Quand Jon Ronson a publié The Psychopath Test, en 2011, Donald Trump n’était pas encore au pouvoir. La nation américaine était loin de se douter qu’elle serait sous peu menée par un freak qui pique des colères sur Twitter. Des colères de type nucléaire… Pourtant, déjà, le journaliste d’enquête gallois tentait de répondre à une importante question : les humains dépourvus de conscience sont-ils ceux qui se retrouvent dans les postes de pouvoir? Sommes-nous dirigés par des psychopathes?

Comment reconnaître un psychopathe ?

C’est un chercheur canadien, Robert D. Hare, qui a établi la liste sur laquelle les autorités médicales et pénales se basent pour diagnostiquer la psychopathie. Ladite liste comporte 20 traits de caractère ou comportements qui, pris individuellement, ne sont pas nécessairement dangereux. Mais des points sont attribués pour chacun d’eux, et on sonne l’alarme dès les 30 points atteints (pour un total de 40). Parenthèse personnelle : j’y ai jeté un œil et je pense que je ne suis pas loin d’être une personne dangereuse.

Notons ici que le psychopathe n’est pas à tout coup un homme qui porte un masque de hockey et qui passe le temps en assassinant des lycéennes. Il peut aussi tout simplement s’agir d’une personne qui, sans violence physique, présente une absence pathologique d’empathie et de conscience, laissant ainsi le champ entièrement libre à un égoïsme destructeur.

Sommes-nous dirigés par des psychopathes?

Et, au fond, cet égoïsme n’est-il pas ce qui fait le succès des leaders? N’est-ce pas leur aptitude à mettre de côté les émotions pour faire des choix payants qui fait la renommée des grands présidents? (Nenon, je ne suis pas en train d’essayer de me dédouaner.)

Un besoin excessif de stimulation, un charme superficiel, une absence de remords et de scrupules, une flagrante insensibilité, une très haute opinion de sa propre valeur… En consultant la fameuse liste de Robert D. Hare, on réalise en effet que le psychopathe a plusieurs traits qui sont jugés « gagnants » dans une culture où le plus requin se rend le plus loin. Il est donc légitime de se demander si les sphères décisionnelles et les postes d’autorité sont occupés par un certain nombre de ces dérangés de l’émotivité… Et Jon Ronson ne recule devant rien pour valider cette hypothèse.

Il fouille le passé de l’industrie de la psychiatrie, rencontre des prisonniers, des scientologues, des chercheurs et des chefs d’entreprise qui ont commis des mises à pied cruelles. Il va même jusqu’à suivre une formation de détection de la psychopathie. La démarche de Ronson est fascinante. Et sa plume… Man, sa plume. Lisez ce livre. Il n’a pas trôné au sommet des meilleurs vendeurs pendant de nombreux mois pour rien.

OK, et mon patron ?

Toujours est-il qu’au cours de sa quête, le journaliste découvre des psychopathes dans des lieux aussi diversifiés que des prisons, des bureaux et des parlements. Rien d’étonnant, considérant que selon les chercheurs, 1 % de la population souffrirait de psychopathie. Maintenant, ce taux n’est pas équitablement réparti dans toutes les professions, ni même à travers le monde.

Les psychopathes ayant en commun une facilité à s’ennuyer, ils cherchent l’action. Ils se retrouvent généralement dans les grands centres urbains, là où le tourbillon est constant. Ils se sont aussi possiblement promus à des postes où leurs lacunes éthiques sont perçues comme des qualités.

Donald Trump se situerait au-dessus d’Hitler, en termes de potentiel psychopathe.

Une étude australienne réalisée auprès de 261 PDG américains a révélé que 21 % d’entre eux avaient les traits d’un psychopathe, ce qui peut nous laisser croire que jusqu’un chef d’entreprise sur cinq ne ressent tout simplement pas l’empathie. (!) La politique semble aussi être un lieu fertile pour l’homme sans compassion. Un chercheur d’Oxford s’est récemment penché sur les traits psychopathiques des dirigeants de ce monde. Selon lui, Donald Trump se situerait au-dessus d’Hitler, en termes de potentiel psychopathe. (Le même chercheur s’est aussi intéressé à Jésus qui, vous serez étonnés de l’apprendre, score pas pire haut.) 

Alors, votre boss est-il un psychopathe? Statistiquement, les risques sont minces. Mais il y a plus de chances que votre patron soit un désaxé que votre simple voisin. Sauf si votre voisin est premier ministre, mettons.

OK, et moi ?

À la lecture de cet article, vous vous inquiétez de votre propre état ? Comme le souligne une chercheuse dans The Psychopath Test, rassurez-vous tout de suite : c’est signe que vous n’êtes pas l’un d’eux. Le simple fait de douter de vous prouve que vous avez une conscience.

Vous avez ri tout au long de votre lecture? Alors là, c’est une tout autre paire de manches… On souhaite bonne chance à votre entourage (et vos subalternes).

 

Pour lire un autre article de Rose-Aimée Automne T. Morin : « Père manqué, filles… »