Quand Melissa Maya déménage, deux choses doivent être aussitôt branchées en dépit des montagnes de boîtes : la machine à café et la table tournante. L’animatrice et auteure — qui vient de scénariser un documentaire sur le disque vinyle et qui a un studio d’enregistrement à la maison — a eu envie de rencontrer d’autres freaks dans leur habitat naturel.

Illustration : Marianne Tremblay

Cette semaine, on entre chez Karl Hardy, rédacteur pour EnVedette.ca que vous avez aussi pu voir à l’émission ALT de Vrak, en compagnie de la rédactrice en chef du magazine URBANIA Rose-Aimée Automne T. Morin

Karl, si je ne me trompe pas, tu as grandi surtout avec ta mère (et ton frère), n’est-ce pas? C’est elle qui t’a transmis l’amour de la musique?

Elle aimait la musique, c’est sûr, et je me souviens qu’elle aimait beaucoup Madonna. Par contre, quand mes parents se sont divorcés, on était des préados et elle était effectivement seule avec nous, elle travaillait fort comme serveuse dans un resto… Disons qu’elle avait autre chose à gérer que d’écouter Madonna! (LOL.)

« Elle avait autre chose à gérer que d’écouter Madonna » : astique de bonne quote! Respect à ta maman, d’ailleurs. C’est vrai que certaines passions prennent parfois un peu le bord, du moins un certain temps, quand on devient parent…

Mais j’y pense : tu te souviens des petits timbres Columbia, qui permettaient de choisir des disques qu’on recevait ensuite à la maison?

Bin oui je m’en souviens! C’est comme ça que le Greatest Hits de Bob Dylan est arrivé chez nous!

Ma mère partageait le « forfait » avec nous, en nous permettant de choisir des disques. Je me souviens : je m’installais pour découper puis coller les petits timbres… J’adorais faire ça. Ce serait carrément mon plus beau souvenir d’enfance lié à la musique.

Tu te souviens des petits timbres Columbia, qui permettaient de choisir des disques qu’on recevait ensuite à la maison?

C’est vrai que c’était l’fun!

Au prix que ça coûtait, j’espère qu’il y avait quelque chose de l’fun! (Rires.)

(NDLR: C’est vrai qu’on s’est tous fait fourrer avec cette affaire-là, c’était impossible de se désabonner!)

Karl, ton autobiographie Ma folle histoire — qui avait suscité beaucoup de réactions par son caractère intense — avait tout de même, je me souviens, lancé un important appel à l’aide pour les jeunes homosexuels. Dis-moi, ado, y a-t-il des chansons qui t’ont aidé à passer à travers les moments difficiles?

Quand mon père est parti, je me souviens, un soir, j’étais seul avec ma mère dans le salon. Beautiful de Christina Aguilera a commencé à jouer à Musique Plus. Dans le clip, il y a des transgenres, des travestis, même deux gars qui s’embrassent… Elle a été pas mal cool de faire ça il y a 15 ans quand on y pense! Bref, ma mère m’avait alors regardé et dit : « Karl, si tu aimes les garçons, tu sais que c’est correct, han? »


Wow. Donc Christina est vraiment symbolique pour toi! 

Oui. Et tu vois cet album que j’ai maintenant en vinyle? Je l’ai d’abord eu en CD, à 13 ou 14 ans. Ma mère, pour les cadeaux de Noël, elle était vraiment organisée. Tout était emballé à l’avance, déposé sous le sapin au début du mois de décembre… Quand elle n’était pas là, j’allais discrètement prendre l’album emballé sous le sapin, je partais l’écouter dans ma chambre, puis je le remballais. Tous les soirs jusqu’à Noël…

Easy Ride de Madonna. Je ne peux plus l’écouter, le souvenir qu’elle évoque est trop fort.

Mais c’est tellement une image cinématographique! Je trouve ça émouvant, alors sautons tout de suite dans le emo : y a-t-il une chanson qui te fait brailler dans la vie?

Easy Ride de Madonna. En fait, je ne peux plus l’écouter, le souvenir qu’elle évoque est trop fort. Un soir, avant la séparation de mes parents, les deux se chicanaient, alors je suis sorti dehors. C’était l’hiver, il faisait froid, et j’ai juste mis ça sur repeat dans mon Discman pendant des heures. En gros, la chanson explique que la vie n’est pas une « easy ride », mais il y a aussi de la lumière. C’est comme si elle avait été là pour moi (Madonna), à ce moment précis, pendant lequel nos parents ne pouvaient pas se préoccuper de comment nous aussi, on se sentait…

Et dans un registre moins emo : Karl, es-tu un gars de party, ou pas pantoute?

Pantoute! (Hahahaha!)

As-tu quand même une chanson de party? Pour faire la vaisselle dans une atmosphère festive, mettons? ;)

J’écoute pas mal de rap. Je tripe sur Kanye West. Il est enragé, j’aime ça. Pas pour faire la vaisselle, mais c’est ce qui me permettait de me défouler quand j’allais au gym, par exemple!

Je tripe sur Kanye West. Il est enragé, j’aime ça.

Mais tes premières et grandes amours demeurent la pop, n’est-ce pas?

Tu sais, beaucoup de gens rient de moi parce que j’aime la pop. Ça me fait chier. Il y a beaucoup d’émotions, dans la pop. Parfois les gens ne veulent pas aller voir au fond. Et moi j’aime les personnes qui s’assument complètement. Madonna, par exemple, elle est perçue comme une vieille botoxée, attriquée. Moi, je la trouve badass. J’espère qu’elle va se montrer le cul sur les tapis rouges jusqu’à ce qu’elle soit dans sa tombe. Quand j’ai fait mon coming out, en secondaire 4, elle était encore en forme à 50 ans et, surtout, elle prônait la différence dans ses vidéoclips. Je viens d’un petit village, han. Donc j’ai eu mon permis de conduire tôt. Et quand j’arrivais à l’école, j’étais fier de faire jouer ça fort dans mon char, je baissais même les vitres pour qu’on entende! (Sourire.)

En guise de conclusion, je peux dire que Karl Hardy m’a donné envie d’aller chercher mes cassettes chez ma mère. (Eille! Pas juste pour les cassettes, là. Pour voir ma mère aussi…)


Pour poursuivre la lecture : « Coin musique : on entre chez le politicien Alexandre Boulerice »