Après avoir été le chanteur des groupes The Sainte Catherines et Yesterday’s Ring, ainsi qu’avoir cofondé le Pouzza Fest, entre autres, le musicien et désormais collaborateur à URBANIA, Hugo Mudie, sort un nouvel album sans partners, cette fois-ci. Si ce n’est pas le disque de la sagesse (parce qu’Hugo Mudie ne sera jamais sage!), Cordoba est certainement un album où la réflexion du temps qui passe a été faite.

Alors que nous vous offrons l’écoute exclusive de son nouvel album, j’ai pu rencontrer l’impertinent artiste dans Hochelaga, autour d’un café, afin qu’il me parle de ce nouveau virage musical, du fait que la vérité sort de la bouche des enfants et (un peu) de Despacito.

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Après avoir sorti 35 (!) albums et EP avec tes précédents bands depuis 1999, c’est quoi la différence quand on passe d’une création à plusieurs à être seul? J’imagine que c’est moins compliqué!

C’est sûr qu’il y a moins de compromis à faire! Les groupes, c’est souvent une démocratie — ou une fausse démocratie — et faut faire plaisir à tout le monde, jusqu’à parfois aller un peu à l’encontre de ta vision initiale et défaire ton idéal artistique. Quand t’es seul, tu fais ce que tu veux! Je pense que ça m’a permis aussi de ne pas être associé à un style ou à un genre particulier alors qu’avec un band c’est un peu ça quand même. Les Sainte Catherines, c’était un groupe punk et Yesterday’s Ring, un groupe folk… Disons que si ça nous tentait de faire une toune électro, le monde n’aurait comme pas compris.

Oui, dans l’ensemble, ton album est relativement pop, mais il est surtout éclectique! Les styles varient beaucoup selon les titres, y’a des bouts de hip-hop/rap parfois, mais aussi des tounes plus punk rock, d’autres davantage électro…

Oui! En fait, j’ai fait le disque que j’aimerais écouter. Dans le sens où aujourd’hui, la façon d’écouter de la musique c’est beaucoup sur le mode aléatoire. Quand j’écoute de la musique dans mon char il peut y avoir une toune rap, puis après une toune punk et électro, indie, whatever. C’est un peu le même esprit que je voulais avoir avec ce disque. Faque si les deux tounes punk plaisent à plein de monde et qu’ils détestent le reste, ils écouteront juste celles-là, c’est correct! Moi je trouve que l’album fait du sens et on retrouve une cohérence dans les thématiques, certains sons, et aussi dans la façon dont j’ai buildé l’album. Mais tout ça, c’est venu tout seul, c’était pas tant volontaire.

J’ai écrit comme 250 tounes dans ma vie et à un moment donné, mes propres histoires, j’en ai un peu fait le tour.

Comment s’est passée la réalisation de ce disque avec Alex Ortiz, également membre du band We Are Wolves?

Ça s’est très bien passé, je le connaissais pas du tout, Alex, mais je savais déjà qu’il était très ouvert d’esprit et créatif. Au départ, il ne comprenait pas nécessairement ce que je voulais, mais je disais « j’veux juste que tu fasses partie du projet comme si c’était le tien, dans le fond! » Je trouve que l’amitié qu’on a forgée devient même plus importante que la musique. C’était le match parfait, c’est pas mal sûr que je fais mon prochain album avec lui.

Il m’explique qu’il a déjà le goût de sortir un autre album. Ce à quoi je réponds « déjà?! » Il me fait remarquer gentiment qu’avec une moyenne de 35 disques en 18 ans, soit deux par année, s’il en sort « seulement » un par an, c’est bien plus chill. Ouin, en effet.

Malgré quelques chansons plus mélancoliques, je te cite, « je ne serai jamais comme tu veux » (Sirènes), « j’m’excuserai jamais d’être qui je suis vraiment » (Livre d’or), « j’men caliss » (Ferme ta radio)… Tu revendiques, comme à ton habitude, ton côté contestataire, provocateur et anticonformiste. C’est pas encore le disque de la maturité alors!

Ha ha, non! Même si j’aborde des sujets importants. Par exemple, la toune « Je ne suis pas mon corps », où je me suis mis dans la peau d’une fille de vingt ans. Même en tant qu’homme, je suis pogné dans mon corps, et c’est très chiant d’être jugé, mais quand t’es une jeune femme, ça doit être 10 000 fois pire! On a tellement des standards fixes de beauté et si t’es pas comme ça, on te fait naturellement sentir à part.

J’pensais pas écrire une toune concernant l’identité corporelle d’une femme millenial!

J’aime ça le fait que tu parles à la première personne d’un sujet qui a priori ne te concernera jamais personnellement! C’est un album pas si introspectif que ça en fait…

Tu sais, j’ai écrit comme 250 tounes dans ma vie et à un moment donné, mes propres histoires, j’en ai un peu fait le tour, donc j’essaye de me mettre dans la peau de gens qui pourraient être touchés par certains sujets. Y’a tout de même une thématique générale rattachée à ma personne qui est le non compromis, la contestation, et aussi à quel point la vie va vite… Le thème principal de Cordoba, c’est de ne pas vieillir. C’est un peu cliché, mais la personne que t’es en étant enfant, tu devrais rester celle-là… mais en version vieille! Si on se souvenait davantage de qui on était petits, y’aurait beaucoup moins de haine, de méchanceté, de faux buts dans la vie.

Kossé Cordoba au fait? La ville en Espagne? C’est ce que Google m’a indiqué en premier quand j’ai cherché…

Non, c’est la voiture! En tout cas, mon Cordoba, c’est une voiture qui a été faite dans les années 70 et qui était une tentative de voiture de luxe à la Cadillac à l’époque. C’est un peu mon genre d’idéal, pouvoir m’acheter un vieux char qui existe pratiquement plus, mais bon, c’est mal vu d’avoir ça, ça pollue énormément… C’était en fait un peu mon minding et une inspiration visuelle. Se foutre de toutes les conventions. Mais avec la vie que j’ai aujourd’hui, ça n’aurait pas de sens d’avoir un char comme ça… C’est pour ça que j’en veux un!

As-tu une chanson préférée sur l’album?

Y’a énormément de styles différents, mais je pense que celle dont je suis le plus fier c’est « Je ne suis pas mon corps », parce que c’est un amalgame électro-punk et je trouve que c’est l’une des plus originales. Le thème est le fun aussi dans le sens où… j’pensais pas écrire une toune concernant l’identité corporelle d’une femme millenial! Je l’ai pas vu venir! Y’a comme une fierté de défi de création pour celle-ci, plus que les autres.

Apparemment je suis dans le Cool! Magazine pour les ados et je trouve ça très drôle.

J’ai vu que t’avais été en compétition avec la première chanson de ton album sortie au printemps « Livre d’or » contre Despacito, à l’émission 6 à 6 de CKOI. As-tu finalement gagné?!

Haha! Oui! Mais non, j’ai pas gagné! C’était certain! Quand j’étais jeune, j’écoutais ça et lorsque j’ai commencé à être dans les possibilités de votes du 6 à 6, ça m’a fait triper, c’était plus humoristique qu’autre chose là… Une semi-joke! Je viens aussi de recevoir un screenshot et apparemment je suis dans le Cool! Magazine pour les ados et je trouve ça très drôle.

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Dans « Livre d’or » il scande être « pogné ici à être une vedette pas connue ». Comme quoi, c’est pas tant vrai que ça.

Même si on est franchement déçus qu’Hugo n’ait pas gagné contre Despacito, on lui souhaite de pouvoir s’acheter une auto Cordoba grâce à Cordoba. Ou au moins un gros poster de Cordoba, mettons. Ne manquez pas le lancement de l’album à la galerie Station 16! En attendant, on vous laisse découvrir les hétéroclites sonorités de son nouvel album. Bonne écoute!

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Et pour finir, quelques critiques de l’album par les amis d’Hugo Mudie :

« Hugo Mudie est TRÈS BON, au hockey. J’ai déjà entendu la Toune “Livre D’or” à la radio, mais tard le soir, quand les radios remplissent leurs quotas de toune francophones. Au moins sa merch est cool. »

– Phil Roy, Humoriste et gestionnaire de la ligue de hockey de garage.

« Je suis de Repentigny tout comme Hugo et quand j’étais ado c’était le dude le plus cool du coin avec son band The Sainte Catherines pis son jacket des Flyers… Il ne pourra JAMAIS accoter ça avec son nouveau son indie pop à marde »

– Jo Roberge, Humoriste, célébrité ayant stagné à Contrat de Gars

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