En amour, vous croyez être tenté par des gens qui vous déstabilisent, vous apportent de la nouveauté ? Eh bien, laissez le professeur David Perrett péter votre bulle. Selon le chercheur de l’école de psychologie et de neuroscience de l’Université de St Andrews (en Écosse), on éprouverait de l’attirance pour les visages qui rappellent notre parent du sexe opposé — allo le malaise ! On lui a demandé de nous expliquer en quoi nos parents influencent le choix de notre kick avant même les présentations officielles…

TEXTE MARIE-MICHÈLE GIGUÈRE / ILLUSTRATION TOMASZ WALENTA
POUR LE SPÉCIAL NOS PARENTS DU MAGAZINE URBANIA

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David Perrett, comment notre famille dicte-t-elle notre attirance pour certains visages ?
Dès la naissance, on apprend à aimer l’apparence des gens qui sont dans notre environnement. Les nourrissons préfèrent regarder des visages humains plutôt que des animaux. Ils passent plus de temps à observer les gens qui sont dans le même groupe ethnique que leur famille. Et ils sont plus attirés par les visages qui ressemblent à celui de la personne qui leur procure le plus de soins. Une fois atteint l’âge adulte, ça continue. C’est ce qu’on a montré par nos études : on est attiré par les traits qu’avaient nos parents quand on était enfant. [NDLR : Mais il y a tout de même des exceptions, qu’on va voir plus loin.]

Est-ce qu’on peut littéralement tomber amoureux de quelqu’un dont le visage rappelle celui d’un parent ?
Il y a de grandes chances, oui ! Plusieurs études se sont penchées sur cette corrélation dans les mariages, et le critère tient la route.

Une femme qui a des frères plus jeunes semble plutôt éprouver de la répugnance pour l’apparence familiale.

Hum. OK… Mais c’est pas un peu inconfortable d’être attiré par quelqu’un qui a les traits de notre père ou de notre mère ?
En fait, c’est tout le contraire : on serait tout à fait confortable avec les visages qui nous sont familiers ! On leur fait même davantage confiance qu’à ceux qui nous sont étrangers. C’est vrai dans nos interactions avec les autres en général, même ceux avec qui on ne veut pas coucher ! Cela dit, deux règles ont émergé des recherches et montrent que ce n’est pas le cas pour tout le monde : la première, c’est qu’une femme qui a des frères plus jeunes semble plutôt éprouver de la répugnance pour l’apparence familiale. C’est peut-être un mécanisme pour prévenir l’inceste. La seconde, c’est que les parents ont une influence positive sur les attirances de leurs enfants seulement s’il y a un lien émotionnel fort entre ceux-ci et le parent du sexe opposé. Un homme qui ne s’entend pas bien avec sa mère n’aimera pas les traits faciaux qui la lui rappellent.

Qu’en est-il pour les gais et les lesbiennes ?
Je n’ai pas connaissance d’études spécifiques auprès des gais et lesbiennes, mais il n’y a pas de raison de penser que leurs préférences et attractions fonctionnent différemment en ce qui a trait à l’influence de la famille.

Chez un chum ou une blonde, est-ce qu’on a tendance à rechercher les traits d’un parent à travers d’autres caractéristiques ?
Une étude sur l’odeur corporelle affirme que les femmes sont attirées par les hommes dont l’odeur témoigne d’une génétique similaire à celle de leur père. Cela dit, ce sujet est controversé parce que la recherche montre aussi que la plupart des femmes qui n’utilisent pas de contraceptif hormonal éprouvent de l’aversion pour les odeurs corporelles qui partagent des caractéristiques avec la leur. Les deux études sont donc contradictoires. Mais le fait que les parents approuvent ou non une relation demeure l’une des influences les plus directes.

En tout cas, voilà de quoi rassurer les lecteurs qui n’auraient pas fait la paix avec leurs tendances bizzaro-œdipiennes. En leur nom, je vous remercie, professeur Perrett.

 

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