Le 1er septembre prochain, Jason Bajada présentera son dernier opus, Loveshit II (Blondie & the Backstabberz) : un album double consistant, lourd de sens, avec une puissante charge émotive. On l’a rejoint au téléphone, en pleine retraite d’écriture à Los Angeles, pour discuter de déception amoureuse, d’écriture et d’intégrité artistique.

Je voulais que les chansons restent fresh.

Un album double! Vingt chansons! C’était voulu ou est-ce que les chansons se sont imposées d’elles-mêmes?

Il y a le fait qu’il y avait tant de matériel et que c’était vraiment deux chapitres distincts, deux chapitres de ma vie que j’avais beaucoup de difficulté à mêler. J’avais pas envie de faire deux albums en deux ans. Pis même si c’est un album double, avec le numérique c’est plus facile maintenant de juste appuyer sur play sur Spotify, t’as les vingt chansons qui déboulent, pis au moins je sors un seul document divisé en deux. Je voulais aussi que les chansons restent fresh.

Ça m’est arrivé souvent dans les dernières années de tomber amoureux de quelqu’un qui était inaccessible, mais qui gardait la porte grande ouverte.

L’extrait Blondie, est-ce que c’est une présentation du personnage à l’origine de ta peine d’amour, avant de plonger en profondeur dans ta relation avec elle?

Pour le premier chapitre, oui. Blondie, c’est une histoire. Et ce chapitre de l’album est beaucoup plus séducteur, joueur, il est très positif, c’est un peu le côté où on tombe en amour, un amour impossible avec quelqu’un qui était en relation. C’était l’exploration de mes patterns, aussi, parce que ça m’est arrivé souvent dans les dernières années de tomber amoureux de quelqu’un qui était inaccessible, mais qui gardait la porte grande ouverte. Une situation où il y a un tug of war, où il y a quelqu’un qui se confie à toi tous les soirs, qui est pas bien dans sa relation, pis où toi, t’as le beau jeu pis tu peux dire « Well you know, ça fait un an que tu m’en parles, je suis fou de toi, jump in, let’s go to the airport, on décolle, tu peux passer à autre chose ».

Ton écriture est très directe, tu t’exprimes sans maquillage, tu ne cherches pas à enrober tes émotions dans des images glossy ou maniérées. Est-ce que c’est naturel pour toi? Est-ce que c’est ta vision du songwriting?

Ouais, ça a évolué vers ça. Quand j’étais plus jeune, j’écoutais beaucoup de Kurt Cobain et Beck. Je me rappelle de mon adolescence pis j’aimais la folie absurde de coller des mots ensemble, de pas être clair, de laisser ça ouvert à l’interprétation. Après ça tu vieillis, tu découvres d’autres songwriters qui ont l’intelligence de décrire une situation tellement universelle, tellement clichée, que tout le monde a vécue, et qui réussissent à trouver LA phrase assassine, super directe, qui a quand même sa twist et qui n’a jamais été dite. C’est un peu ça la chasse au trésor du songwriting. Je me suis dirigé vers ça. Et je pense que l’angle nouveau dans mon songwriting avec ce disque-là, c’est qu’il y a un peu d’humour. Je suis un grand grand fan des Smiths pis je trouve que Morrissey a un sens de l’humour tellement incroyable. J’y suis allé super drama queen, pour pouvoir en rire un peu parce que la situation est tellement fucking sad.

Je pense que l’angle nouveau dans mon songwriting avec ce disque-là, c’est qu’il y a un peu d’humour.

Qu’est-ce que tu retires de ta collaboration avec le réalisateur et musicien extrêmement populaire Philippe Brault sur cet album?

C’était mon premier choix sur la liste. J’étais très décimé de mes expériences des dernières années. Parce que tout le volet Backstabberz impliquait des gens de mon équipe et de mon band, mon ancien réalisateur. Il y a eu de gros falling out, de grosses trahisons. Ce sont de gros piliers dans ma vie qui se sont effondrés. J’avais besoin d’une coupure et de pouvoir m’éclater dans mes exutoires.

J’ai croisé Phil Brault en tournée l’année dernière, puis à l’Adisq. Je savais pas si c’était possible, parce que je savais qu’il travaille énormément avec le théâtre et Pierre Lapointe et Philémon, etc. Mais il a accepté tout de suite.

Et tout a été tellement rassurant, même quand je lui ai annoncé que c’était un album double. J’étais certain qu’il allait débarquer du projet, mais il m’a juste regardé et il a fait « OK! ». C’est exactement ce que tout le monde dit sur Phil Brault : il est tellement rassurant, il te donne la confiance de travailler dans tes forces, de les faire ressortir.

Et en bout de ligne, ça sonne cheezy, mais c’est l’album qui sonne le plus comme moi. J’ai tout joué et j’ai tout donné sur cet album, et Phil a su comment contenir ça, avec une écoute incroyable. C’est l’être humain le plus doux sur la Terre, ça n’a aucun sens.

Philippe Brault est l’être humain le plus doux sur la Terre, ça n’a aucun sens.

Comment comptes-tu présenter les chansons de cet album lors de tes prochains concerts?

Ce qui était très important pour moi avec cet album, c’était de garder ça quand même assez roots. Ces dernières années, je me suis beaucoup laissé emporter avec des musiciens exceptionnels. On est allé dans le planant, dans des trucs plus pop. Mais avec cet album-là, j’ai gardé les arrangements très purs, simplifiés, straight to the point. Donc je pense que ce sera très fidèle à l’album, au moins pour les shows de band. J’ai gardé le même band qu’avec Volcano. La seule différence c’est que Phil [Brault] fait maintenant partie du band et que j’en suis tellement ravi ! On commence donc au FME le 1er septembre, puis à Montréal le 7 et je suis super excité.

 

 

 

 

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