Le stade olympique fait rarement les manchettes pour des raisons positives. Au début du mois, on a eu espoir pour sa réputation lorsqu’il a accueilli des centaines de demandeurs d’asile. Notre balloune s’est toutefois dégonflée quand le stade est réapparu dans le journal parce qu’on y avait accroché des banderoles anti-immigration

Mais au-delà des événements récents, sait-on réellement pourquoi on gratifie automatiquement ce building d’un eyeroll chaque fois qu’il est mentionné? Ne mériterait-il pas un peu plus d’amour?

Pour que vous puissiez en juger par vous-mêmes, voici 3 choses que vous ne saviez pas sur le Stade olympique…

1. Sa tour est awesome

Aux Olympiques de l’architecture, notre stade gagnerait la médaille d’or à un endroit : il comprend la tour inclinée la plus haute du monde. Oui, avec ses 175 mètres, la tour du stade clenche amplement celle de Pise, qui ne fait même pas 60 mètres de haut.

Son nom officiel (« tour de Montréal ») ne dit pas grand-chose aux gens.

C’est drôle parce qu’avant de faire des recherches sur le stade, je n’avais jamais considéré cette partie de la structure comme une tour. C’était plutôt « le bout du stade qui tient le toit », ou une grosse décoration. Les touristes ne se font (heureusement) pas photographier devant la tour en faisant semblant de la redresser grâce à une illusion d’optique, et son nom officiel (« tour de Montréal ») ne dit pas grand-chose aux gens.

Personnellement, je trouve que la tour devient plus impressionnante quand on la considère comme indépendante du stade, par exemple sur des photos où on ne voit pas le reste de celui-ci…

La voici, la voilà, la tour de Montréal! (Comment ça tient?) / Crédit photo : Mark Carter

Cela dit, ne vous en faites pas pour sa vie sociale, elle n’est pas si exclue : elle fait partie de la Fédération des grandes tours du monde, une association dont l’existence même suffit, il me semble, à nous remplir de joie.

On peut avoir une belle vue sur Montréal grâce au funiculaire qui mène au sommet de la tour. Pour une fois que Hochelaga est au premier plan! / Crédit photo : Andrei Tilin

2. C’est un grand projet d’architecture

Comme on est habitués à comparer le stade olympique à un bol de toilette ou à un éléphant blanc, on peut avoir tendance à oublier que le bâtiment est objectivement impressionnant.

Pour commencer, il est vraiment gros : c’est le stade qui peut accueillir le plus de personnes dans tout le Canada. Suffit de passer au-dessus Montréal en avion pour constater qu’il nous saute dans la face (ou, option plus économique, de monter sur le belvédère Camilien-Houde du mont Royal).

Encore plus simple : vous pouvez vous fier à nous et regarder cette photo si vous ne craignez pas trop les fake news. / Crédit photo : Steve Bolland

À l’intérieur, bon, c’est un stade, je trouve ça peu excitant. Mais il est intéressant de noter qu’il n’y a presque aucun escalier en dedans : c’est des rampes partout, pour faciliter les mouvements de foule, un choix qui relevait de l’innovation dans les années 70.

On est habitués à comparer le stade olympique à un bol de toilette ou à un éléphant blanc.

Les « consoles en porte-à-faux » (que j’aurais appelées « grosses arches de béton », si ça vous aide à visualiser de quoi on parle) donnent une allure iconique à l’extérieur, « évoquant des mains gigantesques aux doigts recourbés », selon le site du parc Olympique, et « renforçant l’allure de soucoupe volante », selon moi. Ç’a aussi son effet à l’intérieur : pas pour rien que des scènes de X-Men (entre autres) y ont été tournées.

Si vous avez envie d’être convaincus davantage, ce reportage d’Infoman permet de comprendre tout ce qu’il y a de beau derrière « la seule carte postale de Montréal, la seule fois où nous avons joué d’audace ». Dixit Jean-René.

3. Ok, venons-en aux scandales

Tout le monde s’accorde pour le dire : la construction du stade olympique a été chaotique. À la base, Montréal souhaitait proposer des Jeux olympiques « modestes ». Cependant, l’architecte français Roger Taillibert a élaboré les plans d’un stade extravagant et complexe à construire. Aux problèmes techniques s’est ajoutée la corruption (des ouvriers punchaient pour plusieurs, prenaient de longues pauses dans les tavernes, des livraisons de matériel étaient chargées en double, etc.).

Actuellement, s’il y a plus de 3 cm de neige sur le toit du stade, on n’a le droit de n’y tenir aucune activité.

Pas même un an après le début du chantier, le gouvernement du Québec (avec en tête Robert Bourassa qui faisait de l’insomnie à cause du stade) impose des coordonnateurs de chantier. Ça ne va pas tant mieux : les travailleurs font la grève, et le prix de l’acier connaît une inflation incroyable.

La Régie des installations olympiques (RIO) est donc créée pour prendre les rênes du chantier et prend des mesures drastiques. La construction du stade est clenchée (75 % du travail s’effectue en 7 mois) et il est prêt à ouvrir 8 jours avant les olympiques.

olympiqueMais la tour et le toit amovible ne seront prêts que 10 ans plus tard… / Crédit photo : Archives, Ville de Montréal

Quand on a décidé après les Olympiques de finir la tour et d’installer le toit amovible, je ne sais pas à quel point on se doutait qu’on se remettait dans le trouble une fois de plus. Pendant ses cinq premières années d’existence, le toit a déchiré 17 fois, avant qu’on décide de le laisser fermé en tout temps. Un toit immobile a été installé en 1998, mais il s’est déchiré sous le poids de la neige l’année suivante en plein milieu de l’installation du Salon de l’automobile.

L’architecte Roger Taillibert, aujourd’hui nonagénaire, continue de défendre son stade.

Actuellement, s’il y a plus de 3 cm de neige sur le toit du stade, on n’a le droit de n’y tenir aucune activité (nous rappelons à tous que ce stade se trouve au Québec). Le toit est encore magané, il coûte encore cher, et on se demande encore si on devrait le remplacer.

L’architecte Roger Taillibert, aujourd’hui nonagénaire, continue de défendre son stade (mais pas les ingénieurs québécois qui ont pris la relève de son travail), et soutient que ce qui manque à Montréal, c’est avant tout un club sportif populaire qui puisse le rentabiliser.

C’est vrai que les contribuables ont terminé de payer le stade en 2006, mais les activités du Parc Olympique continuent d’être déficitaires chaque année. C’est normal dans une certaine mesure comme pour bien des services gouvernementaux, mais pour le fun, rappelons-nous ces mots de Jean Drapeau, qui rassurait la population avant les Jeux : « Il est aussi impossible d’envisager un déficit olympique que pour un homme d’avoir un enfant. »

Soit il était vraiment en avance sur les gender issues, soit il rêvait en couleurs.

On parie sur la deuxième option. 

Pour lire un autre article de Camille Dauphinais-Pelletier: «3 choses que vous ne saviez pas sur l’Université de Montréal»