On s’est rendu compte que courir ne suffisait plus à bien du monde. À moins que ce soit dans la forêt avec une hache ou bien au Parc Jean-Drapeau pour colorer notre feed Instagram.

Avant, si on aimait courir, on allait jogger bien gentiment, on allait s’inscrire au gym. Les plus téméraires d’entre nous faisaient des compétitions, et le côté fun de la session sport c’était probablement de choisir sa playlist de motivation. Personnellement, j’ai toujours cru que j’allais enfin me mettre au sport en écoutant «Survivor» des Destiny’s Child.

Ça fait déjà quelques années qu’on voit nos amis poster fièrement des photos de leur Color Run/Color Me Rad sur les réseaux sociaux. Et surprise, même ceux qui ne courent pas en temps normal semblent se prendre au jeu et vouloir à tout prix se pitcher des couleurs dans la face au Parc Jean-Drapeau. C’est fou quand on y pense, quelques fécules de maïs pigmentées réussissent presque à faire de nous des sportifs.

Ce genre de compétition sportive n’en est pas totalement une… en fait!

Outre le fait que le concept venu des États-Unis s’inspire fortement de la Holi, une fête indienne qui célèbre l’équinoxe du printemps (allô l’appropriation culturelle!), ce genre de compétition sportive n’en est pas totalement une… en fait! 5 kilomètres en moyenne (mais ça c’est déjà pas mal, hin, surtout pour les néophytes comme moi), pas de chronomètre sauf à la demande, ni de gros enjeux compétitifs. La course vend surtout son côté fun, collectif, et finalement pas-pire-santé-comme-activité. Comme dirait l’autre, on s’y inscrit davantage pour la bonne ambiance et la photo souvenir que pour préparer son prochain marathon. Pour la plupart en tout cas.

Parce que les couleurs, c’est maa-a-a-a-aaaagique!

Toujours plus de courses thématiques… c’est exponentiel!

Et des courses créées sur le même principe, il y en a pour tous les goûts. L’Electric Run propose un parcours de nuit, ok, mais dans un univers de festival de musique et avec des accessoires phosphorescents. On se croirait presque à Tomorrowland, et je suis pas mal certaine que de nombreux participants ne mettent pas que de l’eau dans leurs gourdes.

Démocratiser l’exercice physique à l’aide de subterfuge saveur licorne sous acide.

Le concept se décline ainsi de suite pour les amateurs de déguisements en tout genre, de bulles, de pizzas, de moustaches, de Disney, du père Noël, de beignes Krispy Kreme (!), de naturisme, de vin (oui au Wicked Wine Run on court et on boit du vin… en même temps?!), etc… Vous l’aurez compris, plus besoin d’aller dans des party à thèmes maintenant qu’on a les courses à thèmes.

Si ces événements-là parviennent à démocratiser l’exercice physique (tout en le plaçant au second plan) à l’aide de subterfuge saveur licorne sous acide, c’est quand même une excellente idée.

Plus le monde court, plus l’argent rentre

Petite précision pas totalement anodine, si certaines courses ont pour objectif de collecter des fonds pour la recherche ou des causes humanitaires, les courses funkées les plus populaires sont quand même très rentables pour leurs organisateurs. D’ailleurs, il faut compter en moyenne 50/60$ pour s’y inscrire. (Et probablement 150$ de plus si on veut investir dans la dernière tenue à la mode que tous les influenceurs fitness portent.)

Et bien évidemment les commandites aussi y voient une belle opportunité de publicité puisque même les marques qui n’ont aucun rapport avec le sport, sponsorisent ce genre d’événements. Vive le marketing sportif! 

Et pourquoi le monde embarque là-dedans???

Beaucoup plus demandantes techniquement, les courses à obstacles semblent aussi être en vogue. Là on vient clairement tester ses survival skills et on court plus que 5 kilomètres en général. Des compétitions comme la Tough Guy, la Mud Hero ou encore la Dead End Race requiert d’être en (très) bonne forme physique! Bon, ça fait quand même une photo swag de nous en train de se la jouer Indiana Jones dans la boue.

Lancer de hache, sciage de bois et autres escalades d’arbres et encombrants.

Librement inspirée du style de vie des bûcherons canadiens-français au 19e siècle, la nouvelle compétition québécoise Northman Race a suscité notre intérêt. Celle-ci mêle multiples épreuves d’obstacles, lancer de hache, sciage de bois et autres escalades d’arbres et encombrants. Même les tenues des participants rappellent la traditionnelle chemise à carreaux.

Ce vêtement nous semble très confortable pour devenir le lumberjack d’un jour.

Est-ce que c’est par nostalgie que certains s’y inscrivent? Parce qu’ils rêvent secrètement de bûcher comme en 1800? J’ai cherché à en savoir un peu plus.

La gagnante de la première édition montréalaise de la Northman Race qui s’est tenue le 22 juillet dernier, Jessica Couture, nous a confié que ça lui rappelait en fait son enfance étant née dans une ferme. «Bucher, scier, transporter des billots c’est pour moi normal.» Clairement pas l’affaire de n’importe quelle citadine.

Est-ce que courir sans distraction ne suffit plus?

Elle admet que le côté divertissant a tout de même beaucoup joué. «Quand tu fais plusieurs courses dans l’année et qu’elles se ressemblent toutes, ça devient assez plate. L’originalité de la course, les départs individuels, le côté compétitif… c’est ce qui m’a attiré le plus.» C’est sûr qu’entre courir tout le temps sur l’asphalte à Montréal et se transformer en super-femme des bois, ouin, ça a l’air bien plus distrayant.

Le gagnant de cette même compétition, Samuel Hébért, m’explique participer à des courses à obstacles depuis presque 5 ans. Il aime tester les nouveaux concepts et les diverses épreuves. «J’ai bien aimé l’originalité, mais dans mon cas je cours beaucoup plus pour la performance et le dépassement de soi que pour la thématique de la course», me dit-il, juste avant de me préciser qu’il part en Ontario faire la Spartan Race. Parmi les plus célèbres et difficiles courses à obstacles avec des épreuves qui rappellent les entrainements à l’armée et fait aussi souffrir ses participants dans la boue. Clairement pas un athlète du dimanche.

Le combo hype+santé ne fera jamais de mal à personne, au contraire!

Même s’ils sont encore nombreux, les «puristes» du sport à trouver leur adrénaline dans le défi physique plutôt que les artifices, la tendance des Color Run et des parcours à thèmes ne désemplit pas. Et je comprends aisément pourquoi.

Faque, est-ce que courir sans distraction ne suffit plus? Ça dépend de si Survivor vous motive autant que moi.

L’aspect ludique qui se retrouve dans tous ces concepts semble en tout cas être devenu le nouveau coach sportif de plusieurs. Mais bon, le combo hype+santé ne fera jamais de mal à personne, au contraire!

À URBANIA on attend toujours LA course à thème qui fera enfin de nous des futurs Usain Bolt. Enfin, on rêve surtout d’une course de 400 mètres, grand maximum, où on nous lancerait du gâteau à la framboise dessus. En attendant on lit Balle Courbe. C’est un peu comme faire du sport, non?

 

Pour lire un autre texte de Claire-Marine Beha: «Iran #NoFilter : quand la jeunesse iranienne témoigne sur Instagram».