URBANIA vous offrira régulièrement des textes à haute teneur féministe à travers la voix des auteures de la Gazette des femmes. Puisque nous partageons des valeurs similaires à celles de ce magazine, l’union était d’une logique irréprochable.

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TEXTE  MYRIAM DAGUZAN BERNIER     POUR  LA GAZETTE DES FEMMES 

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Il y a peu de temps, je suis tombée sur une conférence TED de la psychologue et chercheuse en psychologie sociale Bella DePaulo. La vidéo 1, intitulée What No One Ever Told You About People Who Are Single (« Ce que l’on ne vous a jamais dit à propos des gens célibataires »), m’a fait un bien fou. Pour une rare fois dans ma vie, j’entendais affirmer qu’il n’y a rien de mal (ni d’anormal!) à être célibataire.

Il est vrai que notre société ne valorise pas les célibataires.

La psychologue dit qu’en somme, tout ce qu’on raconte sur les gens célibataires est complètement faux. On nous fait miroiter que les gens mariés ont quelqu’un, « the one! », tandis que les gens célibataires n’ont personne. J’ajouterais qu’il suffit de penser aux histoires pour enfants qu’on a lues et relues. Les beaux personnages gentils finissent toujours par trouver l’élu.e, tandis que les laid.e.s, méchant.e.s, bêtes et bizarres finissent seul.e.s. La réussite et l’accomplissement personnel passent par le couple. On est seul.e? On a un problème. Pourtant, notre époque est celle où de plus en plus de gens font le choix délibéré de rester célibataires 2…

Il est vrai que notre société ne valorise pas les célibataires. J’ai beau me creuser la tête, je ne trouve ni institution, ni événement, ni contexte qui célèbre le célibat. Les célibataires constituent au contraire une clientèle cible parfaite… à qui vendre l’idée du couple à tout prix (!). Dans certains milieux de travail, les femmes célibataires ne désirant pas d’enfants peuvent être bien vues, mais parce qu’elles représentent moins de trouble. (Même s’il est discriminatoire de poser des questions, par exemple, sur le désir d’enfants, ça arrive encore 3!) En général, les célibataires semblent provenir d’une planète éloignée, peu défrichée, aux antipodes de celle habitée par le sacro-saint couple.

Selon DePaulo, on considère les célibataires comme des gens seuls, tristes, sans vie sociale, éloignés de leur famille, pas impliqués dans la société. Un portrait peu reluisant. Pourtant, après des années d’études sur le célibat, mais aussi sur le couple, elle a réalisé que ce serait l’inverse. Selon ses recherches *, les célibataires ont plus d’ami.e.s, font plus d’efforts pour rester en contact avec leur famille, échangent avec leurs voisins et contribuent, plus encore que les couples, à la vie sociale et collective de leur ville ou de leur quartier. Grande nouvelle : les couples auraient tendance à être plus isolés et ne sont pas nécessairement plus heureux et épanouis une fois mariés. Au contraire. (Notons qu’en 2014 aux États-Unis, on dénombrait 50,2 % de célibataires 4…)

J’en suis

J’ai passé la plus grande partie de ma vie célibataire. Mes ami.e.s enchaînaient les chums/blondes et entretenaient des relations plus ou moins satisfaisantes, et je restais seule en me trouvant anormale. J’avais envie de cette proximité, de cette connivence, mais je me sentais surtout mise à l’écart, inadéquate, incapable de faire comme tout le monde. Et il n’y avait rien de rassurant à être célibataire. Combien de fois j’ai entendu : « Pourtant, t’es pas laide et t’es intelligente, comment ça se fait? » Je l’ai moi-même répété souvent. Avec mes amies de filles, j’ai longtemps cherché ce qui clochait. On m’a tout diagnostiqué et conseillé, d’un ton inquiet et bienveillant : « Tu devrais te maquiller plus! », « Tu n’as pas l’air ouverte, montre-toi plus disponible! », « Va dans les bars! », « Va sur Tinder! »

  1. Youtube 
  2. ABC News
  3. Radio-Canada
  4. theguardian 

 

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