Chère Julie,
C’tu normal si j’ai plus envie de spooner avec une femme nue que de la pénétrer?

P-O

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Je sais que je commence mes réponses en scandant continuellement à quel point je trouve que vos questions sont d’une pertinence incontestable. Je le sais que ça donne peut-être l’impression que je suis sur le pilote automatique de la pop star qui crie en boucle «VOUS ÊTES LE MEILLEUR PUBLIC QUE J’AI VU!!!», mais je suis ravie.

Alors encore une fois, le sincère remerciement!

Je te le dis tout de suite, la réponse courte à cette question, c’est oui.
C’est très normal, monsieur P-O, que la pénétration ne soit pas au top de tes activités lascives de prédilection.

L’envie de pénétrer, c’est une préférence sexuelle.

«Vraiment? Même pour l’être doté d’un pénis?»
Oui.
Même pour l’être doté d’un pénis.
C’est vrai qu’on l’aborde rarement, mais pensons-y deux secondes. L’envie de pénétrer, c’est une préférence sexuelle qui peut s’actualiser indépendamment de l’organe biologique dont on est greyé. Prenons l’exemple de personnes qui ont une vulve et qui oui, souhaitent pénétrer leur partenaire.
Ça se vit de même, personnellement, comme un intérêt.
Ce n’est pas une obligation.

D’entrée de jeu, il me parait donc plutôt incontournable de parler de la notion qui peut nous mettre de la pression sur nos épaules d’êtres sexuellement actifs: la relation sexuelle dite «complète». T’sais, celle qui impliquerait inévitablement la pénétration? T’sais, celle qui fait que tant qu’on n’a pas inséré l’objet phallique dans un orifice génital/anal on est considéré comme puceau ou vierge?
That one.

Eh qu’elle peut prendre de la place, la pénétration. À quel point peut-on être satisfait si on la délaisse? Et à quel point, dans un contexte relationnel, notre partenaire ne se posera pas 1000 questions si on lui communique le fait qu’on positionne l’étreinte au top de ce qu’on aime le plus faire au lit?

Ce n’est pas «contre-performant» de ne pas prioriser la pénétration.

Est-ce que ce désir profond de spooner peut se présenter comme une préférence viable à long terme ou ça doit être perçu comme une problématique à résoudre, parce qu’une vie sexuelle sans trop de pénétration = «Ben voyons, que c’est ça dont?!».

À ce niveau-là, on peut vivre bien de la pression.

De la part de soi – parce que voyons dont… puis-je vraiment offrir quelque chose de «suffisant» si je n’aime pas tant coïter?
De la part de partenaires réels – parce qu’on s’est peut-être fait reprocher certaines choses et qu’on a fait «humph…», ce qui nous a écorché la confiance.
De la part de partenaires potentiels – parce qu’on ne veut pas que ce soit mal interprété si on refuse le coït et qu’on ne sait pas trop quand/comment communiquer nos envies.
De la part de la société – parce que voyons… toute personne devrait un tant soit peu enjoyer cette pratique! C’est bien connu!

Mais non.
La réalité est plus nuancée, plus diversifiée. Ce n’est pas «contre-performant» de ne pas prioriser la pénétration. Je suis consciente que ça peut sonner comme un bien beau raisonnement rationnel et que dans le concret ça peut être une autre affaire. Ça peut activer la p’tite angoisse ou la remise en question de ne pas fitter dans un standard comportemental qu’on s’est créé.

L’acte de spooner implique qu’on se dépose de façon plus prolongée et l’expérience est plutôt bonifiée quand elle est accompagnée d’une confiance mutuelle.

D’ailleurs, niveau «comportemental», j’ai remarqué avec mon petit flair de femme qui flaire que la formulation de la question sonne plutôt mécanique: «spooner» vs «pénétrer» + «une femme nue». Je lance ça comme ça, mais au-delà des actes comme tels, se pourrait-il qu’il y ait un besoin affectif qui fasse «HELLO! J’SUIS LÀ!!!».

C’est qu’au-delà des corps nus qui se collent, il y a deux individus avec des besoins qui sont en relation, que ça s’inscrive ou non dans la romance. L’acte de spooner implique qu’on se dépose de façon plus prolongée et l’expérience est plutôt bonifiée quand elle est accompagnée d’une confiance mutuelle atteignant le «muy bien» sur l’échelle de la qualité relationnelle. C’est quand on s’enlace dans ce contexte-là que c’est souvent plus confortable et que ça devient plus réconfortant de se faire la tendresse.

Inévitablement, au-delà de l’appellation plus impersonnelle «femme nue», ladite dame est, tout comme toi, certainement investie d’une personnalité, d’un tempérament et d’un vécu qui peuvent influencer l’ensemble de l’œuvre. As-tu tendance à être un spooneur en série? As-tu tendance à investir la femme dedans le corps et es-tu à l’aise qu’elle t’investisse en retour? Es-tu plus du type «petite cuillère aimant être enveloppée par une plus grande cuillère rassurante» ou tu te réalises telle la grande cuillère englobante? Préfères-tu l’alternance, l’important étant de cuddler, point barre? Qu’est-ce qui se passe, au niveau de la gestion «je ressens des affaires en dedans»?

Tu es plus qu’un corps qui veut spooner. T’es aussi un être avec des besoins qui méritent d’être comblés.

Over all, qu’est-ce que t’aimes particulièrement dans le spooning et qu’est-ce qui te passe par la tête quand tu t’endors contre son corps?
As-tu encore des doutes? Si oui, lesquels?

*Fin de l’interrogatoire empathique*

En creusant un peu au sujet du pourquoi-du-comment, j’ai l’impression que tu peux être en mesure de mieux comprendre cette préférence-là et de la trouver belle. Pis l’fun. Et de la communiquer. En ayant comme attente réelle que l’autre/les autres va/vont te feeler. Te considérer.
Je le crois sincèrement.
Parce qu’au bout de la ligne, tu es plus qu’un corps qui veut spooner. T’es aussi un être avec des besoins qui méritent d’être comblés.

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