Elle est délicate, magnifique. Sa douce folie et son absence de retenue la rendent magique, limite excentrique. Elle flanche pour un homme déprimé / perdu / en crise existentielle. Elle lui fait redécouvrir le bonheur, offre un sens nouveau à sa vie. La mission de la jeune femme – son unique mission – est accomplie. Rideau.

Bye bye, manic pixie dream girl! On ne saura rien de ton passé, de tes ambitions, de ta richesse. Tu n’étais là que pour sauver le personnage principal. (C’est déjà beaucoup, non?)

Un nouveau nom sur le sexisme hollywoodien.

La naissance de la manic pixie dream girl

Le concept de la manic pixie dream girl, ce personnage secondaire unidimensionnel, esclave du bien-être d’un dude tout croche (pensez Natalie Portman dans Garden State) a beaucoup fait jaser, dans les dernières années. Son créateur, le critique Nathan Rabin, l’a d’abord utilisé en 2007 pour décrire le personnage fou-fou incarné par Kirsten Dunst dans le film Elizabethtown. Puis ce fut, pour le reste du monde, une révélation! On mettait un nouveau nom sur le sexisme hollywoodien. On pouvait nommer le manque de background et la superficialité des personnages féminins pognés dans une quête toute masculine du bonheur.

La première « manic pixie girl » officiellement identifiée, au côté du héros qu’elle va sauver avec sa fougue.

Rapidement, tout personnage féminin dévoué au bonheur de son mésadapté d’kick risquait l’appellation «manic pixie dream girl». La mode était au jugement. À un tel point qu’en 2013, la journaliste Kat Stoeffel a souligné que le terme était lui-même devenu sexiste. On l’appliquait à des personnages féminins pour les décrire péjorativement, les réduire à du vide. L’expression avait même fait son chemin de la fiction à la réalité. Soudainement, à cause de son personnage de Summer dans 500 days of Summer, l’actrice Zooey Deschanel se méritait le titre de manic pixie dream girl, de femme insipide qui fait simplement rêver par son côté lunatique (et son ukulélé). On lui reprochait son apparente légèreté. Mais comme l’a écrit Kat Stoeffel: comment l’important trait de caractère d’une véritable personne peut-il refléter un manque de vie intérieure? On dérapait.

Summer est parfaite, mais la perfection n’a pas de profondeur. Summer n’est pas une femme, c’est une phase.

Et à la base, pouvait-on même dire du personnage de Summer qu’il était unidimensionnel, uniquement voué à sauver Tom, un héros un peu down? Lorsque questionné à ce sujet par The Guardian, le réalisateur de 500 days of Summer, Marc Webb, s’en est défendu: «Oui, Summer a certaines caractéristiques de la manic pixie dream girl, mais c’est une vision immature de la femme. Elle est la vision que Tom se fait d’une femme. Il ne voit pas sa complexité et la conséquence de ce manque d’intérêt, c’est une peine d’amour. Aux yeux de Tom, Summer est parfaite, mais la perfection n’a pas de profondeur. Summer n’est pas une femme, c’est une phase.»

Héros analysant une phase.

La mort de la manic pixie dream girl

Devant la rapidité avec laquelle on apposait cette étiquette réductrice à des personnages et des femmes réelles, le créateur de l’expression manic pixie dream girl a lui-même appelé à la mort du terme, en 2014. Et d’une façon tout à fait brillante: «L’archétype de la femme à l’esprit libre qui embrasse la vie et qui remonte le moral d’un homme triste existe culturellement depuis des lunes. Mais en donnant un nom et une définition approximative à cette idée, on lui donne apparemment aussi du pouvoir. Je suis désolé d’avoir créé ce monstre […] Essayons tous d’écrire de meilleurs personnages féminins, plus nuancés et multidimensionnels: des femmes avec une vie intérieure riche, des émotions complexes et une autonomie totale, qui pourraient jouer du ukulélé ou danser sous la pluie, et ce, même s’il n’y avait pas d’homme pour s’extasier devant leur liberté d’esprit. Et d’ici là, laissons de côté la manic pixie dream girl

Des femmes de mon entourage voient leur lumière se faire aspirer par des partenaires sombres, en quête d’une bouée.

Logique. Honnête. Valable. Alors pourquoi voudrais-je la ressortir, en ce juillet 2017?

Parce que nommée ou non, la sauveuse bubbly est un archétype qui se retrouve aussi dans les relations interpersonnelles. Parce qu’une femme ne devrait pas se faire dire qu’elle n’est pas comme les autres par un homme qui n’en sait rien, par celui qui projette le fantasme de l’émancipation dans un être qu’il ne prend pas la peine de découvrir, attendant impatiemment de se faire livrer le secret de sa liberté.

Parce que des femmes de mon entourage voient leur lumière se faire aspirer par des partenaires sombres, en quête d’une bouée. Parce que c’est parfois leur choix (tout à fait respectable), parfois un point d’honneur (chacune ses valeurs), mais parfois aussi une situation qui les fait souffrir.

Pourquoi en parler, aujourd’hui? À cause de ce poème, cet incroyable poème.

Une œuvre qui vous hante le coeur. Un texte qui fait d’abord rire en soulignant les ridicules clichés de la manic pixie dream girl (celle des films), mais qui finit par faire mal en exposant à quel point le personnage peut véritablement s’incarner dans une relation. Une œuvre qui nous rappelle que certains voudraient contraindre la liberté d’autrui à leur simple élévation.

«Sex when you need it / puppet when you’re bored / let me build myself smaller for you / let me apologize when I get caught acting bigger than you.»

 

Pour lire un autre texte de Rose-Aimée Automne T. Morin: «L’estie d’âme soeur».

  • Pop….the banished one.

    Pas grand films québécois dans vos exemple. À quoi sert ce texte à part de justifier un féminisme alarmiste et déconnecté de la réalité qui l’entoure? À moins que vous en menée large au point d’avoir de l’influence à Hollywood…

  • Sarah Mongeau Provençal

    La quote de la fille à la fin… ouch. De toute évidence, certains hommes ont internalisé cette représentation de la femme et s’attendent à ça d’une compagne…  » sois mon soleil  » aye, aye. J’ai mal à mes souvenirs.

    • Nickel

      De la même façon que les femmes ont intégré Richard Gere ou Christian Grey. Pourtant, on n’entend pas les hommes chialer.