On dit qu’il n’y a pas de meilleure manière de séduire quelqu’un que par son estomac. Est-ce aussi vrai pour les pays? C’est ce que pensent ces trois Québécois, qui sont partis conquérir les États-Unis une bouchée ou une gorgée à la fois!

À coups de restos, de bonnes bouteilles et de concours de barbecue, Hugue Dufour, Patrice Breton et Simon De L’est ont chacun façonné leur american dream gastronomique. Ils font briller le Québec d’une manière étonnante, même si leurs succès restent peu reconnus dans leur propre contrée.

Nul n’est prophète en son pays, alors URBANIA est allé à la rencontre de ces audacieux personnages qui ont traversé la frontière pour montrer aux Américains ce dont les Quebeckers sont capables…

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Aux commandes d’un steakhouse à l’américaine

C’est l’amour qui a lancé Hugue Dufour à la conquête des États-Unis. En 2007, dans un festival à Orlando où il représente son employeur de l’époque, le restaurant Au Pied de cochon, Hugue a le coup de foudre pour Sarah Obraitis, une Américaine qui travaillait elle aussi dans le monde de la bouffe. Après quelques mois d’une relation à distance, il décide de tout laisser tomber pour la rejoindre à New York. Leur projet: ouvrir un magasin général qui vend artisanat, fourrures et œuvres d’art.

«Il y avait 500 personnes. Je pensais que le resto était en feu!»

Finalement, c’est un petit diner que le couple ouvre en 2010, dans un local délabré situé en plein milieu d’un désert industriel de Long Island City (pensez au Griffintown d’il y a quelques années). Ils appellent l’endroit M. Wells (presque tout le monde prononce Monsieur ou Mister Wells, mais en fait, c’est pour «Magasin Wells»). Un jour, une foule attend Hugue au travail. «Il y avait 500 personnes. Je pensais que le resto était en feu!» Quand il réussit à se faufiler jusqu’à la porte, il comprend: la section «Travel» du New York Times venait de nommer le M. Wells parmi les 10 restaurants au monde qui valaient un déplacement en avion. «J’avais des amis à la maison, dont Charles-Antoine Crête [maintenant chef du Montréal Plaza], qui dormait sur mon sofa. Ils sont venus à ma rescousse.»

Puis, le bail d’un an du resto vient à échéance, et comme New York sera toujours New York, le propriétaire décide de faire passer le loyer de 2 000$ par mois à… 44 000$! C’est alors la fin pour le M. Wells Diner. Heureusement, Hugue trouve un vieux garage à vendre, toujours dans Long Island City. Après des mois de rénovations, le M. Wells Steakhouse ouvre en grande fanfare en 2013.

Le steak, c’est très américain. C’est une occasion de fêter!

Pourquoi un steakhouse? «Le steak, c’est très américain. C’est une occasion de fêter: les gens viennent célébrer des anniversaires, des contrats — toutes sortes de choses — devant un gros steak. Mais on offre aussi autre chose. En ce moment, dans notre four à bois, on fait des tajines. Le Moyen-Orient est assez controversé ces temps-ci, aux États-Unis, alors on profite du côté all American du steakhouse pour pousser des plats différents.»

Cette flexibilité lui est chère. «Je change tout le temps le menu du M. Wells. C’est comme ça que je me garde en vie et qu’on est le seul endroit qui a un peu d’âme dans le quartier.» Parce que Long Island City est en pleine explosion. Il y a donc de moins en moins de place pour des endroits comme M. Wells, un restaurant plein de folie installé dans un vieux garage, où un Québécois s’amuse avec les classiques de la gastronomie américaine en se permettant une irrévérence toute montréalaise. La bonne nouvelle: son bail est encore bon pour six ans.

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Pour découvrir les portraits de deux autres gourmets conquérants: 

Le gars du vin

estomac

Le gars du barbecue

estomac

 

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