Quand Melissa Maya déménage, deux choses doivent être aussitôt branchées en dépit des montagnes de boîtes : la machine à café et la table tournante. L’animatrice et auteure — qui vient de scénariser un documentaire sur le disque vinyle et qui a un studio d’enregistrement à la maison — a eu envie de rencontrer d’autres freaks dans leur habitat naturel.

Illustration : Marianne Tremblay

Cette semaine : on entre dans l’appartement du prolifique Jason Bajada. 

Hey! Merci de nous accueillir dans ton appart « Good Vibes Only ». :)

OK premièrement Jason, on va mettre les choses au clair pour tout le monde : tu viens de sortir l’album double Loveshit II, mais ce n’est PAS ton deuxième album, il y en eu six autres avant…

Effectivement. ;)

Je suggère donc qu’on nomme tous tes albums, du plus récent au plus vieux, et j’ai une question pour chacun d’eux, d’accord? C’est ça le concept de l’entrevue aujourd’hui.

Yessir !

On part ça avec LOVESHIT. Quel artiste a fait les chansons d’amour (amour qui vire mal) les plus inspirantes pour toi?

Sans hésitation Sean Lennon (le fils de John). Son album Friendly Fire est construit sur une histoire complètement folle…

Qui est arrivée pour vrai?!

Oui. En résumé : Sean Lennon avait une fiancée, la mannequin et actrice Bijou Phillips. Elle l’a trompé… avec son meilleur ami d’enfance… Et là, au moment où Sean se décide à aller rencontrer et confronter son meilleur ami pour régler ça, il [l’ami] meurt dans un accident de moto…

Shit.

Ouin… La rencontre n’a jamais eu lieu, il a fait un album.

Je pense qu’il vaut mieux ne pas rencontrer ses idoles.

Album VOLCANO. Y a-t-il une musique qui a marqué ton voyage en Islande? J’imagine que tu n’es pas resté tu-seul dans le silence tout le temps!

Je venais de vivre une rupture, je n’allais pas bien du tout. Je me souviens que Tame Impala a joué en boucle dans la voiture. Aussi, un souvenir très précis : The Rythm of the Saints de Paul Simon est le premier disque que j’ai écouté quand je suis sorti de Reyjavik et que j’étais soudainement entouré de paysages écœurants. Du happiness directement injecté dans les veines.

Album LE RÉSULTAT DE MES BÊTISES. Pour rencontrer quel artiste ferais-tu la plus grande bêtise?

Genre… Avec qui je voudrais le plus prendre un verre de scotch?

Oui!

Je pense qu’il vaut mieux ne pas rencontrer ses idoles. Le risque d’être déçu de la personne est trop grand. De toute façon, je m’imagine rencontrer Ryan Adams, par exemple, et c’est sûr que je serais trop groupie. Ou mets-moi devant Tom Waits, je deviens soudainement imbécile!

Ha, ha, ha, ha, ha!

Mais j’ai une amie qui m’a dit l’autre fois à quel point Eddie Vedder de Pearl Jam est la personne la plus incroyable et gentille de la planète… Je te jure. Ce dude-là, il paraît que tu veux aller faire du hiking avec! Alors je te dirais Eddie, pis on irait faire du hiking.

Eddie Vedder de Pearl Jam est la personne la plus incroyable et gentille de la planète…

Album UP GO THE ARMS. La meilleure chanson de victoire, à ton avis ? Tsé, la chanson qui pourrait partir quand tu regardes le hockey, qu’il y a un but et que tu capotes?

Oh, elle est tough celle-là… Mais imagine You Can’t Hurry Love des Supremes après un but au Centre Bell, avoue que ce serait pas pire! Mets ça!

Album Puer Dolor. La musique qui te fait le plus mal? Ou sur laquelle tu brailles?

Hmmm. C’est sûr qu’Elliott Smith est la réponse la plus naturelle, mais on dirait que c’est une réponse trop facile. Est-ce que je peux te parler d’un show? L’an dernier, Brian Wilson des Beach Boys est venu à la Place des Arts pour les 50 ans de l’album Pet Sounds. On s’entend, là, que je ne braille pas en écoutant Pet Sounds! Mais je venais de lire la biographie de Brian Wilson. Ce gars-là, il a tellement souffert. Toute son enfance, il a été humilié par son père. Il a vécu de la violence… Il est devenu schizophrène. Mais il ne faut jamais l’oublier : c’était lui le génie dans les Beach Boys. Pas comme les Beatles, qui avaient quatre génies ! Wilson n’aurait jamais pu faire ce spectacle seul, mais entouré de musiciens sensibles, il a été capable de livrer, et c’était vraiment émouvant.

Une qui ne m’a jamais « let down » : Fiona Apple.

Pour terminer, Jason, on sait que tu construis souvent un album autour d’une fille, à qui tu rends hommage en quelque sorte, même si elle t’a brisé le cœur… Mais j’aimerais qu’on termine sur une note positive et que tu rendes hommage à une fille qui ne t’a jamais fait de la peine, ici sur URBANIA. C’est qui l’artiste la plus cool de la planète Terre?

Une qui ne m’a jamais « let down » : Fiona Apple. C’est une pure génie, clairement sous-estimée, qui devrait avoir la même tribune qu’Amy Winehouse, par exemple. En concert, elle a genre 22 bouteilles d’eau sur son piano. Elle en cale une après chaque toune. Elle ne sort pas un album souvent, mais elle donne tout ce qu’elle a, chaque fois. Sans jamais avoir de règlements.

***

C’est le moment du mot de la fin. Mon éditrice m’a demandé de toujours glisser quelques mots sur un feeling, une constatation en guise de conclusion. Val, est-ce OK si, cette fois, on fait juste laisser une photo de chat? (En plus, son chat s’appelle Bill Murray et il a son propre compte Instagram!) Sinon, je peux dire aux lecteurs que je connais Jason depuis l’adolescence, époque où « il faisait des covers au Pizzédélic de Saint-Sauveur ». Et malgré nos nombreux échanges depuis, j’ai encore appris et découvert avec cette entrevue…

La musique dévoile toujours beaucoup de choses, même sur vos amis. 

Pour lire un autre article de Melissa Maya Falkenberg : « Dans l’appartement du musicien Pierre Kwenders »