Hugo Mudie a décidé de lâcher l’université pour partir en tournée non-stop avec The Sainte Catherines en 1999. Depuis ce temps, il a sorti 36 albums et brûlé plus de 10 moteurs de camions sur la route à travers le monde. Il est monté sur scène des milliers de fois, organisé des shows même en dormant, démarré des compagnies de disques, fondé des festivals, booké des rappers, géré des chanteuses, pogné deux fois la bactérie mangeuse de chair, pleuré dans des loges, envoyé chier la moitié de la planète et fait le party avec l’autre moitié. Il veut aujourd’hui démystifier les dessous de l’industrie musicale telle qu’il l’a connue et la perçoit. Cette semaine, il nous explique ce qui se passe avec les fameux buzz sur les artistes.

BUZZ OU DÉBUZZ ?

J’ai été aux premières loges de plusieurs buzz dans le monde de la musique. Autant ici au Québec, pré-internet, qu’avec des bands internationaux, dans l’ère Facebook. Un band ou un(e) musicien(nne) sort un peu de nul part et par magie tout le monde s’excite en même temps. Les labels veulent tous le(la) signer. Les festivals veulent tous le(la) booker. Les autres bands veulent tous le(la) sucker et les cool kids veulent tous porter leur t-shirt pour pouvoir dire qu’ils aimaient ça avant que ça pogne pour vrai.

J’ai toujours trouvé ça très curieux qu’un artiste qui a fait 3-4 shows, sans avoir enregistré de chansons puisse avoir plein de monde aussi stoked de son existence. J’ai toujours eu mes doutes sur les véritables raisons de ces buzz. Je ne veux pas prendre la population pour des zombies incapables de juger par eux mêmes, mais j’ai toujours suspecté que dans le cas de ce genre d’excitation commune, un grand pourcentage de gens n’ont pas véritablement écouté la musique. Ils prétendent tripper sur le projet / le band / l’affaire / l’artiste, parce que des gens plus cool qu’eux semblent aimer ça aussi. J’ai toujours cru que tu gagnais des fans un par un en écrivant des bonnes tounes et en allant les jouer devant du monde. Mais les bands avec un buzz vivent totalement autre chose.

Le band en question surf souvent sur cette vague pendant quelques mois sans trop catcher ce qui lui arrive. La plupart du temps, le buzz meurt, parce que les cool kids en chef qui écoutent ça pour vrai se sentent envahis par les suiveux et rapidement changent de coup de cœur du moment et « découvrent » la next new shit.

J’ai toujours suspecté que dans le cas de ce genre d’excitation commune, un grand pourcentage de gens n’ont pas véritablement écouté la musique. Ils prétendent tripper sur le projet / le band / l’affaire / l’artiste, parce que des gens plus cool qu’eux semblent aimer ça aussi.

CÉLÈBRE OU CÉLÉBRÉ?

Quand les artistes sont assez agréables à l’oreille pour la population, le buzz devient concret et l’artiste peut faire entendre ses chansons pour vrai. Mais trop souvent, quand la population entière aime quelque chose en même temps et que cette chose devient populaire, c’est que cette chose est fondamentalement mauvaise. Les artistes et les œuvres de grande qualité sont presque toujours dans l’ombre de la culture populaire et c’est parfait ainsi.

Chaque chose à sa place.

Laissons Foo Fighters être LE MEILLEUR BAND ROCK DU MONDE.

Chaque chose à sa place.

Laissons Sylvain Cossette faire « des maudites bonnes versions » de classique du rock.

Chaque chose à sa place.

À la fin des années 90, Refused ont sorti l’album The Shape Of Punk To Come. L’album est passé dans le beurre et le groupe est mort rapidement après sa sortie (même si aujourd’hui on considère que c’est un des plus grands albums de musique heavy de l’histoire). À la même époque, Blink 182 sortait Enema Of The State. Ce fut un énorme succès, ils ont vendu des millions d’albums et aujourd’hui, le groupe fausse encore live sous nos yeux avec un autre chanteur qui ressemble un peu à celui qui est parti tripper sur les aliens. Dans mon cercle, Refused avait un gros buzz. Blink, tout le monde s’en crissait.

Pour résumer mon point ;
– les buzz sont souvent mérités, mais le buzz finit par tuer l’artiste.
– Les artistes qui pognent sont souvent poches.

COMME UN BRAND

De nos jours, je pense même que ce qui crée les hype n’a rien à voir avec la musique dans beaucoup de cas. Je pense que tout est une affaire de branding. Le nom du band, les photos qui sortent sur le net. Les logos des posters des premiers shows. Le business sense d’un des membres est souvent plus important que la qualité des compositions. Est-ce que le band Fucked Up aurait eu un aussi gros buzz à l’extérieur de la scène punk si le band s’était appelé Malfunction mettons? Est-ce que les gens auraient trouvé ça aussi cool de dire qu’ils écoutent Malfunction? Porter un shirt de Malfunction? Est-ce que les festivals qui book aucun ostie de band punk auraient pris une chance de booker Malfunction, le band hardcore de Toronto qui font des tounes concept avec des signes du zodiaque chinois ( C’était tu ça?! )?

C’est un peu ce qui me décourage dans ces buzz. La musique est trop secondaire. On dirait qu’on oublie le but de la chanson. Faire feeler bien pendant quelques temps. En version enregistrée peu importe où tu l’écoutes ou en show live, tout en recevant des p’tits coups de coudes d’un ostie de 6’5″ qui veut se sneaker en avant de toi pour prouver qu’il connait les paroles pis toutes les p’tits punchs de drums de l’artiste on stage.

Est-ce que le band Fucked Up aurait eu un aussi gros buzz à l’extérieur de la scène punk si le band s’était appelé Malfunction mettons? Est-ce que les gens auraient trouvé ça aussi cool de dire qu’ils écoutent Malfunction?

MOUTON NOIR

Mais il y a que très peu de loups et beaucoup de moutons, et les moutons veulent être des loups. Ils peuvent s’approcher un peu du loup en achetant le vinyle de Heat, mais quand le mouton arrive chez lui et se rend compte qu’il n’a pas de table tournante et que dans le fond lui, il aime encore beaucoup ça Radiohead, ben le mouton flanche et se clanche Ok Computer en CD, couché sur son tapis en lisant les paroles pour la 500 fois.

Heat arrête d’exister parce que la colle aura pas collé et que le buzz l’aura asséchée. Les cool kids seront passés à autre chose parce qu’ils sont tannés des moutons déguisés en loups qui les copient et la roue tourne. Chaque chose à sa place.

Le mouton noir heureux se sent comme un loup.