En tant que sommelière, j’estime que ma job est d’être un checkpoint entre le consommateur et le vigneron. D’amasser un océan de connaissances sur le monde du vin, et de les vulgariser décemment à table, sans tomber dans le simplisme ou le snobisme.

Mais nous sommes tous coupables. Coupables d’arriver à votre table parfois et d’avoir la diarrhée verbale. De balancer des mots compliqués en un tir sans fin, sans se rendre compte que vous avez décroché. C’est un exercice délicat que d’expliquer de façon concise un produit aussi complexe que le vin. De mettre des mots sur des goûts, dans un langage accessible et adapté au niveau de tous. Voici une tentative de rapprochement de nos deux solitudes.

Cépage : J’en entends une gang dire « DUH », mais je confronte trop l’incrédulité des clients du restaurant où je travaille au quotidien pour skipper ce mot de base.

Le cépage, c’est la variété de raisin avec laquelle est fait un vin. Lorsque plusieurs cépages se retrouvent dans la même bouteille, on dit alors que c’est un assemblage.

Sec : Se dit d’un vin qui a fermenté tout son sucre, ou presque (comme dans l’équation simple : sucre + levures = alcool + CO2). Sous la barre des 4 grammes de sucres résiduels, un vin est considéré sec. *Attention : sec et corsé ne sont pas des synonymes.

La structure d’un vin, c’est comme les types de corps humain.

Fruité : En poursuivant dans mon envolée de définition de pastille de goût (voici un mot qui a le dos large en simonac).

Bien que parler de vin, c’est aussi parler de jus de « fruit », ce mot est un véritable casse-tête pour tous les sommeliers de ce monde. Mettons une chose au clair, le mot fruité n’est PAS un synonyme de sucré. C’est la catégorie de parfum qui renvoie aux arômes de fruit dans le vin : les fruits rouges, les agrumes, les fruits exotiques, les fruits à noyaux et autre cocktail Del Monte.

Structure : La structure d’un vin, c’est comme les types de corps humain. Y’en a des maigres, des fins, des anguleux, des charpentés, des étoffés, des massifs. Y’a des dad bods aussi, des vins qui sont athlétiques, mais légèrement corpulents. La structure décrit l’ensemble des composantes d’un vin sur le palais, incluant l’acidité, le taux d’alcool et les précieux tannins, qui agissent comme ossature. C’est le qualificatif utilisé pour décrire le corps du vin et le statut « it’s complicated » de la relation de tous ces éléments ensemble qui décuplent la complexité d’un vin. La structure d’un vin, c’est ce qui fait tenir la maison debout, sa charpente. Une métaphore parallèle serait de penser aux différents types de lait. Boire du lait écrémé, du lait 3.25% ou caler un litre de crème 35 %, ça n’a pas le même feeling. Ça n’a pas la même structure.

Tannins : Les tannins sont nos amis. Les tannins sont des polyphénols, présents dans la ligature du raisin (peau, pépins, et branches), et apportent la colonne vertébrale aux vins rouges (principalement). C’est eux qui sont responsables de la texture et de la sensation asséchante lorsque vous buvez du vin. Le genre de vin qui t’empêche de parler après que tu aies avalé, car ta lèvre supérieure est collée sur ta gencive? Ça, c’est un vin très tannique. Les tannins sont souvent décrits de façon poétique par les sommeliers : soyeux, rêches, crayeux, verts, enveloppants, etc.

Les mille faces de l’acidité : Il existe autant de mots pour décrire l’acidité que de niaiseries qui peuvent sortir de la bouche de Donald Trump. Vive, mordante, tranchante, lumineuse, l’acidité, cette amie loyale, hang out pas mal souvent avec la fraîcheur. Elles sont souvent associées et donnent la tangente rafraîchissante et désaltérante aux vins que vous buvez. Comment la reconnaître? C’est elle qui vous fait saliver. Portez attention à ce qui se passe dans votre bouche, en général.

Comment expliquer à une table de Milléniaux qu’il se peut qu’en buvant ce vin, vous ayez l’impression de lécher des roches mouillées?

Minéralité : Ah ce mot! Si difficile d’emploi, utilisé à toutes les sauces, c’est la valise de 45 kg qu’on apporte au bout du monde, dans laquelle on met tout et n’importe quoi, par peur de manquer de linge en voyage. Le mot-valise de la sommellerie par excellence. Souvent confondue avec l’acidité ou salinité, on s’enfonce dans des discussions brûlantes à son sujet; certains nient son existence, d’autres la déclament passionnément comme une propriété inhérente de certains vins. Elle se manifeste par un ensemble d’arômes et de sensations gustatives légèrement énigmatiques, mais bien sonnées et qui n’appartiennent à aucune autre catégorie. Comment expliquer à une table de Milléniaux qu’il se peut qu’en buvant ce vin, vous ayez l’impression de lécher des roches mouillées? Ou de sentir de la mine de crayon? De la pierre à fusil? (J’écris ce paragraphe et je sue abondamment, je suis terrifiée de jeter la pierre d’opinion qui fera des remous dans le grand Lac de la Minéralité.)

Chaud(e) raide : Se dit d’un individu qui a trop bu de boisson alcoolisée.

Hangover: Libre d’interprétation et soumis à la subjectivité, il se traduit souvent par une déshydratation intense, une forte envie de cheeseburger, et une poignée de regrets. Conséquence directe d’être chaud raide.

Pour lire un autre article d’Emily CampeauUne ode au rosé; au-delà du simple « breuvage de piscine »

  • Geneviève Mitsouko

    J’ADORE!!!