Réalisée par Valérie Urrea et Nathalie Masduraud, la websérie Iran #NoFilter, produite par Arte et diffusée depuis le 3 juillet, va à la rencontre de dix photographes qui capturent la situation complexe et la vie quotidienne de leur pays et diffusent ensuite leurs clichés sur Instagram.

La websérie documentaire est fractionnée en dix épisodes de cinq minutes et relève avec justesse les nombreux paradoxes auxquels fait face la jeune génération hyper-connectée d’Iran.

Les deux réalisatrices expliquent s’être intéressées à la situation des jeunes, car plus de la moitié de la population iranienne est âgée de moins de 30 ans. Une génération qui se décrit elle-même dans la websérie comme étant «perdue», tiraillée entre le mode de vie occidental véhiculé sur internet et la réalité en République islamique d’Iran.

Pas vraiment ici dans un univers d’influenceurs à la recherche de likes.

On découvre, tout au long des 50 minutes de la websérie, des jeunes femmes et hommes qui osent, malgré les interdits religieux et la rigidité sociale croissante.

«Ils veulent tout détruire pour faire de nouvelles expériences», illustre le photographe Alireza Goudarzi dans le troisième épisode.

Les jeunes Iraniens sont aussi ceux par qui les informations réussissent à sortir des frontières, notamment grâce à l’usage des téléphones intelligents et des réseaux sociaux.

Nous ne sommes pas vraiment ici dans un univers d’influenceurs à la recherche de likes, mais de photographes qui utilisent Instagram parce que la plateforme fait l’objet de moins de surveillance gouvernementale et leur permet, avant tout, d’être vus.

 

Paradoxes et beaux clichés

Tensions politiques, traditions contraignantes, rigorisme religieux, société patriarcale, peur des forces de l’ordre… Plusieurs problématiques sont abordées dans Iran #NoFilter. Les dix Iraniens témoignent devant la caméra à visage découvert, malgré la polémique parfois rattachée à leurs sujets. En fait, chacun porte un regard presque sociologique sur les aspects de la vie en Iran à l’aide de photographies d’une grande qualité.

Nombreux soulignent les paradoxes de leur quotidien : la jeunesse aisée sort pour oublier la crainte de la guerre, les cafés publics deviennent des lieux où les jeunes se rencontrent et s’amusent, les cérémonies religieuses deviennent des occasions de drague…

La websérie aborde également la situation des femmes en Iran et le poids des moeurs qui pèse sur elles.

Et si tout n’est pas négatif non plus: la plupart des photographes interviewés aspirent à plus d’émancipation. Certains photographes s’accommodent des restrictions propres à leur pays, alors que d’autres confient devoir rester discrets dans leur pratique.

La websérie aborde également la situation des femmes en Iran et le poids des moeurs qui pèse sur elles. Le quatrième épisode aborde la crainte et le mépris envers les femmes célibataires et l’épisode 7 nous raconte une série de photos représentant des pères et leurs filles. L’épisode 9 effleure légèrement les problématiques liées au genre et évoque le tabou persistant autour des personnes transgenres.

Dans Iran #NoFilter, le spectateur est témoin de bribes d’une génération audacieuse et créative qui aspire à prendre sa place, enclavée entre deux paradigmes. À travers l’objectif de ces dix protagonistes dont on peut voir de nombreux exemples de leur travail, c’est dix regards contrastés sur l’Iran que l’on a l’occasion de découvrir.

Une websérie définitivement à découvrir et qui confère à Instagram une toute autre dimension !

 

Pour lire un autre texte de Claire-Marine Beha: «Photographier la famine et la guerre civile au Soudan du Sud».