Quand Melissa Maya déménage, deux choses doivent être aussitôt branchées en dépit des montagnes de boîtes : la machine à café et la table tournante. L’animatrice et auteure — qui vient de scénariser un documentaire sur le disque vinyle et qui a un studio d’enregistrement à la maison — a eu envie de rencontrer d’autres freaks dans leur habitat naturel.

Illustration : Marianne Tremblay

Cette semaine : on entre dans l’appartement du plus que « flawless » chanteur Pierre Kwenders.

Pierre, tu es arrivé au Québec à l’adolescence. Te souviens-tu de ton premier contact avec la musique québécoise?

C’était avant d’arriver ici, en fait. Céline Dion!

Ah! Je savais tellement que tu allais me répondre ça!!! :-)

Mais que veux-tu, Céline, c’est Céline! Pour que tu m’aimes encore… Le Titanic… On chantait tout ça au Congo.

Et à ton arrivée ici?

J’ai passé quelques mois en Belgique avant d’arriver au Québec. Je me souviens, c’était une période intense pour Isabelle Boulay, avec sa chanson Parle-moi. Et, quand je suis enfin déménagé au Québec, c’était la folie Star Académie! Avec Wilfred! Et… C’était quoi le nom, déjà, de celle qui était super gênée?

Tout le monde a la musique dans le sang.

Stéphanie Lapointe!

Oui! Bref… Mine de rien, Star Académie, qui faisait chanter beaucoup de reprises à ses concurrents, m’a fait découvrir des classiques du répertoire musical québécois.


Gros cliché, je sais, mais je suis curieuse de savoir : que penses-tu l’expression « les Africains ont la musique dans le sang »?

Tout le monde a la musique dans le sang. Oui, là-bas, on est au soleil, on n’a pas d’hiver, on a une autre façon de voir la vie, et ce qui accompagne ça, c’est la musique. Mais je crois fortement que tout le monde l’a en elle, de manières différentes, simplement. Je me considère quand même chanceux d’être né en Afrique pour ça, mais étrangement, finalement, c’est ici que j’ai commencé à en faire! Là-bas, je chantais dans ma douche, c’est tout! (Rires.)

Ta musique est un mélange étonnant — et en même temps très fluide — de sonorités congolaises, d’électro, de R&B, de hip-hop… Est-ce pas mal à l’image de ta discothèque?

Définitivement. Je veux faire de la musique que j’aime écouter. On s’entend, là! Je ne dis pas que j’écoute ma musique ! (LOL.) Mais si je l’écoutais, je ne voudrais pas me tanner. J’aime la variété!

Un moment marquant de ton exploration de la musique américaine?

Quand j’avais environ douze ans, mon oncle avait passé du temps en Suisse et il était revenu au Congo avec une collection de disques compacts. J’avais découvert Charles Aznavour grâce à lui, et là, un nouveau monde s’ouvrait à moi : la musique américaine des années 1950, avec Nat King Cole, entre autres. Et Harry Belafonte, avec son côté tropical, m’a fait spontanément tomber amoureux!

Quel rapport entretiens-tu avec le vinyle?

Pour moi, le vinyle, c’est quelque chose d’intemporel, surtout quand il est vieux. En fait, plus il est vieux, plus il est beau. Comme quand tu es réellement en amour avec quelqu’un. Au début, tu la trouves tellement belle. Puis elle vieillit et elle est encore plus belle.

Oh! On ne me l’avait jamais sortie, celle-là! Tu vas faire vibrer des filles avec cette métaphore!

Et le vinyle, en vieillissant, a besoin de la même délicatesse. ;)

Pour Sexus Plexus Nexus, je voulais absolument un scooter!

Pierre, j’ai envie que tu nous fasses découvrir de la musique. Une des plus belles chansons dédiées à la femme selon toi?

Phrase, Papa Wemba. Il l’a écrite pour sa femme, la mère de ses enfants. En gros, il chante : « Si ce n’était pas de toi, mon amour serait comme une phrase remplie de fautes d’orthographe! »

Hahaha! Wow! Et une chanson qui te fait pleurer maintenant?

Elle est d’un de mes amis : Mark Clennon. Don’t Die. La première fois que j’ai pleuré en l’écoutant, je revenais d’une tournée et ma tante combattait le cancer. Je savais qu’elle n’allait pas bien. Je suis allé la visiter à l’hôpital Sacré-Cœur. Je ne sais pas ce qui s’est passé, il y a eu un moment dans la voiture… Je n’ai fait que pleurer, pleurer, pleurer… Jusqu’à mon arrivée.

Je sais qu’elle était importante pour toi…

Oui. Elle m’a beaucoup accompagné pendant mon enfance. Je rentrais chez elle après l’école. Et là, à l’hôpital, elle dormait. Ma mère a alors soufflé « Bébé » (elle est le bébé de la famille, alors on l’appelle comme ça). Elle a bougé pour me serrer la main. Elle s’est rendormie. Elle est partie le lendemain.


Elle avait besoin de ça avant de partir…

C’est ce que j’ose croire aussi.

Merci d’avoir partagé ce moment, Pierre. Allons-y avec une dernière. Je sais que ton plus grand désir, en tant qu’artiste, est de rassembler. La chanson la plus rassembleuse du monde?

We Are The World, Michael Jackson. Le titre dit tout. Tout le monde est là. De gauche à droite. Du plus foncé au moins foncé. Ouaip. We. Are. The. World.

En conclusion l’art et la couleur sortent de partout chez Pierre Kwenders : ses vêtements, ses cheveux, les inspirations qui l’entourent. Quand je lui ai demandé si c’est lui qui trouve la majorité des idées pour ses vidéoclips, il m’a humblement parlé de son gérant, son meilleur ami, avec qui il partage et élabore toutes ses idées, avant d’y plonger avec un réalisateur. Un exemple? « Pour Sexus Plexus Nexus, je voulais absolument un scooter! Quitte à ce qu’il ne bouge pas, pas grave, je voulais au moins pouvoir m’asseoir dessus! » Un lien inconscient avec Purple Rain de Prince? ;)

« Ce vinyle-là, je l’ai trouvé dans une friperie au Royaume-Uni. UN DOLLAR! » 

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