Quand on fouille un peu, on se rend compte que le Québec a ses bijoux de villages aux noms bizarroïdes. J’en ai recensé quelques-uns dans des billets précédents : 5 ici, 5 autres ici et 5 de plus ici. En voici une nouvelle série.

Grosses-Roches

Minuscule village d’environ 300 âmes situé non loin de Matane, le nom Grosses-Roches a l’avantage d’être relativement clair. Non, le village ne rend pas hommage à un saint ou un fondateur comme c’est souvent l’habitude. Mais attention, Grosses-Roches était auparavant connue sous le nom de la paroisse des Saint-Sept-Frères des Grosses-Roches. Eh oui, il y a toujours un catholique là-dedans.

C’est tout de même les grosses roches qui bordaient le ruisseau où le village a été construit qui a inspiré les sept frères à trouver ce nom complètement flyé.

J’imagine que c’est arrivé comme dans le sketch des histoires d’autrefois de RBO dans lequel le père s’écrie : « Ergarde fiston, une roche. ».

Certains disent que les roches parlent. Mais en juin, pendant le Festival de musique et de danse traditionnelle de Grosses-Roches, les Rocheloises et les Rechelois dansent.

Photo : MRC de La Matanie

Grand-Mère

C’est probablement la ville la plus connue de la série, mais quand on prend 2 secondes pour y penser, Grand-Mère, c’est quand même un peu étrange comme nom. C’est comme appeler une ville Mononcle Gilles ou Mamieville.

Mais l’origine de la ville maintenant annexée à Shawinigan est assez particulière. Une légende amérindienne racontait que la fille d’un grand chef est tombée amoureuse d’un aventurier de la tribu. Ils se sont donné rendez-vous sur un grand rocher au centre des chutes près du village. L’homme est parti et n’est jamais revenu. La fille est demeurée sur le rocher à l’attendre jusqu’à son vieil âge. On peut voir la silhouette d’une vieille dame à même le rocher. De là, le nom de Grand-Mère, traduction libre des noms algonquins et abénaquis.

Le pire dans tout cela, c’est que l’énorme rocher a dû être déplacé lors de la construction des écluses au début des années 1900. Bon, c’est pas aussi intense que les pyramides, mais il y a des gens qui se sont donné un méchant paquet de trouble quand même…

Le rocher est maintenant en plein cœur de la ville, pis je dois avouer que j’ai bien de la misère à voir une face là-dedans. Peut-être faut-il fumer un peu d’herbe des alentours pour bien voir la vieille dame.

Photo : Tourisme Mauricie

Manche-d’Épée

Bon, bon, ok. Vous vous dites que le premier bonhomme qui est venu s’installer a vu des roches qui avaient une forme d’un manche d’épée. Ou il a regardé les étoiles pis il a vu un manche d’épée. Vous croyez connaître le pattern.

Ben non, le gars a trouvé un vrai de vrai manche d’épée dans un ruisseau. « Heille toi chose, un manche d’épée ! Faut nommer mon village comme ça. ».

Une chance qu’il n’a pas trouvé un squelette de licorne. Ça aurait bien battu Saint-Élie-de-Caxton dans la liste des lieux fantastiques du Québec.

Le village est situé pas trop loin de Cloridorme, une autre municipalité qui a fait la short-list des noms audacieux. Il semble que la beauté de l’endroit aurait inspiré plusieurs peintres, aucun d’entre eux n’était reconnu pour leurs interprétations de manches d’épées.

Photo : Municipalité de Sainte-Madeleine de la Rivière-Madeleine

Saints-Martyrs-Canadiens

On a vu Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, mais aujourd’hui on parle de quelque chose d’encore plus douloureux, les martyrs canadiens. Encore une fois, si on va au-delà du nom, on se dit que c’est assez intense comme appellation.

Les martyrs canadiens sont d’anciens jésuites qui avaient converti plusieurs Hurons au catholicisme et qui ont été utilisés comme cibles de choix lors de la guerre entre cette tribu et les Iroquois. On ne précise pas la nature de leur souffrance et c’est probablement mieux comme ça.

Ce village de 250 habitants est situé dans la région du Centre-du-Québec entre Disraeli et Ham-Nord (deux villes qui méritent pratiquement une place sur notre liste).

Ironiquement, le slogan de la ville est « Municipalité où il fait bon vivre ».

Photo : Municipalité de Saints-Martyrs-Canadiens

Sainte-Barbe

Même si certains croient que la leur est sacrée, Sainte-Barbe n’est pas de la Mecque des hipsters.

Cette municipalité située près de Salaberry-de-Valleyfield rend plutôt hommage à Marie-Barbe de Boullongne, une grande dame qui en a soigné plus d’un à l’Hôtel-Dieu de Québec. Pis que j’en vois un appeler sa fille Marie-Barbe.

Comment on appelle ça un habitant de Sainte-Barbe ? Un Barbu ? Une Barbichette ? On parle plutôt d’un Barberivain et d’une Barberivaine.

Les responsables de la municipalité me confirment qu’il n’y a pas de barbier à Sainte-Barbe alors s’il y en a qui ont le goût de se partir une business

Photo: MRC du Haut-Saint-Laurent

Pour lire un autre texte de Fred Simard: «5 villes du Québec aux noms plus qu’audacieux».