«Je suis marionnettiste, et j’avais envie que mes spectacles soient pérennes, alors j’ai commencé à faire des films de marionnettes, et je me suis demandé comment faire pour qu’ils soient vus. Ça c’est mon petit cinéma, il s’appelle le Palace. C’est un cinéma pour un ou deux spectateurs. C’est un cinéma de marionnettes, alors ça s’adresse à des marionnettes. Exceptionnellement, j’ouvre les portes de mon cinéma à des humains, mais ça ne peut pas être la cohue; je ne peux pas avoir 200 personnes en même temps, sinon ça ne marchera pas pour les pauvres marionnettes, elles vont avoir peur. Mon plus grand défi, c’est de me garder des zones de liberté complètes, comme mon petit cinéma, où justement je ne demande rien, je m’autofinance complètement, je ne cherche pas à le vendre, c’est juste du plaisir, sans aucun compromis. Vous aimez ce que je fais, tant mieux, vous n’aimez pas, tant pis. Sinon je suis pris dans des spectacles assez contraignants: quand je présente Ti-Gus au parc Lafontaine, je dois plaire aux 0 à 12 ans plus leurs parents, il faut que les allophones puissent comprendre aussi bien le spectacle que les francophones, il faut qu’un enfant qui arrive au milieu du spectacle ait envie de revenir pour voir le début… J’ai beaucoup de contraintes. Dans mon cinéma je m’en donne zéro: c’est 100% moi, ça me ressemble complètement.»

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«Je travaillais plutôt dans la pub, je vendais des emplacements publicitaires, et je ne comprenais pas comment j’en étais arrivé là. Le seul moyen de casser ça en venant à Montréal c’était de construire ce qui me plaisait. Avec ma blonde, on a toujours essayé de trouver une manière différente de consommer, surtout des choses plus proches de chez nous. On achète d’ailleurs souvent plus un produit pour la personne qui est derrière, parce qu’on adhère à des valeurs. On a donc décidé d’aller à la rencontre des entrepreneurs locaux. Et en commençant notre site web, Stories, je me suis rendu compte que j’adorais apprendre, alors que je n’avais jamais accroché au modèle de l’école, des études. Chaque rencontre, chaque histoire m’enrichit. Et ça nous permet de découvrir la culture montréalaise, de nous intégrer, et de mettre en avant des modes de consommation auxquels on croit.»

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«Je suis Montréalaise, de parents haïtiens, et travailler ici [au Baobab familial] me permet de mieux comprendre ce que mes parents ont vécu en tant qu’immigrants. Je le vois à travers les enfants, qui prennent tout de suite le pli de la culture québécoise, alors que les parents sont encore en deuil de ce qu’ils ont quitté. Il y a beaucoup de défis à relever quand tu arrives, mais tes enfants te poussent à foncer, à ne pas rester dans ton coin. On voit plein de petits exploits ici: des enfants qui commencent à parler français, à socialiser, qui rentrent plus rapidement dans le système éducatif… C’est aussi un répit pour les parents qui cherchent un travail ou qui reprennent les études, et pour moi c’est aussi le moment de retomber en enfance, et de mettre de côté le fardeau de l’adulte. J’aurais pu être une éducatrice qui pointe du doigt, mais j’aime ça danser et sauter avec eux!»

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«Je viens d’Inde, je suis arrivée au Canada en 2004. Avant, je ne parlais ni anglais ni français. Entre 2005 et 2013, j’ai travaillé à l’aéroport, à emballer la nourriture pour les avions, je n’avais pas besoin de parler. Parce que je ne parlais ni anglais ni français, mon mari me prenait tout mon argent. Je travaillais pour 16$ de l’heure, mon mari prenait tout, il ne me donnait même pas un dollar. Mon mari était un gros problème. J’ai appelé ma famille, ma famille a appelé la police au Canada, et la police est venue chez moi et m’ont récupérée avec mes enfants. Un était encore dans mon ventre. Je suis restée six mois dans un centre de femmes, mon bébé est né là-bas. Le centre de femmes m’a aidée à trouver un appartement et je suis venue à Côte-des-Neiges. Je n’ai pas d’amis ici, mon mari ne me laissait pas parler aux gens. Même quand j’appelais ma famille, il mettait le haut-parleur pour écouter la conversation. Maintenant que je viens ici [au Baobab Familial], c’est eux ma famille. Parfois je suis triste, je viens ici, je parle un peu français, un peu anglais, les gens me demandent comment je vais, on discute, et après je suis heureuse. Quand je viens ici, j’ai l’impression d’être forte.»

 

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