Côtoyer un ado en pleine poussée de croissance et d’hormones, c’est pas de tout repos. Ceux qui ont un frère, une cousine, un voisin ou un commis de dépanneur d’âge secondaire en savent assurément quelque chose. Voilà pourquoi nous vous avons concocté, avec l’aide d’une psychologue et d’une doctorante en psychologie, un petit guide destiné à vous aider à mieux coexister avec un « puberteux ».

Merci à Jessica Lara-Carrasco et Anne-Marie Gagnon pour leur collaboration.

NE TENTEZ PAS (TROP) DE LE COMPRENDRE

Être compréhensif ? Oui. Lui montrer que vous êtes là pour lui ? Absolument. Mais essayer de le comprendre ? Bonne chance. La puberté est une période de grands changements durant laquelle l’ado est tiraillé entre son besoin d’autonomie et celui d’être encadré. Lui-même a du mal à se comprendre. Et de toute façon, que vous ayez fait un postdoctorat en psychologie de l’adolescent ou non, votre « puberteux » sera toujours catégorique : « TU COMPRENDS JAMAIS RIEN !!! »

Votre « puberteux » sera toujours catégorique : « TU COMPRENDS JAMAIS RIEN !!! »

DEVENEZ MEMBRE DE COSTCO

Le corps d’un « puberteux » est une usine qui roule à plein régime pour le faire grandir. Et pour fonctionner comme il le faut, cette usine a besoin d’énergie. On parle de quelque 300 à 500 calories de plus par jour qu’à l’âge adulte. Ça tombe bien : c’est justement pour ça que le Costco a été inventé ! Si vous vous demandiez qui peut bien arriver à finir un pot de beurre de pinottes de 5 kg avant de mourir d’une mort lente et naturelle, ne cherchez plus. C’est un « puberteux ».

N’ESSAYEZ PAS DE PARLER COMME EUX

Un adulte qui utilise des expressions de jeunes pour tenter d’avoir l’air cool, c’est tout sauf cool. Ça vous vaudra à tout coup un roulement d’yeux bien senti de la part de votre puberteux, qui essaie de se différencier et qui cherche avant tout des rapports authentiques avec les gens qui l’entourent. Montrez-vous ouvert, vrai et intéressé. Mais, par pitié, ne faites pas une Jocelyne Letendre (la psy de Radio Enfer) de vous-même en essayant de parler son langage. À la télé, c’est drôle. Dans la vraie vie, c’est triste.

SORTEZ VOS VIEILLES PHOTOS

Quand vous trouverez que le linge de votre « puberteux » n’a pas d’allure ou qu’il ne faut pas se respecter beaucoup pour avoir les cheveux de cette couleur, ressortez des photos de vous quand vous aviez son âge et constatez que vous aussi, vous avez eu une moustache molle, des cheveux crêpés, des espadrilles avec une pompe ou une brassière rembourrée avec de vieux Kleenex. Et pourquoi ne pas regarder ces photos avec votre ado ? Rien ne lui fera plus plaisir que d’avoir une occasion de rire de vous.

Dans la vie, peu de choses sont aussi drôles qu’un « puberteux » dont la voix mue à mi-phrase.

UTILISEZ DES MOYENS DÉTOURNÉS POUR FAIRE PASSER VOS MESSAGES

La quête d’indépendance de votre « puberteux » peut parfois le pousser à ignorer vos directives ou vos sages conseils. Un truc ? Faites passer vos messages par la bande en vous liant d’amitié avec un programmeur d’Ubisoft qui intégrera dans le prochain Assassin’s Creed un personnage portant vos traits et qui pourra s’adresser directement à votre jeune accro aux jeux vidéo.

RÉPRIMEZ VOS RIRES LORS DE LA MUE

Dans la vie, peu de choses sont aussi drôles qu’un « puberteux » dont la voix mue à mi-phrase. Mais en même temps, peu de choses sont aussi humiliantes, surtout que l’ado est souvent très anxieux à propos des changements qui se passent dans son corps. Par conséquent, si la situation se présente et que vous émettez malgré vous un petit rire, sauvez la face de votre « puberteux » en prétextant que vous venez de repenser à la vidéo du singe qui sent son doigt après s’être gratté le péteux.

ACHETEZ TOUT EN TROIS GRANDEURS

Si votre « puberteux » est au début de sa période de croissance, il y a de fortes chances que le chandail que vous lui avez acheté pour son anniversaire ne lui fasse déjà plus deux mois plus tard. Prévoyez le coup en achetant tout en trois exemplaires de tailles différentes. Ou contournez carrément le problème en lui offrant un bon chip au ketchup. (Il risque de l’apprécier davantage.)

Les catholiques ont le Vatican, les musulmans ont La Mecque, et votre « puberteux » a sa chambre.

LAISSEZ-LE FAIRE SES ERREURS

La puberté est une période de changements et d’expériences variées. Il est donc fort probable que votre « puberteux » prenne des brosses, essaie des drogues et « frenche » des gens peu recommandables. Quand vous aurez le goût d’intervenir, gardez en tête que vos propres erreurs ont fait de vous la personne que vous êtes. Laissez-le faire les siennes en lui donnant évidemment un cadre sécuritaire dans lequel il pourra évoluer. (Sauf s’il se met à écouter du Nickelback. Ça, c’est tolérance zéro.)

RESPECTEZ SON ESPACE VITAL

Les catholiques ont le Vatican, les musulmans ont La Mecque, et votre « puberteux » a sa chambre. Non, ce n’est pas qu’un lieu où il se gave de grammaire et de formules mathématiques pour aller loin dans la vie (ne vous faites pas d’accroires) — c’est son sanctuaire. Il a besoin de cet espace intime pour assimiler ce qui se passe dans sa tête et dans son corps. Ne violez pas ce lieu sacré en y entrant en bobettes sans frapper à la porte pour lui demander de sortir les vidanges.

LAISSEZ-LE DONC DORMIR…

Parlant de sa chambre, c’est normal que votre « puberteux » dorme jusqu’à midi la fin de semaine. Ce n’est pas parce qu’il est lâche, c’est physique : son corps a besoin de ce sommeil. En plus, c’est prouvé : l’horloge biologique se dérègle à la puberté. Votre ado est comme sur un autre fuseau horaire. Laissez-le donc dormir. Ça vous permettra de ne pas avoir à penser aux neuf conseils précédents pendant quelques heures.

Pour poursuivre la lecture : « Entrevue avec les hormones ».