Quand Melissa Maya déménage, deux choses doivent être aussitôt branchées en dépit des montagnes de boîtes: la machine à café et la table tournante. L’animatrice et auteure — qui vient de scénariser un documentaire sur le disque vinyle et qui a un studio d’enregistrement à la maison — a eu envie de rencontrer d’autres freaks dans leur habitat naturel.

Illustration : Marianne Tremblay

Jean-François, tu viens d’emménager dans ton premier condo (félicitations!), je vois qu’il y a encore quelques boîtes à défaire, mais tu me reconfirmes qu’il n’y aura aucun coin musique?!

Non, la musique, elle est toute dans ma tête, où elle vient avec le Wi-Fi! J’ai toujours été un gars très techno, et là, mon truc, c’est Google Play. Avec son intelligence artificielle, Google analyse mon algorithme et me propose des playlists.

Quand tu vas sur ton ordi?

Non, même pas! J’ai programmé pour 11 heures et 17 heures tous les jours. 11 h parce que c’est sûr que je suis alors debout, et 17 heures, parce que c’est l’heure approximative à laquelle je reviens chez nous. Ça sort des haut-parleurs qui sont dans le condo. C’est cool, j’entre, et c’est toujours une surprise: hmmm, qu’est-ce que Google a choisi pour moi aujourd’hui?  Ces jours-ci, je suis dans une «passe» vieille musique, beaucoup de vieux jazz et de la musique classique! J’aime écouter de la musique quand je suis dans la cuisine et dans la douche!

Google t’a-t-il déjà vraiment surpris (d’une manière particulièrement agréable ou désagréable)?

L’autre jour, j’avais un souper BBQ avec des amis, et il a commencé à jouer de vieux succès rock québécois. C’était cool, parce que c’est réellement ça qu’on aurait choisi sans lui, je te jure. Et il a décidé de finir notre soirée avec de la musique hawaïenne…

Il avait l’air de quoi, le coin musique chez tes parents, quand tu étais petit?

Ma famille était très musicale, mais n’écoutait pas de musique. OK, oui, ma mère avait l’album Dangerous de Michael Jackson et l’album de Roch Voisine avec l’hélicoptère, mais je me souviens surtout de mon père qui sifflait constamment des tounes.

Ah! Excuse-moi tellement de dire ça (je suis sûre que ton père est bin smatt), mais… moi ÇA ME TAPE TELLEMENT SUR LES NERFS QUELQU’UN QUI SIFFLE TOUT LE TEMPS! 

Non, je t’jure que c’était correct! Parce que ce n’étaient PAS DES TOUNES QUI EXISTENT!

LOL!

Mon grand-père faisait la même chose, et moi aussi maintenant. J’entends «jingle» d’une pub à la télé, par exemple, et c’est sûr que je vais le siffler! Mais rapidement, ça va se déformer en autre chose…

Justement, les mélodies accrocheuses. La musique occupe une grande place dans l’univers des Appendices. Faut-il écouter de la bonne ou de la mauvaise musique pour faire les meilleures chansons humoristiques?

Les deux! Une toune poche, ça peut être vraiment inspirant. Moi, je les aime, les artistes dits mauvais ou quétaines. Il demeure que, dans leurs tounes poches, il y de l’émotion pour vrai! Et tu as besoin de ça – un hook, le côté racoleur de la musique pop – dans une chanson humoristique. Tsé, imagine les paroles des Appendices sur une base post-rock… Ça ne serait pas accrocheur pantoute!



La chanson la plus drôle que tu connaisses, mais qui n’est pas supposée être drôle?

Watch out. On l’écoute ensemble. Ça s’appelle Prends sur toé. En gros, ça parle de «pas frapper son enfant». L’idée est noble, il faut lui donner ça. Mais… pour vrai… Le gars suggère, à la place, de faire du tai-chi, des set-ups, d’aller faire un saut de bungee… Ça n’a juste AUCUN SENS.

Bin voyons donc! Malaise… Pour terminer en plus en douceur, quelle est la plus belle chanson d’amour de tous les temps selon Jean-François Provençal?

Ça va avoir l’air weird, mais cette chanson-là, je la trouve magnifique même si elle est extrêmement triste. Le chanteur a un ami qui s’est suicidé. Il a trouvé un poème écrit par son ami. Donc il écrit une chanson pour lui. C’est une chanson sur l’amitié… Des fois, je me dis qu’à un moment donné, je vais arrêter de faire des chansons niaiseuses. Et c’est de la musique sérieuse comme ça que je voudrais faire.

Pour terminer, Jean-François a fini par se rappeler que, bien qu’il n’ait pas grandi dans la plus musicale des maisons, sa famille et lui écoutaient souvent de la musique «en char», bref, que c’était surtout une affaire de route. «On écoutait toujours les Beatles et les Beach Boys en auto. Sérieux, qu’est-ce qu’il y a de bon après ça?!» (Il dit ça, mais parmi ses nouvelles découvertes musicales, on a trouvé le nouvel album de Catherine Leduc sur son téléphone. «Cette fille-là, elle est hot. Tu t’attends pas à ça, mais dans un party, c’est elle qui va mettre du métal, genre! Pis son nouveau disque est vraiment bon.» 

 

Pour lire un autre Coin musique : «Dans l’appartement de l’auteur-compositeur folk Matt Holubowski»