Quand Melissa Maya déménage, deux choses doivent être aussitôt branchées en dépit des montagnes de boîtes: la machine à café et la table tournante. L’animatrice et auteure — qui vient de scénariser un documentaire sur le disque vinyle et qui a un studio d’enregistrement à la maison — a eu envie de rencontrer d’autres freaks dans leur habitat naturel.

Illustration : Marianne Tremblay

Cette semaine, on entre chez l’auteur-compositeur-interprète Antoine Corriveau.

Antoine, c’est con, mais j’ai envie de t’imaginer à l’adolescence et je n’y arrive pas. Cheveux longs skater? Cheveux longs métalleux? Hippie? Ou l’opposé total: clean cut qui jouait au basket?

Ha, ha, ha! Aucune de ces catégories, aucun style. J’étais le gars qui faisait de la BD… Je suis même allée au cégep en arts plastiques, mais seulement trois semaines, parce que j’ai réalisé que c’est vraiment juste la bande dessinée qui m’intéressait.

Et la musique?

J’en faisais un peu en secondaire 5 avec un ami, chez mon père, mais c’était tellement basique, on ne pouvait même pas «multitracker»! Quand il a déménagé, il a fallu que je me débrouille tu-seul… C’est à ce moment que ça a véritablement commencé.

Elle est belle, ta bibliothèque! Tu collectionnes des vinyles depuis ce temps-là?

Non, depuis quatre ans seulement. Mais c’est devenu une maladie. :)

Tu achètes surtout des vinyles usagés, ou du neuf?

Pas mal de disques à une piasse, oui, pour les vieux bands que j’ai envie de découvrir. Mais je veux aussi me gâter avec de nouveaux albums, même si ce n’est pas toujours donné. Je trouve que c’est une belle place où pitcher mon cash!

Si l’auteur-compositeur Antoine Corriveau aime avoir du monde autour de sa table tournante, c’est sûr que, comme tout le monde, il y a aussi vécu ses moments «emo» en solitaire.

Pour te définir sur Instagram, tu as simplement écrit «rocker au cœur tendre». (NDLR: Le gars est sur la liste du Prix de musique Polaris cette année, aux côtés de Leonard Cohen…) Alors j’ai envie de te demander: quel est le vinyle le plus ROCK de ta collection?

«To Bring You My Love» de PJ Harvey rentre vraiment dedans, pis en plus c’est une femme! Yeah!

Et le plus «tendre», celui qui évoque la tendresse?

«A Man Needs A Woman», James Carr. On y sent beaucoup de vulnérabilité et c’est super cool, mais ça ne cherche pas à l’être, tu comprends? Le gars n’a pas peur de se lancer dans les grosses émotions!

Je te rencontre une journée de canicule. Toi, quand il fait chaud de même dans ton appart, est-ce que ça te tape sur les nerfs, la musique?

Pour moi, il n’y a jamais un mauvais moment pour la musique.

Alors, ton album de canicule?

«Young Americans» de David Bowie. C’est sorti en 1975, mais, t’écouteras ça, on dirait un disque sorti à la fin des années 1970, ou même au début des années 1980. C’est très dansant. Et sur la chanson «Fame», c’est tellement absurde, on peut entendre John Lennon faire… des back vocals!  8-O

Ha, ha, ha! Et dis-moi, quel a été le premier vinyle que tu as acheté?

Celui que j’ai acheté en me trouvant con, tu veux dire? L’album éponyme de The Velvet Underground. J’aimais la chanson «What Goes On», que j’avais découverte en char et je trouvais la pochette tellement belle… MAIS JE N’AVAIS MÊME PAS DE TABLE TOURNANTE.

Pour vrai, je suis sûre que beaucoup de personnes ont déjà acheté des vinyles sans avoir de table tournante. Comme un geste annonciateur d’une future passion… L’objet est beau… Ce n’est pas con!

OK alors. :)

Antoine, l’écoute d’un vinyle, pour toi, est-ce quelque chose d’intimiste, une activité que tu préfères faire en solo?

Pantoute. D’ailleurs, pour mon party de fête, j’invite toujours mes amis ici, et on se fait une soirée vinyles. On se relaie, tout le monde fait des choix. Quand je me lève le lendemain, j’adore regarder la pile qui traîne. La bande sonore improvisée d’une soirée passée avec des personnes que j’aime…

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Si l’auteur-compositeur Antoine Corriveau aime avoir du monde autour de sa table tournante, c’est sûr que, comme tout le monde, il y a aussi vécu ses moments «emo» en solitaire. Alors je lui ai demandé s’il avait déjà braillé en écoutant un vinyle. Il a fini par dire oui, j’avais hâte qu’il le dise. «L’album «Another Side of Bob Dylan», qu’on pourrait qualifier d’album underdog. Les chansons «To Ramona», «My Back Pages», «Ballad In Plain D»… Y’a de quoi de vraiment touchant.»

 

Pour lire un autre texte de Melissa Maya Falkenberg: «Coin musique : Dans l’appartement de l’auteur-compositeur folk Matt Holubowski».