, je fourre en tabarnac! »

 

Q : « C’est tu vrai que des fois vous vous faites payer en drogue ?» 

Ok, oui, le gars de l’auberge de jeunesse à l’Anse-aux-Griffons nous a déjà donné un trois-quart de gramme de pot pour s’excuser du faible chapeau de la veille (y avait genre sept personnes en comptant ma guest list de deux amis), mais c’est Frank Massicotte qui l’avait fumé dans le char, vers une autre place en Gaspésie où on avait joué pour le propriétaire pis deux vieux qui avaient l’air d’être sur leur deuxième date.

R : « Ma paye, moi, Pat, c’est la frénésie de la foule. »

Quand je donne du tip au serveur au restaurant, ça me passe vraiment pas par la tête de savoir s’il voulait faire ça, waiter, quand il était petit.

Q : « Mais t’sais tu fais ce que t’aimes, ça vaut combien ça? »

Fait tellement longtemps que je cherche la bonne réponse à celle-là.

R : Je sais pas ça vaut combien, Patrick. Je le sais vraiment pas. Quand je donne du tip au serveur au restaurant, ça me passe vraiment pas par la tête de savoir s’il voulait faire ça, waiter, quand il était petit. Je prends le prix de ma pinte pis de mes deux shooters, je calcule vite fait 15% pis j’en laisse un peu plus sur la table si je l’ai trouvé gentil. Quand je loue un char pour un road trip avec ma blonde, je me demande pas si la fille à la réception trippait juste avec son téléphone-jouet quand elle avait quatre ans pis si elle gossait toujours sa classe de primaire pour jouer au jeu du téléphone. Je check les compagnies de location pis je trouve la plus fiable, la moins compliquée pis la moins chère pis je paye ce que ça vaut de louer un char pour un road trip avec ma blonde. Quand je vais aux danseuses, je demande pas à Samantha…en tout cas, tu comprends? Aucune idée de ce que ça vaut, aimer sa job. Aucune idée.

Patrick ne sait pas qui je suis et c’est très chill, je sais même pas de quel bord de la famille il est.

Q : « Ouin, ouin. Fait que toi t’es dans un band, là? »

Bon. Patrick ne sait pas qui je suis et c’est très chill, je sais même pas de quel bord de la famille il est. Bon, allô tout le monde, moi c’est Louis-Philippe Gingras. J’écris des tounes et je les chante. Tout seul des fois, mais plus souvent avec des musiciens. Un band donc, guit-bass-drums pis des fois une trompette. Ça fait que oui, j’ai un band. Avec des humains que j’aime dedans. Donc quand cette question est prononcée, j’y réponds en expliquant cela. Puis, souvent, je fais face à une incompréhension qui me dépasse. « Ok, mais ton band, c’est son nom?!? ». Crisse. Bob Dylan, Kenny G, Elizabeth Blouin-Brathwaite. Y ont tous des bands. Guit-bass-drum. Avec une autre guitare des fois. Comme Metallica. C’est juste qu’y en a qui décident de s’appeler Metallica pis y en d’autres qui jugent qu’Elizabeth Blouin-Brathwaite c’est en masse punché. Ça fait que je surenchère mes explications et ça finit que la personne sort son iphone pis cherche ma page artiste, voit passer ma page personnelle et passe un commentaire sur le « perso » à la fin de mon nom, ajoute au passage un autre Louis-Philippe Gingras qui lui a une shop d’électricien sur la Rive-Sud, malaise interminable à chaque deux semaines où je veux disparaître et changer de nom pour « Metallica ». Évitons ces tourments et disons les vraies choses.

R : Non, Pat, moi je paye des musiciens pour qu’ils jouent avec moi. 200$ par show. Pis je suis vraiment content qu’ils puissent vivre de leur musique. Bon, là ‘scuse-moi, je vais aller essayer de pogner la jarretelle pis écouter le band.

-*Finir en botchant dans son propre scotch.*

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