Cette fin de semaine, c’était Osheaga. Mais ça, vous le saviez déjà.

Comme avec la météo, plus besoin d’ouvrir la fenêtre et de regarder le monde pour savoir ce qui se passe. Suffit d’ouvrir son Facebook, ou bedon Instagram. En quelques secondes, on est au parfum, y’en a pas de problème.

C’était Osheaga, donc, avec les groupes de l’heure, des découvertes et des grands classiques.

Je ne ferais pas comme si j’étais au courant de la programmation, c’est la parcelle d’information sur laquelle les photos de mes médias sociaux ne s’attardent pas. Par contre, j’peux vous confirmer sans hésitation qu’il mouillait sur le site du festival. C’est non négligeable.

Pourtant, à 33 ans, j’ose croire que je ne suis pas encore complètement dépassé par la technologie.

Ceci étant dit, la tenue d’Osheaga m’a confronté à une réalité qui ne me rend pas particulièrement fier: je suis de moins en moins «à jour» dans ma consommation musicale.

Pourtant, à 33 ans, j’ose croire que je ne suis pas encore complètement dépassé par la technologie, les nouvelles tendances et les mouvements émergents. Après tout, j’ai encore le doux souvenir de mes années collégiales et universitaires où le magazine Spin me fournissait tout ce que je devais savoir sur les groupes à suivre absolument, genre Arcade Fire avant le monstre de prétention que c’est devenu.

Mais je m’égare.

Je vous parle de ça parce que j’ai réalisé que depuis quelques années, les découvertes musicales que je fais ne sont plus aussi marquantes qu’avant et elles penchent plus vers l’éphémère. Le tout se matérialise particulièrement quand je consulte mon historique Spotify ou YouTube et que je vois surtout des performances du passé, des années 80 et 90 et du début des années 2000.

La beauté de ces découvertes, c’est qu’elles étaient inclusives.

Ce n’est pas un hasard, ce sont les années qui ont attiré le plus mon attention. Les années formatrices, celles où tout était une découverte, une nouvelle expérience, un moment marquant.

Ainsi, ma première peine d’amour s’est vécue avec l’album Automatic for the People de REM et un peu des premiers albums de Jewel pour avaler cette grande déception. La polyvalente s’est traversée avec un heureux mélange de métal et de grunge, avec un spectre couvrant tout de Nirvana à Slayer en passant par Blind Melon et Marylin Manson. Ensuite, c’était la vague pop-punk-emo qui est venue terrasser mon cégep avant d’être absorbée par le large spectre du folk rock plus paisible à l’université.

La beauté de ces découvertes, c’est qu’elles étaient inclusives. Tom Waits n’est jamais venu faire de l’ombre à Kurt Cobain, tout comme l’agressivité des percussions de Sepultura ne venait pas brouiller le calme paisible de Bright Eyes.

Tout était complémentaire et cette mosaïque a formé qui je suis.

Sauf que depuis quelques années, on dirait que l’addition ne se fait plus.

Cette bonne musique, actuelle, tendance, ne m’a pas marqué au fer rouge comme celle de mon adolescence.

Il y a énormément de découvertes, mais elles ne viennent pas se jumeler au reste quand la saveur du mois est passée. Si bien que, par exemple, les humeurs de Kanye West ne me hantent pas autant que celles de Billy Corgan.

Je n’associe plus les grands moments de ma vie à des découvertes, mais plutôt à des classiques.

Quand je voyais les groupes défiler à Osheaga à distance, j’avais un certain regret de ne pas y être, mais je n’étais pas habité d’un grand manque. Parce que cette bonne musique, actuelle, tendance, ne m’a pas marqué au fer rouge comme celle de mon adolescence.

Et je présume que je ne suis pas le seul dans ce bateau, sinon la nostalgie ne serait pas aussi populaire sur le web qui est pourtant le roi des médiums éphémères.

Je garde aussi en tête qu’un jour ma fille va me lancer un «té pas cool papa» qui me jettera une douche froide.

Forcément, tout ça me confronte à des interrogations. Est-ce que vieillir, c’est aussi avoir moins le temps de s’investir corps et âme dans de nouvelles choses? Si c’est vrai pour la musique, est-ce que je pourrais extrapoler la chose au cinéma ou à d’autres formes d’expressions artistiques? Est-ce que je suis comme un yogourt sur le bord d’expirer en fonction de sa date de péremption?

Pour l’instant, je le prends avec un sourire parce que j’en fais des découvertes et je peux vous conseiller plein de choses. Mais, d’un autre côté, je me demande si ce n’est pas le début d’un certain encrassement qui fera de moi, plus tôt que tard, un vieux dépassé.

Je garde aussi en tête qu’un jour ma fille, avec toute la fougue de son adolescence à venir, n’écoutera plus mes recommandations et fera elle-même son parcours musical. C’est immanquable qu’un matin, avant de partir à l’école, elle va me lancer un «té pas cool papa» qui me jettera une douche froide.

J’aimerais ça croire que ce jour ne viendra jamais, mais tout pointe vers le contraire.

Le gros de mon univers musical est déjà pas mal daté et ses protagonistes tombent un à un. Les chances que ça se renouvelle sont de plus en plus minces.

Je vous laisse donc sur cette question: est-ce que, passé un certain âge, les découvertes sont de moins en moins marquantes?

 

 

Pour lire un autre texte de Stéphane Morneau: «Pourquoi c’est tabou de ne pas vouloir un autre enfant?»