Depuis sa naissance (et bien avant), l’actuelle métropole est indissociable de sa montagne (ou «colline», si on veut être rabat-joie précis). Mais au-delà des tam-tams et du lac aux Castors, qu’y a-t-il à savoir au sujet du mont Royal?

Le parc a été aménagé par Frederick Law Olmsted, le paysagiste qui a créé rien de moins que Central Park.

1. Son passé: tuques bleues, ski alpin et grossière indécence

Au milieu du 19e siècle, les hommes d’affaires de Montréal ne se réunissaient pas seulement sur les terrains de golf. Une fois par semaine, à la tombée de la nuit, ils se rencontraient sur la rue Sherbrooke et enfilaient leurs raquettes pour traverser le mont Royal, avec des torches et des tuques bleues.

Le Montreal Snow Shoe Club, le meilleur incitatif pour être un homme d’affaires au 19e siècle.

La montagne a également servi à d’autres activités bucoliques au fil des ans, permettant notamment de faire du ski alpin ou un tour de funiculaire.

Le parc tel qu’on le connaît aujourd’hui a été aménagé par Frederick Law Olmsted, le paysagiste qui a créé rien de moins que Central Park – ce n’est donc pas si absurde si dans le prochain X-Men, les scènes qui se passent à New York seront tournées ici!

C’était les années 50, et les rencontres entre homosexuels qui s’y tenaient étaient mal vues.

Il a été inauguré en grand en 1876, et notons que pendant la cérémonie d’ouverture, le colonel et conseiller A.A. Stevenson a tiré 100 coups de canon (100!) à partir du sommet du mont. Il avait tenu à monter son artillerie afin de fermer le clapet à tous ceux qui prétendaient que le mont était inaccessible (il l’avait d’ailleurs déjà fait en 1862 et 1863, mais jamais deux sans trois!).

Mais il ne faudrait pas croire que tout est rose dans l’histoire du mont Royal: une section dense en feuillage et en gros arbres (près du lieu des tam-tams) s’est longtemps fait appeler «The Jungle», et les «coupes de la moralité» menées sous le maire Jean Drapeau ont significativement épuré la végétation du mont. C’était les années 50, et les rencontres entre homosexuels qui s’y tenaient étaient mal vues par la population. Le secteur était également connu pour son taux de criminalité élevé.

Ces modifications, couplées à une augmentation de l’éclairage et à la construction de la route Camilien-Houde, ont modifié la surface du mont, lui enlevant une grande part de son romantisme. Citons ici le designer du pavillon du Lac aux Castors, Hazen Sise, qui résume le tout:

«Mais hélas! La bataille sans fin entre la moralité publique et le bon aménagement paysager a ici (et presque partout ailleurs sur la montagne) été remportée par la police. Presque chaque arbre ou buisson qui pouvait abriter un couple amoureux ou cacher un gangster a été impitoyablement rasé. L’ensemble du parc présente donc une apparence triste et en lambeaux, et le pavillon du lac aux Castors, qui avait été «designé» pour être vu, contrastant avec une solide masse de feuillage, a été privé de son arrière-plan original et en ressent les conséquences. C’est un problème difficile, mais il ne semble pas affecter la configuration des parcs dans les autres villes. Sommes-nous moins respectueux de la loi? Les feux de la jeunesse brûlent-ils plus fort à Montréal? Peut-être, mais j’en doute.» (Traduction très libre)

Le cofondateur de Montréal Paul Chomedy de Maisonneuve (avec Jeanne-Mance) installe sur la montagne une croix en bois, parce qu’il l’avait promis à la Sainte Vierge

2. La croix a un code de couleurs

En 1643, le cofondateur de Montréal Paul Chomedey de Maisonneuve (avec Jeanne-Mance) installe sur la montagne une croix en bois, parce qu’il l’avait promis à la Sainte Vierge alors qu’il priait pour éviter des inondations catastrophiques.

Plus de 250 ans plus tard, on décide qu’il est temps de donner un peu de prestance à la croix, et une campagne de crowdfunding (vente de timbres commémoratifs de la croix) a permis d’installer une nouvelle croix, celle que l’on connaît aujourd’hui, qui est en métal et fait une trentaine de mètres de haut.

En 1975, la croix a été éclairée de bleu en l’honneur de la Saint-Jean-Baptiste.

Fait intéressant: on changeait, à l’occasion, jadis, la couleur de la croix (et donc ses 240 ampoules) pour souligner des événements. Par exemple, le violet signifie la mort d’un pape ou d’un roi, alors que le jaune symbolise un couronnement. En 1975, la croix a été éclairée de bleu en l’honneur de la Saint-Jean-Baptiste. Et on sort parfois du carcan catholique et royal: elle a déjà été illuminée de rouge pour rappeler l’importance du dépistage du VIH, ou encore complètement fermée pour souligner le Jour de la Terre.

La croix, illuminée en violet lors du décès du pape Jean-Paul II.

Personnellement, je pense qu’on devrait la faire changer de couleur encore plus souvent: dans notre monde ultra précis et connecté, c’est quand même sympathique de se faire passer un message par une grosse structure métallique énigmatique et de spéculer sur ce que ça peut bien vouloir dire.

Et si on préfère la clarté, on peut toujours faire comme Hans Marotte, qui est grimpé dessus en 1998 pour y accrocher sa bannière «loi 101»…

URBANIA n’est pas responsable des poursuites encourues et des fractures résultant d’une chute de la croix.

3. Non, le mont ne peut pas entrer en éruption

Lorsque j’étais enfant, j’ai été marquée par un cours d’histoire sur Pompéi, et j’ai passé mon primaire à penser que n’importe quelle montagne pouvait entrer en éruption à tout moment. Il semble que je ne sois pas la seule à aimer entretenir des rumeurs de volcans sur toute montagne en plein milieu d’une ville: bien des gens croient que le mont Royal est un volcan éteint (dont les rédacteurs du guide Michelin sur Montréal).

On a découvert un minerai jusqu’alors inconnu dans la montagne.

Mais apparemment… pas du tout. La montagne a une forme qui rappelle un volcan, mais en gros, elle est constituée de vieux magma qui ne s’est jamais rendu jusqu’à la surface de la terre et qui s’est solidifié. Après, le sol autour s’est érodé pendant 125 millions d’années (ceci n’est pas une figure de style), et ç’a fait une montagne.

MAIS, si vous voulez de la science cool, tenez bon: on a découvert un minerai jusqu’alors inconnu dans la montagne, qu’on a nommé le montroyalite. Bon, ok, c’est pas particulièrement beau, mais quand même!

Mieux qu’une coulée de magma destructrice sur le Plateau.

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Une autre chose que vous ne saviez pas à propos du mont Royal? Ce samedi (19 août) à 21 h, plus de 400 musiciens, chanteurs populaires et choristes se réuniront au pied de la montagne pour un spectacle populaire à grand déploiement. Pour souligner le 375e de Montréal et le 150e du Canada, les trois grands orchestres de la ville (l’Orchestre Métropolitain, l’Orchestre symphonique de McGill et l’Orchestre symphonique de Montréal) seront réunis pour la première fois sur une même scène. Ne manquez pas ça!

 

 

Pour lire un autre texte de Camille Dauphinais-Pelletier: «3 choses que vous ne saviez pas sur l’Université de Montréal».

  • Nicolas R. Thibodeau

    On dirait que le Mont-Royal n’est apparu que pour l’Homme Blanc… Je me demande bien comment cette colline d’Hochelaga était utilisée par nos Premières Nations avant notre ère festivalière du 375e