Les jus détox, les bracelets de noisetier, l’homéopathie… Ce qui passe entre les griffes du Pharmachien en sort rarement indemne! À grands coups de bandes dessinées, Olivier Bernard déboulonne des mythes scientifiques aussi tenaces qu’irritants. Rencontre avec un homme qui cause probablement des cauchemars à Jacynthe René…

TEXTE  Jean-Philippe Pleau  |  PHOTO  Martin Girard

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Le Pharmachien était l’un des 50 extraordinaires de l’édition 2016.
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Histoire de te présenter, j’ai pensé qu’on pourrait dire ceci : t’es le 2e pharmacien le plus connu du Québec après Jean Coutu. Est-ce que ça te convient? 

Je l’apprends aujourd’hui, mais oui, ça me va!

Plus sérieusement, pour ceux qui n’auraient pas regardé la télé, écouté la radio ou surfé sur les internets au cours des trois dernières années, que fais-tu?

Je suis pharmacien de profession. Je pratique depuis environ 12 ans à temps partiel. Pourquoi à temps partiel? Parce que j’ai divers projets parallèles, dont Le Pharmachien, qui est un site internet de vulgarisation où je m’amuse à démystifier bon nombre de fausses croyances en lien avec le monde de la santé.

Je suis tes activités depuis quelques années et parfois, j’ai l’impression que tu joues une bonne partie du rôle que devraient jouer l’école et les parents, soit aiguiser l’esprit critique. Te considères-tu comme un service essentiel?

Je ne suis peut-être pas un service essentiel, mais c’est certain que c’est indispensable de développer l’esprit critique, autant chez les jeunes que chez les adultes. Pour plusieurs d’entre nous, ce travail-là n’a pas été fait à l’école. Puis, aujourd’hui avec les réseaux sociaux, on est plus que jamais bombardé d’informations et ça devient très difficile de départager celles qui sont pertinentes de celles qui le sont moins. Je dis souvent que j’essaie de récupérer les gens qui sont « sur la clôture »; tu sais, les gens qui ont un doute et qui ne savent pas, au sujet de questions importantes, de quel côté ils vont pencher…

Tu donnes aussi des conférences, ce qui te permet de rencontrer les gens face à face. Est-ce que les plus jeunes réagissent différemment des adultes à tes propos?

Je ne sais pas… Chose certaine, y’a un truc qui m’a impressionné récemment. Alors que je faisais une conférence dans un cégep, j’ai été vraiment épaté par la qualité des questions qui m’étaient posées par les étudiants, des questions qui n’avaient rien à envier à celles que me posent régulièrement les adultes. Les jeunes veulent développer leur sens critique. Ils ont soif de ça.

À bien y penser, on aurait besoin de gens comme toi dans bien d’autres domaines. En fait, ça nous prendrait un médechien, un économistechien, un entrepreneurchien. Non?

Tout à fait! D’ailleurs, une des raisons pour lesquelles j’ai démarré Le Pharmachien, c’est que j’ai eu envie de donner le goût à des gens d’autres univers de faire la même chose que moi. Prenons par exemple les finances personnelles ou la politique internationale. Dans ces deux domaines-là, je ne me considère pas très bien informé et j’aimerais pouvoir me renseigner d’une manière pas banale, imagée et un peu impertinente.

D’ailleurs, l’an dernier, un mécanicien automobile m’a écrit pour me dire qu’il aimerait démarrer un site internet afin de devenir Le Mécanichien et démystifier le monde de la mécanique automobile. Je lui ai dit : « Go, bonne idée! »

Une question en apparence tordue cette fois : aimerais-tu un jour ne plus avoir à faire ce que tu fais en ce moment?

Oui, j’aimerais vraiment ça! En fait, ce n’est pas compliqué : j’aspire à mon autodestruction en tant que Pharmachien. Plus sérieusement, j’aimerais beaucoup qu’il y ait d’autres personnes qui se joignent à moi – des professionnels de la santé, des scientifiques, etc. – afin que ça devienne un mouvement dont l’objectif est de crier tout haut qu’on est tanné de se faire remplir avec toutes sortes de fausses croyances et de fausses informations.

Est-ce qu’il y a quelqu’un qui t’a inspiré à faire ça? Je pense à Fernand Seguin, qui a fait énormément de vulgarisation scientifique dans les médias pendant plusieurs années…

Absolument! Y’a plusieurs personnes qui m’ont inspiré. Par exemple, quand j’étais jeune, j’admirais beaucoup Hubert Reeves. Aujourd’hui, je suis un groupie de Neil deGrasse Tyson, astrophysicien et directeur du planétarium Hayden à l’American Museum of Natural History de New York. Le médecin-urgentologue Alain Vadeboncoeur m’inspire également beaucoup.

En terminant, une source bien informée m’a dit qu’il y aurait peut-être, en 2016 ou 2017, un projet télé associé au Pharmachien. URBANIA m’a demandé de tout faire pour essayer d’avoir le scoop. Es-tu en mesure de me confirmer quoi que ce soit à ce sujet?

Non, je ne peux rien confirmer encore, mais j’ai effectivement envie d’essayer toutes sortes de choses, tout en gardant le ton du Pharmachien. Pour l’instant, il y a le site internet et j’ai également publié deux livres. Puis, s’il y a éventuellement un projet télé qui m’allume, un projet directement dans les cordes du Pharmachien, eh bien c’est certain que je vais le faire. Donc, oui, en ce moment, j’ai un projet en développement; tout va très bien et j’espère être en mesure d’annoncer une bonne nouvelle prochainement!

Olivier Bernard, le pharmacien le plus connu du Québec après Jean Coutu, merci beaucoup!

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Petite mise à jour, ledit projet télé à bel et bien vu le jour à la chaîne ICI Explora sous le nom Les aventures du Pharmachien.

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