URBANIA et la TOHU s’unissent pour vous faire pénétrer dans l’univers du rêve

Depuis deux semaines, mon niveau de stress est dans le tapis, je suis épuisée et je fais les rêves les plus bizarres au monde. Dans l’un j’accouche d’un bébé adulte, dans l’autre je stresse pour me rendre à un rendez-vous avec une France Castel qui a le physique de Salvador Dali. Mes rêves m’habitent longtemps et ont le pouvoir de teinter mon humeur de la journée. Je suis fâchée pour rien ou heureuse dans le vide, c’est selon. C’est mon inconscient qui m’envoie des messages, paraitrait-il.

Il se trouve que mon cerveau oublie (par exprès) des choses importantes qui peuvent m’aider à m’expliquer moi-même et que toutes ces choses sont susceptibles de se retrouver dans mes rêves sous une forme incompréhensible.

Pour démystifier les fameux rêves, je me suis entretenue avec deux femmes, Cassandra Farran et Camille Brunet-Villeneuve, qui se spécialisent chacune à leur manière dans le domaine du rêve et de la psychanalyse (ou psychodynamique pour les initiés).

Les rêves sont en fait « une porte entre le conscient et l’inconscient ».

La petite histoire du rêve

La fascination de l’humain envers le monde des rêves ne date pas d’hier. Camille Brunet Villeneuve, étudiante à la maîtrise en études littéraires, s’intéresse entre autres à la théorie du rêve et du fantasme, telle qu’élaborée par Freud. Elle me raconte, en utilisant ses mots, ceux de Freud et d’autres penseurs, que les rêves ont longtemps été considérés comme des messages divins. Un peu plus tard dans l’histoire, Aristote aurait été un des premiers à voir un lien entre la psychologie et l’interprétation des rêves. Il leur attribuait alors une valeur symbolique.

Puis, un certain Sigmund Freud a chamboulé l’univers de la psychologie grâce à l’approfondissement, par l’analyse, de certains processus psychiques. En d’autres mots, Freud serait le papa de la psychanalyse. Camille m’explique que pour Freud, « ce qui importe est le récit du rêve. C’est non seulement ce que le patient raconte, mais aussi comment il le raconte ».

La psychanalyse, c’est quoi?

La méthode la plus « fiable » pour interpréter les rêves relèverait donc de la psychanalyse. « La psychanalyse, c’est une thérapie par la parole. C’est vraiment ça. Elle arrive au moment où on a arrêté de voir l’individu comme seulement biologique et que nous avons considéré qu’il y avait tout un espace psychique qui peut affecter la santé physique », me dit Cassandra Farran, doctorante en psychologie à l’UQAM.

« Nous n’avons pas accès à notre inconscient parce qu’il est très angoissant. Durant le sommeil, nos mécanismes de défense sont endormis et il devient alors possible d’accéder à l’inconscient » — Cassandra Farran

Comment interpréter les rêves

Cassandra se spécialise dans l’approche psychodynamique et travaille beaucoup avec les rêves. Elle m’explique que les rêves sont en fait « une porte entre le conscient et l’inconscient ».  

« Nous n’avons pas accès à notre inconscient parce qu’il est très angoissant. Durant le sommeil, nos mécanismes de défense sont endormis et il devient alors possible d’accéder à l’inconscient » — Cassandra Farran

À la question « est-il réellement possible d’interpréter les rêves », elle affirme que oui. L’interprétation d’un rêve appartient au rêveur lui-même et non à un interprète extérieur. Elle émet donc de grandes réserves par rapport aux livres d’interprétations offerts sur internet et sur le marché : « On est dans un mouvement sociétal où on cherche à généraliser les symptômes et les comportements pour trouver un sens. Les livres d’interprétation des rêves ou encore le Dictionnaire de la santé mentale (DSM) enlèvent le caractère unique de l’individu et c’est un couteau à double tranchant parce que ce sont des solutions préfaites qui ne font pas nécessairement de sens pour tout le monde ».

Notre cerveau n’est pas habitué à la non-censure.

Petit truc pratico-pratique

Pour ceux et celles qui voudraient essayer de lire leurs rêves, Camille Brunet-Villeneuve m’a parlé d’une technique utilisée par Freud qui est celle de l’association libre. Il suffit de noter vos rêves sans censure et avec un maximum de détails même si rien n’a de sens. Ensuite, prenez les images et les scènes une à une en notant ce qui vous vient à l’esprit, encore une fois sans censure. L’exercice est beaucoup plus facile à dire qu’à faire puisque notre cerveau n’est pas habitué à la non-censure. On a le réflexe de réfléchir avant de parler alors que pour atteindre la non-censure, il faudrait parler avant de réfléchir. À noter que Freud portait une attention toute particulière aux associations qui paraissaient les plus anodines au premier abord.

Toujours selon Freud, il y a un point du rêve qui restera ininterprétable. Il est donc inutile d’espérer arriver à une conclusion claire puisqu’il restera toujours du mystère! Pour ma part, j’ignore toujours quel est le lien psychique que j’ai établi entre France Castel et Salvador Dali.

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En attendant de tout décoder de vos propres rêves, laisse-vous guider jusqu’à la TOHU pour le spectacle La grenouille avait raison avec James Thierrée, qui vous propulse dans un univers onirique du 28 septembre au 7 octobre.