Comme pas mal toute en Gaspésie, Petite-Vallée est un petit village charmant sur le bord de la 132. Si son nom vous dit quelque chose, c’est parce que chaque année, ses 162 habitants accueillent 15 000 visiteurs pour le Festival en chanson de Petite-Vallée (dont le budget représente 12 fois celui de la municipalité!).

Petite-Vallée n’a pas toujours été si dépeuplée.

La première fois que j’y ai mis les pieds, la plage était encore déserte. C’est Émilie – la seule habitante entre 18-30 ans, selon le dernier recensement – qui m’a fait visiter.

Elle m’explique que Petite-Vallée n’a pas toujours été si dépeuplée. Il y a un peu plus de 150 ans, des pêcheurs de Montmagny ont déposé leur ancre ici, en terres Micmacs, parce que ça grouillait de poisson. Pendant longtemps, ils ont vécu tranquillement en regardant les phoques prendre le soleil. Ils étaient entre 300 et 400 habitants durant l’âge d’or de la mine voisine de Murdochville.

Maintenant que la mine a fermé, les habitants se battent contre la dévitalisation. C’est vrai qu’un aussi beau coin de pays mérite qu’on ne l’abandonne jamais. Dans la région, on compte un peu sur les éoliennes et la transformation du bois d’Anticosti pour relancer l’économie. Mais à Petite-Vallée, c’est l’amour de la musique qui est une mine d’or. Il paraît qu’aussi loin qu’on se souvienne, tout le monde a toujours chanté ici.

Ceux qui restaient à Petite-Vallée, s’ennuyaient de leurs sœurs et de leurs cousins.

Depuis 39 ans, Denise Lebreux accueille des gens de partout dans le monde à son auberge en bas de la côte. Elle aime encore raconter les histoires du temps où son père était forgeron et chantait du matin au soir. Ils étaient 17 enfants à la maison Lebreux et apparemment, les partys étaient dignes d’un samedi soir aux 2 Pierrots. Le curé interdisait la danse, mais leur maison était la plus éloignée de l’église alors c’est là que le monde se réunissait en cachette. Rock on, Denise!

Lorsque Petite-Vallée a commencé à se vider au profit des grandes villes, Denise raconte que ceux qui restaient, s’ennuyaient de leurs sœurs et de leurs cousins. Pendant plus de 10 ans, les Petite-Valléens ont donc fait rouler un événement pour donner une excuse à leurs proches de rentrer à la maison l’été: le Festival de la Parenté. Heu. Cute.

Quand ils ont réalisé que ce que les gens aimaient le plus du festival, c’était de chanter les tounes des artistes locaux, ils ont créé le concours de la chanson, qui s’est aujourd’hui transformé en Festival de la chanson de Petite-Vallée.

Parmi les célébrités locales, on retrouve:

    • Alan Côté, le fils de Denise et le directeur du festival. Il a toujours gratté la guitare et c’est lui qui a décidé de transformer la vieille forge de son grand-père Alfred pour en faire le théâtre avec la programmation annuelle la plus cool de toute la Côte-de-Gaspé.
    • Didier Lebreux, qui aurait sauvé la forêt d’une épidémie de bibittes en plantant une croix de Jésus sur le mont, à l’époque où on dépendait encore de Dieu pour régler tous nos problèmes. Pour le remercier, on a baptisé le mont Didier. Parmi les projets du maire Rodrigue Brousseau (le neveu d’Alfred le forgeron. Parce que le festival de la parenté ne s’arrête décidément jamais à Petite-Vallée), la transformation du sentier de randonnée du Mont Didier en sentier musical, où l’on pourra jouer de la musique sur des instruments publics. Laissez-moi vous dire que Denis Coderre est pas pire jaloux.
    • Les incroyables couchers de soleil, qui sont tout simplement injustes pour le reste de la planète.
    • Léon, le beau labrador avec son propre shed sur le bord de la mer.

  • Les 200 bénévoles du festival. Parmi eux, la tante de l’humoriste Ève Côté, qui m’a par hasard fait un lift jusqu’à mon hébergement. Ça ne s’invente pas.

Pour retourner à Petite-Vallée version festival et constater par moi-même l’ampleur de l’amour local pour la musique, j’ai remonté la côte gaspésienne dans un autobus jaune avec les enfants de la «Petite École de la chanson», qui s’en allaient chanter avec Patrick Norman et les Soeurs Boulay.

Rock on, Petite-Vallée!

C’est en discutant avec ma petite voisine de nos tounes préférées de Klô Pelgag que j’ai réalisé l’effet Petite-Vallée en Gaspésie. Avec sa programmation musicale et théâtrale qui s’obstine à rester pertinente toute l’année et qui met l’emphase sur l’accès des enfants à la culture, le minuscule village est un des moteurs de la Gaspésie et de la lutte contre la dévitalisation.

Les poissons grouillent toujours, les phoques prennent toujours le soleil, et chaque année, les habitants reviennent à leur belle ville natale pour chanter en cœur de la musique francophone. Rock on, Petite-Vallée!

 

Pour lire un autre texte de Lucie Piqueur: «Saguenay : Quelqu’un aurait pu me le dire avant, que c’était si bien!»